Depuis plusieurs mois, la Guinée suffoque. Entre guichets automatiques vides et plafonnements de retraits, la crise de liquidités paralyse le commerce et l’informel. Si les autorités évoquent une « thésaurisation des particuliers », une enquête de Lerevelateur224.com révèle une réalité plus sombre : la peur de la CRIEF a transformé les résidences de hauts responsables en véritables banques clandestines.
À Conakry, le spectacle est devenu routinier : des files d’attente interminables devant les banques et des visages crispés. Le Franc Guinéen (GNF), pourtant imprimé en masse par la Banque Centrale (BCRG), semble s’être évaporé de la circulation formelle.
Selon nos informations, près de 94 % de la monnaie fiduciaire se trouverait hors du circuit bancaire. Mais où est donc passé cet argent ?
L’ombre de la CRIEF : Quand la transparence fait peur
La Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), fer de lance de la moralisation de la chose publique sous l’ère du CNRD, produit un effet secondaire inattendu. Notre enquête révèle que de nombreux hauts responsables: ministres, directeurs de régies financières et hauts gradés ont radicalement changé leurs habitudes de gestion de fortune.
‘’Placer des centaines de millions, voire des milliards, sur un compte bancaire aujourd’hui, c’est signer son propre mandat de dépôt à la CRIEF’’, confie un citoyen avisé dans les rues de Kaloum.
Pour éviter que les banques ne signalent des mouvements de fonds suspects ou que la justice ne gèle leurs avoirs d’un simple clic, ces décideurs préfèrent désormais le « stockage à domicile ». Des coffres-forts de haute sécurité, souvent dissimulés dans des bunkers privés, engloutissent des masses de billets qui auraient dû alimenter le crédit et la consommation.
La « bunkérisation » des fonds : Un coup d’arrêt à l’économie
Cette thésaurisation de « haut vol » crée un assèchement immédiat des banques primaires. Les conséquences sont dévastatrices : Pénurie de cash, crise de confiance et paralysie du secteur privé. Même certains hommes d’affaires sont réticents. Tout comme des commerçants.
La version officielle face à la réalité du terrain
Officiellement, le Premier ministre et la BCRG lient cette crise au dynamisme de l’économie guinéenne (croissance de 7%) qui nécessiterait plus de billets que prévu. Une explication qui peine à convaincre les experts.
‘’Le dynamisme crée de la vitesse de circulation, pas une disparition totale du billet’’, rectifie un analyste financier de la place.
Ce que Lerevelateur224.com met en lumière, c’est une débancarisation forcée par la peur. L’argent n’est pas utilisé pour investir, il est caché. C’est une épargne morte.
Si la lutte contre la corruption est une nécessité salutaire, son corollaire sécuritaire semble avoir poussé l’argent sale et parfois l’argent propre par peur de confusion dans l’obscurité des salons privés. Tant que les « coffres de salon » seront jugés plus sûrs que les comptes bancaires, le peuple guinéen continuera de faire le rang devant des distributeurs vides.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
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