Monsieur le Président de la chambre de jugement
Je m’adresse à vous aujourd’hui pour exprimer ma profonde déception face à l’absence de compassion de la justice envers les personnes en détresse qui ont été touchées par l’incendie résultant de l’explosion du dépôt de carburant dans la commune de Conakry, dans la nuit du 17 au 18 décembre dernier, à proximité de la maison centrale de Conakry.
Il est crucial de rappeler que cette explosion a engendré un traumatisme réel, qui pouvait mettre en péril la vie de nombreux détenus, dont certains ont été gravement blessés. Pendant cette nuit tragique, tous les résidents de la Commune de Kaloum ont été contraints d’évacuer leurs domiciles ou lieux de travail, y compris certains magistrats de la CRIEF résidant dans la cité canadienne. Cependant, ni le ministre de la Justice ni le Président et le procureur spécial de la CRIEF n’ont jugé nécessaire de rendre visite aux détenus pour s’informer de leur situation.
Pour certains d’entre nous, détenus à la maison centrale, les toitures se sont effondrées sur nous en raison de la violence de l’explosion. Certains ont été contraints de passer plusieurs nuits à la belle étoile, sans masques, exposés aux substances toxiques émanant des fumées se propageant dans toute la commune de Kaloum.
Malgré cette catastrophe, la justice a refusé de mettre les détenus à l’abri ldes substances toxiques, préjudiciables à leur santé, et de libérer même ceux parmi eux, qui avaient bénéficié de décisions de libération provisoire de la chambre spéciale de la CRIEF et de la Cour de justice de la CEDEAO.
Je comprends que la justice doit faire respecter la loi, mais il est primordial de faire preuve d’humanité dans des situations comme celle-ci. Les détenus sont des êtres humains et méritent d’être traités avec compassion, même derrière les barreaux.
Le refus de les libérer et de les protéger contre les substances toxiques aux conséquences imprévisibles pour leur santé constitue une violation de leurs droits fondamentaux. Ils ont droit à la santé et à un traitement médical adéquat.
Je demande donc à la justice de respecter au moins les décisions de la chambre spéciale de contrôle de la CRIEF conformément à l’article 312 du code de procédure pénale et celles de la Cour de justice de la CEDEAO, dont la Guinée a ratifié tous les traités et conventions, en libérant les détenus illégalement détenus depuis près de deux ans sans jugement.
Dr Mohamed Diané, ancien ministre.
