Thérèse Tolno, sage-femme à la retraite, est désormais la présidente du conseil de quartier d’Ernesto depuis le 29 novembre dernier, date de l’installation officielle des 24 chefs de quartiers de Kissidougou. Si pour certains, la désignation de cette Dame comme cheffe de quartier à Ernesto est perçue dans le simple cadre de la promotion des femmes, pour d’autres, l’événement a une portée historique, parce que cette dame réputée pour sa sociabilité sans limite, est la première femme à briser le mythe de cette fonction de chef de quartier exercée jusque-là par les hommes à Kissidougou.
Quelques jours seulement après son installation dans sa nouvelle fonction, madame Thérèse a accordé un entretien à notre correspondant régional basé à Kissidougou. Un entretien au cours duquel, elle est revenue sur ces moments chargés d’émotions.
‘’C’est à l’occasion des évènements pareils que quelqu’un se rend compte de sa place sociale dans sa communauté. Ce jour, c’était un vendredi et moi j’assistais à une cérémonie lorsque j’ai reçu un coup de fil me demandant de me rendre immédiatement à la Mairie. Arrivée là, j’ai trouvé que la salle était pleine. Quand la délégation venue de Faranah avait pris la parole, ils ont commencé par dire qu’ils sont très contents de constater que parmi les 24 chefs de quartiers à Kissidougou, il y a une dame et ils ont dit qu’ils allaient commencer l’installation par elle. Du coup, mon cœur à commencer à battre. Alors, quand ils ont prononcé mon nom, ils m’ont invité à venir devant la délégation. Tous les regards de l’assistance et les caméras des journalistes étaient braqués sur moi. Je n’ai jamais vécu de tels moments dans ma vie. J’ai failli pleurer, mais j’ai retenu mes larmes. Mais le moment qui m’avait le plus ébranlé, c’est lorsqu’on me remettais le cachet, car c’est en ce moment que j’ai pensé à la portée de ma mission et mes premiers propos c’était de dire « gloire à Dieu »’’, a-t-elle raconté.
Interrogée ensuite sur la capacité d’une femme à assumer cette fonction de chef de quartier très complexe aux yeux de certains citoyens, notre interlocutrice a tenté de rassurer en ces termes : ‘’Vous savez, dans notre pays, on doit changer de mentalité quant au jugement qu’on porte sur les femmes. Cette question a évolué ailleurs, alors pourquoi pas chez nous? Les gens doivent savoir que je suis à la tête d’une équipe ou d’un bureau, donc la gestion elle sera collégiale, mais cette fois-ci avec une touche spéciale apportée par les femmes. Je dirai qu’il y a beaucoup de qualités chez les femmes pour pouvoir apporter du renouveau dans la gestion d’un quartier. Elles ont un sens naturel dans la gestion d’une entité. Regardez aujourd’hui dans nos différentes familles, les rôles tant importants que jouent les femmes en terme d’entretien, de soutiens, d’encadrement et d’éducation des enfants. La gent féminine est la couche la mieux organisée dans notre pays et cela se constate même dans nos villages aujourd’hui à travers les groupements, pourquoi pas dans les grandes villes avec des nombreuses associations de femmes. Regardez même hier, un groupe de femmes était venu me rendre visite chez moi, elles m’ont dit : madame, il ne faut douter, nous serons là à tes côtés, il faut percer, car nous voulons savoir ce que les hommes nous cachaient dans cette affaire de chef de quartier.
Donc, j’invite les femmes de mon quartier à être plus actives dans la gestion de notre société, de ne pas se recroqueviller sur elles-mêmes. Nos avons d’énormes défis à relever ensemble au sein de notre quartier, tels que les cas de viols, de mariages précoces, des problèmes d’eau, d’insalubrité, d’insécurité et du mauvais état de nos routes’’, a-t-elle répondu.
Madame Thérèse Tolno est née au Sénégal, d’un père militaire et d’une mère couturière qui était originaire de Kankan. Elle est sortie de l’école de la santé de Dixinn comme infirmière en 1975, avant de se retrouver plus tard sage-femme à la suite de plusieurs formations. Elle est mariée et mère de 8 enfants. Dans l’exercice de son métier, elle a sillonné plusieurs villes de la Guinée notamment N’zérékoré, Mamou, Boula dans Mandiana, Koundara puis Kissidougou où elle fera valoir son droit à la retraite en 2015.
À rappeler que le quartier Ernesto abrite deux collèges dont le collège Ernesto, le plus grand de la région administrative de Faranah.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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