La vie n’est pas facile. En Guinée, elle a toujours été difficile et n’a jamais profité qu’à quelques-uns dans un système oligarchique sans cesse reconduit et sous l’emprise d’un sectarisme persistant et rampant. Chacun espère, dans son for intérieur, qu’avec la patience du temps et la persévérance dans l’effort, son tour aussi viendra et celui des autres attendra, parce que le bonheur ensemble n’a pas encore été possible, pas plus qu’il n’est envisagé de partager la prospérité. On pense à soi, se dévoue aux siens pour continuer à garder la main, se préserver, se protéger de « l’enfer des autres ». Et, pourtant, on n’est jamais trahi que par les siens, de toutes les façons. Seulement, on pense que cela n’arrive qu’aux autres avant de réaliser, trop tard souvent, qu’on a eu tort de se fier à son instinct grégaire, de privilégier les liens naturels et claniques, de se marier à « sa porte et à sa sorte ». Les proches n’offrent guère la garantie d’une assurance vie, à toute épreuve, depuis la nuit des temps, ayant dérogé au devoir sacré d’une loyauté infaillible attendu d’eux: Jules César a été poignardé dans le dos par Brutus qu’il considérait comme son fils auquel il a adressé, avant de rendre son dernier soupire, des paroles gravées dans le marbre du temps « Toi, aussi mon fils ». On doit donc se méfier même de sa propre ombre et arrêter de croire que « l’étranger » est beaucoup moins sûr que l’ami fidèle, que sa propre filiation naturelle ou encore le parent du terroir.
Malgré tout, l’on ne veut toujours pas croire qu’il n’y a pas de destin isolé dans une communauté nationale, que l’exclusion à partir de prismes, de clichés, d’un lieu commun génére des frustrations énormes qui sapent la cohésion sociale et menacent la paix publique. On ne peut être aux affaires et agir pour une fraction, comme on ne peut pas diriger un pays en représentant une partie de sa population. Le pouvoir ne se partage peut-être pas, mais, on ne doit pas se l’accaparer, en usant d’un droit de péemption sans bornes ni limites; il est difficile à céder, mais, il s’avère impossible aussi de le confisquer. N’est-il pas alors mieux de cultiver l’humilité et de consentir la générosité ?
En tout cas, chacun fera son temps et s’en ira, bonnement, dans l’honneur si l’on a été à la hauteur de l’histoire ou dans la déconfiture si l’on a péché par orgueil et s’est laissé dominer par les passions.
On a le choix entre la solitude de l’échec et la ferveur de la dithyrambe des hommages pour une mission bien accomplie.
Il ne faut compter sur personne pour choisir à sa place, et aussi pour pleurer son mauvais sort. On commence ensemble, on finit, seul.
Bon début de semaine , à la Guinée unie comme jamais dans le malheur et sevrée d’espérances, cependant, capable encore de reprendre en main son destin d’éternelle assiégée pour en faire un avenir de grandes promesses et de plein accomplissement.
Le pire ne sera pas notre destination, loin s’en faut !
L’édito/ lerevelateur224.com
