Invité de l’émission Guineetoday ce mercredi 30 septembre 2026, Mohamed Bangoura, dit « Romeo », chargé de communication du Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG), est revenu en détails sur la situation tendue des enseignants contractuels non intégrés à la fonction publique.
Tout en affirmant que les voies de négociation restent ouvertes, le représentant syndical exige le respect strict des accords signés et prévient contre toute tentative d’imposer un nouveau concours sur tablette.
Litige sur le protocole d’accord et le point 7
Revenant sur l’historique des discussions avec le gouvernement, le chargé de communication du SLECG a tenu à préciser que si le volet financier du protocole du 3 août 2024 avait été réglé, le blocage actuel résidait au niveau du ministère de la Fonction publique.
« Il faut reconnaître que le protocole d’accord obtenu le 3 août 2024, tout ce qui est points à incidence financière a été épuré. Le seul bémol aujourd’hui qui nous oppose au ministère de la Fonction publique, c’est le refus catégorique de vouloir appliquer le point 7 du protocole d’accord qui stipule que les enseignants contractuels communaux non retenus, comme dans le prolongement du protocole additionnel de 2024, ayant fait la partie de classe, la biométrie, seront prioritaires lors du prochain engagement, » a-t-il rappelé.
Mohamed Bangoura remet en cause la lecture faite par les autorités de la notion d’« engagement ».
« Nous ne savons pas s’ils ont voulu jouer au jeu avec l’expression « engagement », mais ils oublient qu’en face, ce sont des enseignants. Quand nous parlons de la priorité au prochain engagement, cela ne fait pas office de la participation des contractuels qui, selon moi, ont déjà fait la partie de classe et ont obtenu la moyenne », a-t-il indiqué.
Le cas des 4 568 enseignants écartés et la zone spéciale de Conakry
S’appuyant sur des données précises, le représentant syndical a rappelé que des milliers d’enseignants évalués et admis se retrouvent injustement sur le carreau en raison de la régulation par quota.
« En 2024, ces mêmes enseignants contractuels dont il s’agit, à cause du quota demandé par région et par préfecture, 4 568 ont été écartés sur les 14 500. Et ces 4 568 sont déjà dans le fichier FUGAS, parce qu’ils sont passés non seulement par l’identification, par la biométrie et par le concours de pratique de classe, et ils ont obtenu la moyenne allant de 10 à 18 », a-t-il affirmé.
Il rappelle également les promesses écrites émanant de la tutelle. « Le ministre en charge lui-même a fait un écrit adressé à la coordination de ces enseignants contractuels communaux non retenus qu’ils seront prioritaires lors du prochain engagement et de continuer à garder patience et de servir l’école de la République », a-t-il signifié.
Concernant les contractuels de la capitale, Mohamed Bangoura a réitéré la position de l’intersyndicale.
« En ce qui concerne ceux de la zone spéciale de Conakry, nous sommes unanimes sur le fait qu’ils n’ont pas fait de biométrie, d’identification et de pratique de classe. Mais nous nous sommes accordés sur le fait qu’ils seront soumis non pas à un éventuel concours… nous sommes d’accord que ces contractuels de la zone spéciale de Conakry passent l’identification, la biométrie et le concours en pratique de classe et non un concours de tablette. Voilà ce qui nous oppose au ministre François Bourno qui refuse catégoriquement de vouloir faire appliquer et de faire respecter le contenu du protocole d’accord », a-t-il martélé.
Salaires bloqués, audits et agents « oubliés » du ministère
Au cours de l’émission, Romeo s’est également exprimé sur les travaux de la commission chargée de vérifier le blocage de salaire subit par de nombreux enseignants.
« Aujourd’hui, la réunion d’aujourd’hui a consisté à la projection et le suivi du rapport déposé par la commission en charge du déblocage des salaires des enseignants qui se sont vus bloqués depuis 2023 jusqu’en 2025. Et puisque la Fonction publique à travers son inspecteur général maintient morduicus qu’ils sont débloqués, alors que nous nous avons la liste de ces enseignants bloqués, et certains d’entre eux se sont retrouvés sur la liste des licenciements et des radiations », a-t-il insisté.
Il pointe un manque de concertation institutionnelle. « Grâce à nos investigations menées, nous nous sommes rendus compte que la Fonction publique ne s’est pas adressée à l’Inspection générale de l’administration publique qui est le service le plus compétent pour déclarer est-ce un travailleur en abandon de poste ou est-ce un travailleur en justification de décès. Alors nous allons projeter et éplucher matricule par matricule. »
Mohamed Bangoura a également plaidé la cause des travailleurs de l’ombre du ministère de l’Éducation.
« Mais il y a un autre côté que beaucoup ignorent parce que pour eux ce sont des parias, ce sont les contractuels temporaires du ministère de l’Éducation. Je veux parler des chauffeurs qui tiennent entre leurs mains la vie des inspecteurs et celle des cadres, des dactylos du ministre et de son cabinet qui font trois ans aussi sans être payés de salaire », a-t-il affirmé.
Le dialogue d’abord, la grève comme ultime recours
Malgré ces divergences marquantes à l’approche de la rentrée scolaire, le SLECG assure que les négociations ne sont pas rompues, bien qu’un préavis de grève plane si le gouvernement persiste à violer les accords.
« Vous savez que nous syndicats d’abord, la première des choses, la priorité pour nous, c’est le dialogue. C’est lorsque toutes les voies de recours sont épuisées, c’est en ce moment que le syndicat brandit son arme la plus redoutable qui est la grève.
Si le protocole d’accord [est violé] en faisant les enregistrements pour le prochain concours, c’est en ce moment que là nous serons obligés de brandir la grève. Parce que le protocole fait office de loi, et nous n’allons pas permettre de violer ces lois parce que nous disons syndicalement que quiconque agit conformément à la loi est protégé par cette même loi » a-t-il poursuivi.
En conclusion, Mohamed Bangoura résume la ligne rouge fixée par l’intersyndicale (SLECG, FSPE, SNE).
« Pour nous, il n’y a pas de débat autour de la question. Il y a déjà 4 568 dans le fichier FUGAS de la Fonction publique, le gouvernement doit recruter. S’il faut extraire les 4 568 déjà triés… et le reste, vous allez extraire les enseignants contractuels de la zone spéciale de Conakry qui ne feront pas de concours tablette, mais plutôt de concours de pratique de classe. Parce que la meilleure façon de recruter un enseignant, ce n’est pas sur une tablette, c’est plutôt en situation de classe, et c’est derrière cette position que se tient debout l’intersyndicale de l’éducation représentée par le SLECG et le SNE », a-t-il conclu.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.

