Beaucoup de choses ont été dites à la suite de l’entretien que Cellou Dalein a eu avec un média en ligne. D’autres choses ont aussi été avancées à la suite du report de la manifestation du 9 au 15 par les forces vives. Lorsqu’on lit les articles de presse, on est parfois dans des affirmations non étayées par des sources. Parfois aussi on est simplement avec des hypothèses affichées pour éviter de se prononcer avec certitude. C’est quoi la vérité ?
Elle est simple. Cellou Dalein ne trahit aucun secret en disant que les premiers coups de téléphone entre lui et Alpha Condé ont été houleux. Toute affirmation contraire serait de la part de l’un et de l’autre une pure contre-vérité et un manque d’humanité entre des adversaires politiques qui se sont affrontés farouchement depuis 2010.
Qui peut imaginer que Cellou décroche Alpha et qu’il dise, après toutes ces années d’affrontements, « tu m’as manqué, j’ai envie de te voir et prendre un café avec toi ». Non, lorsque des adversaires dont l’un a utilisé des moyens de coercition de l’État contre l’autre et ses partisans se retrouvent au bout du fil, il n’y a pas de place à de l’amabilité. Chacun doit exprimer sa colère, ses ressentiments, ses douleurs. Cela a été fait et c’est normal. Car un acteur politique est un homme fait de la chair, de sang, d’émotions et de raison.
Si Doumbouya appelait aujourd’hui Cellou, Alpha, Kassory, Diané, Damaro et tous ceux qui sont en exil, quelqu’un peut-il s’imaginer qu’ils s’échangent des amabilités ? Non. La colère s’exprime et s’évacue après la parole. C’est d’ailleurs cela la fonction de la parole en psychologie.
L’autre vérité, c’est que les forces vives sont un regroupement d’acteurs politiques et sociaux et non un regroupement de personnes. C’est des entités politiques (ANAD, RPG-Arc-Ciel, FNDC-politique, Forces politiques de Guinée) et des acteurs de la société civile (Forces sociales de Guinée et FNDC) qui ont décidé de fédérer leur force pour amener la junte à moins d’arrogance dans la gestion du pouvoir qu’il a usurpé le 5 septembre 2021.
Le report de la manifestation n’est pas non plus un cadeau de Cellou ou un refus de l’affrontement avec la junte. Non. C’est une décision collective de tous les acteurs des « Forces Vives ». Naturellement, toute décision collective demande dans un premier temps des positions différentes sur le sujet, car on n’est pas en « Corée du Nord » mais entre des acteurs libres et égaux, avec des lectures différentes de la réalité qui résultent des sensibilités et des trajectoires de chaque entité.
Cette demande de report et l’acceptation par les « forces sociales » est stratégiquement une très grande décision politique. Après avoir verrouillé et triompher de la junte à l’international, la « véritable classe politique et la véritable société civile » s’occupent de l’espace public intérieur en imposant à la junte à revenir à la raison. Car, après tout, la junte du CNRD n’est pas l’armée, c’est un groupe qui ne possède ni la légalité pour décider seul ni la légitimité pour obtenir le soutien populaire.
Cette demande, presque en larmes, de la junte est un révélateur du changement de rapport de force dans le pays. Désormais, on sait qui impose le tempo de la transition. Cette demande pressante de report et l’acceptation par la « véritable classe politique et la véritable société civile » montre « qui est qui » en Guinée, car comme disent les Ivoiriens « Tôle, ce n’est pas tôle ».
Politiquement, après l’implication des « religieux politiques », les forces vives ont été intelligentes d’accepter de différer la manifestation, car désormais ce report est une arête de « Bonga » dans la gorge des « religieux ». Ils sont obligés d’obtenir un résultat tangible au risque de se faire disqualifier.
D’ailleurs, le report n’a pas empêché la manifestation, car le peuple est fatigué de la crise économique qui réduit les opportunités de trouver le « borrè saré » pour le citoyen lambda. La manifestation de ce 9 sans le mot d’ordre est un révélateur de la faiblesse de la gouvernance actuelle. Les réseaux sociaux et plusieurs choses ne peuvent convaincre dans la durée. Le désordre institutionnel et le « m’as-tu-vu » des ministres « Facebook », Twitter du gouvernement de Gomou ont montré leur limite. La propagande ne produit pas la richesse et n’attire pas des capitaux.
Lorsque à la veille de cette manifestation du 9, Mamadi Doumbouya va à N’Zérékoré, il fait comme Sékouba à la veille du 28 septembre et comme Alpha Condé lors de toutes les manifestations durant son règne.
Pendant cette semaine, il reste à la junte deux possibilités : céder sur tout et coopérer pour survivre ou faire partie de la liste des anciens organes qui commencent par « C » (CMRN, CNDD et CNRD).
Almamy Soumah.
