Majoritairement installée à Guéckédou et à Kissidougou, la communauté Kissia, qui est aussi éparpillée un peu partout en Guinée et à l’étranger, se trouve aujourd’hui au bord d’une implosion, si rien n’est fait pour taire les divergences récemment mises au grand jour au sein de cette communauté. Une divergence autour de la mise en place d’une coordination nationale dont le couronnement est prévu à Conakry le 30 septembre prochain, au palais du peuple.
Cependant, à Kissidougou, au cours d’une assemblée générale extraordinaire, cette initiative vient d’être désapprouvée en bloc par la communauté Bèma-Kissi, à cause, dit-on, de son caractère méprisant, moins inclusif, voire hâtif. Louis Millimouno, patriarche de ladite communauté depuis février 2022, revient sur les détails de cette position adoptée par les siens.

‘’La position de Kissidougou est claire, c’est le rejet total de cette affaire de coordination avec les conditions pareilles. Nous n’avons jamais dit que nous rejetons l’idée de coordination, mais la procédure est totalement biaisée et les démarches sont bancales, en ce sens que les communautés à la base ont été marginalisées. Nous n’avons jamais été consultés, ils ont tout décidé de façon unilatérale et aujourd’hui, ils veulent nous mettre devant les faits accomplis, alors, je dirai que c’est trop osé. Ce n’est que le 19 septembre passé, que ces gens-là ont contacté ma structure, en nous annonçant que les tâches sont déjà réparties, c’est-à-dire, que nous devons fournir le sabre sacré, tandis que Guéckédou devrait fournir la lance et que N’Zérékoré devrait fournir le fauteuil du nouveau chef. Ils n’ont pas hésité à désigner le soi-disant coordinateur sans nous. Je précise que Bèma-kissi/Kissidougou regroupe les kissis venus de Guéckédou, de Kôbikôrô dans Faranah, de Panziazou dans Macenta, du Libéria et de la sierra Leone, donc, tous ceux-ci partagent cette position de rejet. Pour finir, je dirais que chez nous, les portes ne sont pas fermées, ils n’ont qu’à tout arrêté et comme ça, on va partir sur de nouvelles bases de façon plus inclusive’’, a-t-il déclaré.
Contrairement à cette déclaration du patriarche, la coordination Bèma-kissi, une autre structure de la même communauté, compte bel et bien accompagner cette initiative, initiative qu’elle trouve salutaire et nécessaire. Son vice-président Daniel Nfaly Iffono décline les raison de ce choix.

‘’En ce qui concerne notre coordination, nous disons bienvenue de façon amicale à cette initiative à Kissidougou. Nous attendons un écrit officiel, pour nous mettre entièrement à la disposition de nos ressortissants du côté de Conakry, parmi lesquels, nous avons des représentants. Donc, pour mettre à jour ce que Conakry nous demande, nous avons fait l’effort de trouver le sabre authentique digne du pouvoir Kissi, que nous avons présenté au patriarche. Mais à notre grande surprise, il a refusé. C’est pourquoi, nous avons directement convoyé ledit sabre à Conakry pour l’intronisation du coordinateur national. Alors, nous sommes résolus, déterminés à accompagner cette belle initiative et dès que nous allons recevoir l’écrit officiel, nous allons entamer les préparatifs pour envoyer une importante délégation à Conakry. Nous n’avons rien à reprocher à la démarche, car pour la communauté, il ne faut être attentiste, mais il faut s’engager. C’est pourquoi, chez nous, les femmes et les jeunes sont enthousiastes par rapport à cette initiative’’, a-t-il rassuré.
Pour Samuel Kourouma, le navire de la communauté Kissia navigue dans une eau mouvementée. Ce jeune conseiller à la commune urbaine de Kissidougou, préconise le dialogue et prévient les uns et les autres sur les conséquences suicidaires d’une telle aventure pour les futures générations.

‘’Ma crainte, c’est la division de cette communauté, car au regard de tout ce qui prend forme maintenant, si on tient la date du 30 septembre pour l’intronisation du coordinateur, on aurait semé la discorde et un climat de méfiance au sein de notre communauté. Moi, je pense que Kissidougou et Guéckédou constituent le noyau de cette communauté. Alors, si nos frères de Kissidougou ne sont pas d’accord, pourquoi ne pas sursoir à tout, pour aller les rencontrer, les écouter et prendre en compte leurs préoccupations. Pourquoi on insiste sur la date du 30 septembre ? Pourquoi opter pour le forcing? Ce sont là autant de questions que les initiateurs doivent répondre. Alors, nous comprenons la position de Bèma-kissi de Kissidougou et nous la partageons entièrement, car cette procédure devrait commencer à la base vers le sommet, mais c’est la pyramide renversée. Si quelqu’un prétend parler au nom de la communauté, la moindre des choses, c’est le consensus autour de cette personne. Personne n’a choisi d’être Kissi, donc, qu’on n’impose rien. On ne doit confondre vitesse et précipitation. N’ayons pas peur des mots, reconnaissons que ce projet en soi n’est pas mauvais, mais dans ses démarches, elle est loin d’être inclusive et cette attitude n’aide pas notre communauté’’, a-t-il tranché.
Toutefois, dans la plupart des cas, ces coordinations qui sont censées jouer un rôle essentiel dans l’épanouissement de nos différentes communautés, sont souvent téléguidées par des politiques tapis dans l’ombre à la recherche d’un électorat. En tout cas, dans ce nouvel épisode du processus d’organisation de la communauté Kissia de Guinée, une médiation serait la bienvenue.
Nous y reviendrons !
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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