Dans la continuité du processus de nettoyage du fichier de l’administration et de lutte contre les salaires illicites, le Ministère du Travail et de la fonction publique vient de procéder au gèle de salaires qui touche plusieurs milliers de fonctionnaires pour diverses raisons (décès, anomalies, recensement biométrique, abandon, etc.).

À Kissidougou, ils sont nombreux les agents de la fonction publique qui sont bien présents à leurs postes, mais qui, malheureusement, ont été sevrés de leurs salaires du mois de décembre 2023. Se sentant très préoccupé par cette situation, le directeur préfectoral des ressources humaines de Kissidougou, Tamba Momory Kamano apporte des précisions importantes sur ce dossier et décline les dispositions prises à son niveau pour accompagner les agents concernés.

‘’Je précise tout d’abord que ce gèle de salaires n’est pas un fait inventé pour faire du mal à qui que ce soit, mais plutôt c’est la suite logique de l’assainissement du fichier de la fonction publique. Ça concerne 4 catégories d’agents, à savoir : ceux qui sont pré-enrôlés mais non encore enrôlés, ceux qui sont pré-enrôlés mais rejetés, ceux qui sont inscrits dont les dossiers sont incomplets, ensuite les agents non inscrits mais présents à leurs postes.
Pour Kissidougou, nous savons que le nombre est important mais pour l’instant, seulement 10 agents se sont présentés ici. D’abord, ils doivent réunir tous les 5 dossiers demandés, ensuite, nous allons les livrer par le biais de monsieur le préfet des ordres de mission pour se rendre à Faranah du 08 au 12 janvier. Nous avons élargi cette information dans les radios de la place et nous avons déposé les copies dans toutes les directions, parce que cette phase est ultime avant les décisions finales’’, a-t-il précisé.
Cependant, l’inquiétude et l’angoisse sont grandissantes dans le camp des agents concernés. En plus des difficultés liées au blocage de leurs salaires, ces agents doivent effectuer un déplacement sur Faranah dans cette période marquée par la crise de carburant. Concernée par cette situation, madame Moussou Koura Camara, institutrice à l’école élémentaire A. Cabral, raconte son calvaire.

‘’Moi j’ai été formée à l’Eni de Dubréka et ça fait 12 ans que j’enseigne. Je n’ai jamais été victime d’anomalie, sauf cette fois-ci, ils disent que mes photos ne sont pas les mêmes et pourtant, moi je sais que c’est la même personne. Donc, à la fin de ce mois, j’ai constaté que mon bulletin est vide et quand je me suis rendue à la banque, on m’a fait savoir que mon salaire n’est pas venu. Je suis en location et j’ai une grande famille. Malgré tout, je continue le travail pour ne pas abandonner les élèves comme ça, mais moralement je ne tiens pas.
En plus, on nous demande de nous rendre à Faranah. Où je peux trouver les frais de transport et de séjour ? Je demande aux autorités de revoir notre cas, car nous sommes en train de travailler et nous avons droit à un salaire’’, a-t-elle plaidé.

Quant à Soriba Cissé, chargé des cours de mathématiques au collège Youssouf Diaré, il estime que l’État n’a pas pris la bonne décision cette fois-ci. ‘’Il y a de cela plus de 10 ans que j’enseigne au collège et c’est la toute première fois de voir mon salaire bloqué. Pendant le recensement électronique, il y a eu plusieurs erreurs. Donc, malheureusement, je me suis retrouvé dans ce lot. Aller à Faranah c’est une belle occasion pour nous de se faire enrôler, mais comment quelqu’un qui n’est pas payé peut faire face à ces dépenses liées au voyage surtout au moment même de la crise de carburant. Moi je tiens 3 classes de 10ème, mais moralement je suis abattu.
On vient de reprendre les cours et s’il faut encore se déplacer, cela pourrait perturber l’élan des candidats. Moi je demande à l’État de nous payer et de continuer le processus. Nous avons des familles et des parents qui comptent sur nous’’, a-t-il déploré.
À signaler que parallèlement à cette situation de gèle de salaires, la Direction Préfectorale des ressources humaines fait face à deux autres décisions du Ministère du Travail et de la Fonction Publique. Il s’agit notamment des dossiers liés aux agents non postés et l’interdiction de payement de salaires par billetage.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
(+224) 610 454 552
