Amadou Chico Cissoko, la trentaine, est un jeune guinéen, mais aussi un citoyen du monde. Son expérience de la vie devrait être enseignée dans les universités du pays. Depuis son enfance, quand il avait 12 ans, ses parents lui ont envoyé aux États-Unis d’Amérique, pour des études. 4 années plus tard, il rentre en Guinée, pour continuer l’aventure scolaire. Il finit le lycée dans son pays et y a fait une année d’université en médecine. Mais n’ayant pas trouvé sa vocation dans cette filière, il décida alors de quitter. Plus tard, il obtiendra une bourse d’études pour la République Tchèque. De là-bas, il viendra en France pour faire publier son tout premier livre qui a aussi échoué.

Le jeune passionné de la littérature, au départ, voulait être un coach en développement personnel. Malgré ses ambitions, il va échouer à l’être et à publier son livre. Il s’est vite retrouver dans les rues de Paris. De la rue, il est revenu à Conakry. Dans son pays, le jeune Cissoko a été considéré comme un échec. Ses proches ont même pensé qu’il n’avait pas d’avenir, puisque n’ayant aucun diplôme en mains.

Pour sortir dans la galère, le jeune Cissoko s’est essayé dans beaucoup de domaines : production d’artistes et d’évènements, création de petites entreprises, marketing, vente d’œufs, beaucoup d’initiatives pour s’en sortir, mais qui n’ont pas marché. Ce qui a plutôt marché, c’est bien l’agriculture. Après avoir planté de l’aubergine dans un bas-fond, la récolte lui a générée des ressources qui l’ont finalement permis de faire face à ses besoins. Ainsi, l’aventure commence.


Aujourd’hui, Directeur des investissements de FABIK, une entreprise évoluant dans l’agriculture, Amadou Chico Cissoko, fils d’une mère agricultrice, est décidé à faire rayonner l’héritage familiale. Passionné du développement socioéconomique de son pays, ce dimanche 24 juin, il a invité ses amis et proches issus du secteur médiatique, pour parcourir son domaine agricole, flanqué dans le district de Kondeyah, relevant de la sous-préfecture de Samoyah, dans la région de Kindia. Au cours d’un long marathon, il fait découvrir à ses hôtes, ses immenses réalisations dans l’agriculture. Son rêve, faire de la Guinée une puissance agricole mondiale dans le secteur de l’ananas.


‘’Nous sommes spécialisés dans la production de semences d’ananas, de banane et de manioc. Nous sommes les leaders en Guinée dans l’accompagnement des entreprises privées et des investisseurs agricoles dans le secteur de l’ananas.
Ma vision, c’est de faire de la Guinée, une puissance mondiale dans le secteur de l’agriculture, spécifiquement dans la culture de l’ananas. J’aime accompagner les personnes, les leaders, les jeunes, qui ont aussi une vision de devenir indépendants financièrement. Je crois qu’on doit créer beaucoup plus de multimillionnaires en Afrique, surtout dans le secteur agricole. Les gens qui peuvent aussi utiliser leur richesse pour aider d’autres personnes à se développer’’, a-t-il avancé.

Un héritage familial
Cette ferme agricole a été crée en 2000, par sa mère Hadja M’ballou Fofana. Sa vision était au départ de créer un centre autour duquel gravitent des paysans indépendants. Et donc, l’activité principale, c’était la production de palmiers. Sa famille a, à son actif, 30 hectares de palmiers sur le domaine agricole, le domaine lui-même est sur 72 hectares.

‘’Les 30 hectares de palmiers sont transformés en huile de palme rouge. Mais au-delà de ça, qu’est-ce qu’elle (parlant de sa mère) faisait ? Elle organisait les groupements autour, pour les former. Et donc, elle a envoyé les femmes, les vieux, les jeunes, pour les former dans les cultures industrielles, pour les sortir un peu du monde des cultures traditionnelles, comme les légumes et la petite agriculture qui ne les permettaient pas de générer des ressources pour s’en sortir. Donc, on a formé les groupements, et on leur a donné des semences, des semences améliorées. On a travaillé avec des centres de recherche, pour identifier de meilleures semences de banane, de manioc, pour que les paysans puissent avoir des semences rentables, qu’ils puissent utiliser pour gagner de l’argent’’, se souvient-il.

Durant les 10 premières années, entre 2000 et 2010, l’entreprise familiale a permis à toute la communauté de Kondeyah, mais aussi aux producteurs de banane et d’ananas à travers la Guinée, d’avoir des semences de qualité, des intrants. Elle a réussi à créer une banque rurale, une ASF, pour les communautés, afin qu’elles puissent avoir accès au financement.

‘’Nous avons créé une école primaire, pour que les enfants puissent étudier, nous avons fait des aménagements agricoles dans certaines zones autour, pour que les gens puissent avoir accès à l’eau et l’irrigation. Notre activité a vraiment été une activité sociale et entrepreneuriale.
Entre 2010 et 2020, on s’est focalisé sur la formation. On a créé la première école d’entrepreneuriat agricole en Guinée : Fabrik ferme école, qui a formé la première génération de jeunes entrepreneurs agricoles, qui, aujourd’hui, sont soit à leurs propres comptes, ou travaillent pour certaines entreprises. Parce qu’il y avait un besoin de trouver du personnel, pour ceux qui n’en avaient pas’’, affirme-t-il.
Relancer la culture de l’ananas en Guinée

Entre 2020, 2030 et 2050, la vision d’Amadou Chico Cissoko, c’est d’aller vers l’industrialisation. ‘’Ici, nous avons toute la chaîne de valeur de l’ananas, nous produisons les semences, les fruits, et nous les transformons en jus naturels d’ananas. Les déchets aussi, nous en transformons.
Notre vision, c’est de relancer l’ananas en Guinée, d’être parmi ceux qui impulsent le développement du secteur de l’ananas. Pourquoi l’ananas ? Parce l’ananas est un produit de qualité, qui est consommé partout dans le monde, mais qui n’est pas produit partout dans le monde. Ce n’est pas dans tous les pays du monde où on peut produire de l’ananas.
Quand on prend la Guinée par exemple, si vous rentrez dans un supermarché ou dans une boutique, vous allez trouver des jus d’ananas qui sont fabriqués en Arabie Saoudite, en Hollande, qui eux, ne produisent pas de l’ananas. Alors, il est important pour un pays qui a le potentiel, comme la Guinée, depuis les années coloniales, d’être l’un des grands dans l’ananas, de pouvoir produire, transformer de l’ananas et exporter cet ananas là, créer de la richesse en devise pour son pays, qui puisse permettre de créer des emplois et de développement le pays.
Moi, je me dis que Dieu m’a créé uniquement pour contribuer à ça. Donc, je veux mettre le restant de ma vie à être l’un des piliers dans ce secteur. Aujourd’hui, pousser la production de semences, donc, nous sommes les leaders dans la production de semences, former des jeunes à travers notre centre de formation, qui vont appuyer les producteurs et que ces producteurs là, eux-aussi, ils puissent produire une grande quantité qu’on pourra après transformer sur place. Et les déchets aussi. Donc, je vois toute les chaîne de valeur comme une opportunité pour notre pays, et me bat pour ça’’, s’est-il projeté.
Partenariats publics-privés…
Au-delà de sa vision, le jeune entrepreneur ne se renferme pas à lui seul. Il s’ouvre au monde, aux entreprises, à l’Etat guinéen, aux jeunes d’ici et de la diaspora.
‘’Nous collaborons avec le Gouvernement depuis le début de notre activité, dans le sens où, notre domaine sert de lieu d’expérimentation pour les projets. Donc, il y a eu plusieurs projets, que ça soit du ministère de l’agriculture, du ministère de l’élevage, du commerce qui sont passés par là. En ce moment même, on travaille avec le Ministère du commerce sur un projet qui s’appelle : projet chaîne de valeur. L’objectif, c’est de renouveler les variétés de banane, d’ananas, de manioc, de patate douce en Guinée, surtout en Basse Côte. Notre serre d’acclimatation est la seule dans toute la région Ouest-africaine qui acclimate les vitroplants d’ananas ; donc, les ananas sortis de laboratoire, première génération, de très bonne qualité.
Au-delà de ça, nous travaillons aussi avec le Ministère de l’agriculture, avec le projet PDACG (Projet de développement de l’agriculture commerciale en Guinée. Ce projet vient de nous donner une dotation pour la production de plus de 4 millions de rejets d’ananas, qui peuvent servir à produire plus de 80 hectares d’ananas. Nous sommes déjà nous-même, à notre propre projet d’investissement, où nous permettons à ce que la diaspora et des étrangers, des gens qui ne sont même pas guinéens, d’investir ; donc, ces champs d’ananas qui sont derrière moi, sont des champs qui appartiennent à des Guinéens qui sont dans la diaspora, mais aussi des étrangers qui investissent avec nous dans un domaine sécurisé.
Ces projets de l’Etat viennent renforcer ce que nous faisons déjà. On a travaillé avec l’ambassade des États-Unis, avec différents types de projets, comme « l’OIM », pour la formation et l’insertion des jeunes, « ENABEL », pour la formation des jeunes et des communautés, pleines d’organisations qui sont venues ici, qui ont trouvé un partenaire en nous. Le premier projet de formation de « l’ASCAD » c’est avec nous. Le premier projet de formation agricole avec « osez innover » c’était aussi avec nous (…) Donc, c’est des centaines de jeunes que nous avons formés ici, qui sont aujourd’hui en train de gérer leurs propres entreprises agricoles ou sont en train de travailler avec des organisations. Nous, nous encourageons le partenariat public-privé, et même pour nos ambitions futures, nous souhaiterions pouvoir produire 1000 hectares d’ananas, dans les 10 prochaines années. Et notre objectif, c’est de ne pas le faire seul. L’Etat a des terres, il y a des guinéens qui ont envie de produire, d’investir, nous, nous avons l’expertise. Un partenariat pareil peut permettre à ce que ceux qui ont les moyens, et les ressources qui existent déjà dans le public, puissent s’associer avec ceux qui sont dans le privé, pour faire financer le projet, le développer, le mettre sur le marché guinéen et sur le marché international’’, a-t-il mentionné.
Madiou BAH.
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