Suite à l’échec de la médiation des religieux qui tentaient de rapprocher les positions des protagonistes dans la crise sociopolitique en Guinée, les forces vives ont appelé les citoyens guinéens à suivre une série de manifestations pacifiques les 10 et 11 mai 2023. À Kissidougou, cité de Kissi-kaba Keita, cet appel est simplement ignoré par les populations qui ont librement vaqué à leurs occupations ce mercredi.
Pourtant, jusqu’au 05 septembre 2021, date de la prise du pouvoir par le CNRD, cette partie de la Guinée était considérée comme la chasse gardée de l’ancien parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel. Ce qui lui a d’ailleurs valu le surnom de ‘’l’Université du RPG’’.
Néanmoins, ces manifestations de rue annoncées par les FVG préoccupent les habitants de Kissi-faramaya et c’est justement pourquoi, elles sont largement commentées dans tous les coins de la ville.
Sur la question, les avis des uns et des autres sont diamétralement opposés. Pour Faya Vincent Tolno, jeune professeur d’anglais, que nous avons rencontrés au quartier TP, les manifestations de rue sont loin d’être la solution.
‘’À mon avis, si le collectif réuni au sein des forces vives cherchent un retour rapide à l’ordre constitutionnel, ce n’est pas dans les rues qu’on peut obtenir cela et d’ailleurs, ces manifs ne feront que retarder les échéances surtout que ces manifs ne sont jamais pacifiques en réalité. En plus, je suis écœuré chaque fois quand je vois les enfants à la fleur de l’âge qui perdent leurs vies. Je pense que voyant tout cela, nos frères des FVG doivent trouver d’autres moyens de se faire entendre, mais de renoncer à ces séries de manifestations qui ne reflètent pas une bonne image pour notre jeune nation. Par ailleurs j’interpelle le Premier Ministre, Chef du gouvernement, à poursuivre ses efforts de regrouper tout ce beau monde autour de la table, pour un dialogue sincère et franc, pour nous sortir de cette crise qui pourra prendre une autre tournure, si elle n’est pas résolue’’, a-t-il conseillé.

A l’opposé, Ibrahima Sylla, professeur de physique au lycée Soundiata, estiment que les FVG sont dans leurs droits d’exiger au gouvernement le respect des Libertés.
‘’Dès lors que les manifestations constituent un droit consacré dans la charte rédigée par le CNRD, on ne peut pas comprendre que dans un pays, on interdise aux citoyens de manifester, qu’on emprisonne des leaders à cause de leurs obédiences politiques, que les acteurs de la société soient privés de leurs libertés pendant presque une année sans jugement. Donc, pour ça, le CNRD doit rassurer les acteurs politiques en appelant à un dialogue inclusif et mettre fin aux différents harcèlements. Pour moi, la solution est simple, c’est d’abord libérer les détenus politiques, abandonner les poursuites contre les membres du FNDC, organiser un vrai dialogue qui va réunir tous les acteurs politiques autour de la table. Je pense que tout cela n’est pas de la mer à boire’’, a-t-il suggéré.

Pour sa part, Amara Bongo Cissé, fonctionnaire à la retraite, condamne ces séries de manifestations à travers le pays.
‘’En tout cas, en Guinée, on a le bon souvenir des manifs pendant cette dernière décennie. Chaque fois, c’est des dégâts, des pertes en vies humaines, et cela porte un coup dur à notre économie et à l’image de notre pays à l’extérieur. Pour moi, le gouvernement a montré sa bonne foi en faisant des concessions, donc, c’est l’autre camp qui doit aussi faire un pas vers le compromis. À cette phase de la vie de la nation, on ne doit regarder l’intérêt individuel, mais plutôt on doit privilégier la cause commune’’, argue-t-il.

Reste à savoir si la préfecture de Kissidougou va rentrer dans la danse les jours à venir. Ou bien, si l’ancien fief du RPG a tout simplement basculé dans l’esprit CNRD.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com
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