La proclamation des résultats définitifs du double scrutin législatif et communal par la Cour Suprême a ouvert une période de grandes manœuvres politiques en Guinée.
Au-delà de l’installation future de la nouvelle Assemblée nationale bicamérale, une interrogation brûlante s’est emparée du débat public : le gouvernement doit-il rendre le tablier ?
Pour éclairer la lanterne des citoyens, nos confrères de Télé24 ont reçu ce mardi 23 juin 2026, dans leur émission Guineeday, Mamady 3 Kaba, juriste et expert électoral reconnu. Ce dernier a livré une analyse technique et rigoureuse, dissociant le droit pur de la tradition démocratique.
L’exigence légale : Aucune obligation constitutionnelle post-électorale
Pour le juriste, il faut d’abord évacuer les idées reçues. Contrairement à une croyance populaire bien ancrée, la fin des élections législatives n’entraîne pas automatiquement la chute de l’équipe gouvernementale d’un point de vue légal.
‘’Si on se base sous l’angle exigence constitutionnelle, aucune disposition ne contraint le gouvernement à démissionner après ces élections’’, tranche d’emblée Mamady 3 Kaba.
L’expert rappelle que la Constitution guinéenne encadre de manière très stricte et limitative les cas où le gouvernement est légalement tenu de plier bagage. Il n’en existe que trois, principalement régis par les articles 135, 136 et 137 de la loi fondamentale.
La motion de censure : « Lorsqu’elle est votée, le gouvernement est obligé de démissionner », explique-t-il.
La double persistance législative : En cas de crise majeure, le Président peut dissoudre l’Assemblée. Si la nouvelle chambre élue 90 jours plus tard maintient le même désaccord que la précédente face au gouvernement, ce dernier tombe.
L’arbitrage constitutionnel durant les trois premières années : Le Président ne pouvant pas dissoudre le Parlement au cours des trois premières années de la législature, tout blocage persistant après arbitrage de la Cour constitutionnelle peut pousser le chef de l’État à exiger le départ de son Premier ministre.
‘’Lorsque la Cour constitutionnelle tranche et que l’Assemblée refuse de se soumettre à la décision […], le président requiert la démission du gouvernement’’, a-t-il affirmé.
En dehors de ces trois scénarios constitutionnels, l’exécutif actuel n’est soumis à aucune contrainte juridique immédiate pour démissionner suite aux résultats du 31 mai.
Le second angle : L’élégance et la pratique républicain
Si le droit protège le gouvernement d’un départ forcé, la réalité politique et le respect des institutions nationales renvoient à une tout autre grille de lecture. Pour Mamady 3 Kaba, une élection générale redéfinit la légitimité populaire et demande un renouvellement de la confiance. C’est ici qu’intervient la notion de tradition politique.
‘’Le deuxième angle que j’évoquais là, c’est l’angle de la pratique républicaine. Quand même, le gouvernement a une responsabilité devant, aussi bien devant le président de la République, mais aussi devant l’Assemblée Nationale, devant le Parlement. Donc, après une élection générale de cette envergure-là, le gouvernement, par souci d’esprit républicain, d’élégance républicaine, d’usage républicain, doit démissionner. Bon, peut démissionner. Ce n’est plus… Ou devrait démissionner’’, a-t-il martelé.
Selon l’expert, cette démarche permettrait de « donner une certaine élégance à notre démocratie ». Elle acterait le début d’une nouvelle ère politique où le gouvernement remet symboliquement son mandat à disposition pour s’harmoniser avec la nouvelle configuration parlementaire issue des urnes.
La balle est désormais dans le camp du pouvoir exécutif : choisira-t-il le strict respect des textes ou le raffinement des usages républicains ? Le débat reste entier.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
