On comprend mieux désormais la symbolique des images du coup d’État: un président déchu avachi dans un fauteuil qu’on exhibe sur les réseaux sociaux, un président complètement sonné qu’on balade dangereusement sur l’autoroute Le Prince, etc.
Le CNRD a annoncé la libération de l’ex président.
Les retombées politiques de cette libération pourraient être double: satisfaire une des exigences, du moins, complaire à la CEDEAO, à défaut de fournir un chronogramme à l’expiration de l’ultimatum. Il s’agirait par la même occasion de faire un clin d’œil aux partisans de l’ancien régime après trois semaines de démêlés de certains de ses dignitaires avec la justice. Le soutien à la junte de cette partie l’opinion publique est vraisemblablement conditionné avant tout à la libération de leur champion déchu. La pilule des ennuis judiciaires de Kassory et consorts sera moins dure à les faire avaler avec la bonne nouvelle de libération du Grimpeur. De même, la junte préfère avoir en face une seule opposition politique que deux à la fois, l’UFDG et le RPG, à un moment où des acteurs expriment des velléités de reprendre les manifestations. Après la libération de leur leader, le collectif du RPG arc-en-ciel pourrait retourner aux tables des assises nationales et du cadre de concertation inclusif. Néanmoins, cette libération n’est guère surprenante d’autant que depuis peu nous avons compris ce qu’est la boussole de justice, au vu quelques actions discutables, et la complaisance face aux anciens dignitaires en liberté mis à part l’audition des certains et la détention provisoire de d’autres ténors.
Alpha Condé constitue pour l’anonymous CNRD un butin, un bouclier, un boulet, un otage (reste à savoir s’il a le syndrome de Stockholm), un trophée de guerre brandit au gré des circonstances politiques. Bref, un produit de marketing politique périmé mais consommable à la disposition de ses tombeurs. En dépit de sa chute, l’ex-chef d’État possède une certaine capacité de nuisance (symbolique) de par son seul image ambivalente: leader charismatique pour certains et repoussoir pour d’autres, l’incarnation des malheurs du bled cette dernière décennie, qui doit absolument être jugé pour réaliser leur catharsis. Conscient de ce statut, le CNRD s’en servira dans sa stratégie de communication politique en vue de capter le capital sympathie, d’autant qu’il y a de très nombreux militants dont l’émotion souvent l’emporte sur la raison. A cet égard, le CNRD prend des mesures qui s’apparentent à la technique de la carotte et du bâton, causant heurs et malheurs à tous les bords politiques. Cependant, le statut de l’ancien locataire de Sékhoutouréya est susceptible de changer au gré des besoins de l’agenda politique du CNRD. Pour la crédibilité de la justice, une audition et une poursuite devant la CRIEF n’est donc pas à exclure. Que ceux qui rêvent d’Alpha Condé derrière les barreaux ou à la barre demandent : « Excellence est-ce qu’on va toucher à un seul de vos cheveux? »
I.D
