En marge de la célébration du 66ème anniversaire de l’indépendance de la République de Guinée le 2 Octobre dernier, le préfet de Kankan, Kandja Mara a tenu des propos à la fois incongrus et inquiétants, lors de l’inauguration d’une statue du président de la transition au quartier Banankoroda, avertissant que « toute personne qui tenterait brûler cette statue partira comme l’autre ». Des propos qui ont été relayés et diversement commentés par de nombreuses personnes dans le pays.
Aussitôt, le parquet général près la cour d’appel de Kankan a, dans un communiqué rendu public, déploré les propos tenus par le préfet qui, selon cette juridiction, sont de nature à troubler l’ordre public. Dans un passage dudit communiqué, le parquet général de Kankan a par ailleurs précisé que: ‘’l’état de santé du défunt, lors de sa détention, a conduit Monsieur le Juge d’Instruction en charge du dossier à délivrer successivement ordonnance N°283/ORD/CAB/JI/TPI/KK/2024 en date du 17 septembre 2024, d’expertise psychiatrique ainsi que l’ordonnance N°295/ORD/CAB/JI/TPI/KK/2024 en date du 26 septembre 2024, portant suivi et traitement médical. C’est dans ces circonstances que le défunt a rendu l’âme à l’hôpital régional de Kankan’’. Avant d’inviter en conséquence les autorités administratives à tous les niveaux de son ressort, de s’abstenir de tenir des propos, discours et autres moyens de communication, de nature à créer la confusion au sein de l’opinion publique nationale et internationale en cette période cruciale de la conduite de la transition.
Pour les acteurs socio-politiques du Nabaya, cette déclaration du parquet général faite plus d’une semaine après le fait, est venue en retard. C’est ce que pense Elhadj Sory Sanoh, ex-préfet de Kérouané et de N’zérékoré, membre influent de la coordination régionale du RPG Arc-en-ciel.
‘’A mon avis, cette déclaration est venue un peu en retard. Il ne faut pas analyser l’effet et laisser la cause. Dans la déclaration du parquet, il dit que Dr Dioubaté est mort à l’hôpital. Or, la nuit de son décès, il a été dit et tout le monde a entendu qu’il est mort dans sa cellule de détention. Si on dit aujourd’hui que c’est à l’hôpital, d’accord, l’hôpital en tant que lieu de travail du défunt est là pour confirmer ou infirmer cela. Donc, nous demandons à l’hôpital de nous dire est-ce qu’il a rendu l’âme à l’hôpital ou bien c’est son corps qu’on a déposé là-bas ? L’hôpital doit pouvoir nous dire cette vérité’’, a-t-il demandé, avant d’affirmer que les propos du préfet a été une erreur de langue punissable commise par un administrateur.
‘’On ne doit pas tellement s’en tenir à ce que le préfet a dit. Ça, c’est l’effet, mais la cause, comment, pourquoi, où et quand il est décédé? Ce n’est pas encore élucidé, c’est ce que nous voulons savoir. Il ne faut pas que « l’arbre cache la forêt ». Ce que le préfet a dit, c’est une erreur de langage commise par un administrateur et cette erreur ne peut plus être corrigée. C’est un délit punissable certes, mais la cause de la mort du Docteur est plus punissable que celui du préfet. La déclaration du procureur est venu en retard.
Dès les premiers jours du décès, c’est cette déclaration qui devait dire voilà comment il est mort, mais cela n’a pas été fait, sauf quand le parquet a subi des pressions après les propos du préfet, plus d’une semaine après. Pour nous, sa mort a été balisée’’, a-t-il martelé
Quant à Sekouba Traoré, coordinateur régional de la Maison des Associations et ONG de Guinée (MAOG), le préfet de Kankan a carrément raté la sagesse administrative.
‘’Ce n’est qu’à titre précaire, ce n’est qu’à titre du populisme, que certains responsables de la préfecture, se heurtent à une telle communication ; et ça, nous condamnons avec la dernière énergie. Dans les jours à venir, nous allons nous constituer partie civile pour intenter une action contre monsieur le préfet pour usurpation de titre et une incitation de nature que ce soit surtout en cette période très sensible dans l’histoire de la Guinée. Un tel responsable qui se permet de tenir une telle déclaration peu orthodoxe et incongrue, alors, il a raté carrément la sagesse administrative.
Le Ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation doit désormais doter les préfecture, des conseillers juridiques. Toutes les communications doivent être passées en revue, parce qu’en ce moment de trouble, ça peut créer d’autres situations qui puissent dégénérées l’ordre social et même la tranquillité de notre gouvernance et qui peut non seulement déshonoré le peuple de Guinée, mais aussi la démocratie’’, a laissé entendre cet activiste.
Depuis Kankan, Fassou CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
