En Guinée, la politique est faite pour les uns, le combat revient à d’autres, qu’on pourrait compter du bout des doigts. En vérité, il y a des acteurs qui œuvrent pour tous, très peu nombreux, et une foule de demandeurs de faveurs et de requérants qui font tout pour plaire au pouvoir établi, afin d’arriver à satisfaire des besoins et objectifs personnels immédiats, foncièrement égoïstes. Eux, ils disent et font tout, en fonction de l’humeur, et des desiderata, des maîtres du moment du pays. On ne les entend et ne les voit que lorsque les rares leaders qui ont encore le courage d’empêcher la dictature de s’installer, appellent le peuple à la résistance et le mobilisent pour sa survie. Ils sortent du bois et du silence pour faire les yeux doux au pouvoir.
Au lieu de parler d’eux-mêmes et de décliner leur vision et leurs projets, ils préfèrent faire allusion aux déclarations et prises de position des véritables acteurs qui leur font de l’ombre et dérangent les dirigeants auxquels ils voudraient donner des gages. François Lonseny Fall est de ceux-là. Il prétend qu’il ne s’associera à aucune initiative, ne souscrira à aucune démarche qui pourrait mettre en danger la population. Mais, qui lui a fait appel ou le sollicite pour un combat à mener ? A-t-il jamais, été au devant d’une cause épineuse ? Qui souhaite la violence ou prône l’affrontement ? En attendant, il fut au cœur de la manifestation du 28 septembre 2009 qui a dégénèré en un bain de sang. A-t-il des remords et des regrets ? En a-t-il gardé un profond traumatisme ?
Est-il revenu en politique après avoir annoncé sa retraite pour expier ses pêchés ou parce qu’il y a un héritage à défendre, la charité bien ordonnée commençant par soi-même, finissant toujours par les autres ?
Si l’enjeu est le pouvoir et son mode de dévolution dynastique et affinitaire, alors, le jeu en vaut la chandelle.
Au demeurant, le dialogue et le sens de la responsabilité dont parle, le diplomate converti en politique, combien de fois, des voix se sont élevées pour en faire la promotion et inviter les autorités à s’en servir comme repères ? A qui la faute, l’impasse d’aujourd’hui ?
La politique n’est pas la diplomatie, et la diplomatie n’est pas toujours nécessaire à la politique. Ceux qui ont décidé de rester dans l’ambiguïté ou de cultiver l’ambivalence sont libres et le temps dira s’ils ont fait le bon choix. D’ici là, l’on comprend qu’ils se fassent plus accomodants que très engagés dans une lutte quelconque avec tous les risques.
Le Président de l’UFDG, lui, qu’il s’y prête ou non, aura chaque fois, en face de lui, avant d’accéder à la magistrature suprême, qu’il plaise à Dieu, le dirigeant en place qu’il effraie, les autres postulants qui le jalousent. Cellou Dalein Diallo peut avoir le pouvoir, à sa portée, parce que non seulement, à titre personnel, il est très populaire mais il a aussi l’avantage d’être à la tête de la première force politique du pays.
Quant aux autres, ils sont tous conscients que, s’ils ne bénéficient pas d’un décret miraculeux ou le régent ne leur fait pas la courte échelle, ils n’ont aucune chance d’accéder à une fonction ou d’arriver au sommet de l’Etat. Ils ne peuvent donc parler, sur le même ton, agir et se comporter de la même façon que le Président de l’UFDG, n’ayant pas la même assise nationale que lui, ni capables comme lui de triompher dans les urnes en cas d’élections. Ils ont compris leurs limites. C’est Cellou qui n’a pas encore compris sa force et hésite à se démarquer d’un groupe d’individus versatiles qui s’est toujours servi de lui pour monter et exister.
Attention, le peuple n’est plus dupe et le président de l’UFDG est un homme qui a, énormément, appris de ses erreurs et connaît mieux maintenant la duplicité et l’opportunisme des « politiques » Guinéens, anciens comme nouveaux, versés dans la transhumance et toujours assis entre deux chaises.
Dont acte.
Thierno Hassan Sakho, L’édito.

