À l’occasion de la Journée internationale de la radio, célébrée ce vendredi 13 février 2026 sous le thème: « Radio et l’intelligence artificielle», l’émission « Grand Angle » de la RTG a reçu une figure emblématique du paysage médiatique : Amadou Diallo.
L’ancien responsable de la BBC en Guinée a livré un diagnostic sans complaisance sur l’évolution de la profession, regrettant une époque où le journaliste était une figure de fascination et d’intégrité.
De la fascination à la banalisation
Pour Amadou Diallo, le contraste entre hier et aujourd’hui est saisissant. Évoquant ses souvenirs de jeunesse, il décrit un temps où la radio relevait presque de la magie.
‘’Je pensais que les journalistes étaient à l’intérieur du poste’’, confie-t-il avec une pointe de nostalgie.
Cette fascination, partagée par toute une génération, entourait la profession d’un mystère et d’un prestige qui semblent s’être évaporés. Aujourd’hui, le constat est amer : le mythe s’est effondré. Selon M. Diallo, cette désacralisation s’explique d’abord par une inflation du nombre d’acteurs.
‘’Il y a trop de journalistes. Partout. Même ceux qui ne le sont pas se revendiquent journalistes’’, déplore-t-il, pointant du doigt une profession désormais saturée et parfois illisible pour le public.
Le fléau du « Gombo » et la perte de respect
Au-delà du nombre, c’est la question de l’éthique qui est au cœur de la réflexion de l’ancien de la BBC. Il pointe une dérive comportementale qu’il qualifie de « situation de répulsion ». Là où le journaliste d’autrefois imposait le respect par sa rigueur et sa distance vis-à-vis du gain facile, une partie de la nouvelle génération semble avoir succombé à des pratiques compromettantes.
« Ce que les jeunes appellent aujourd’hui le Gombo [le per diem ou les pots-de-vin], ils ne le prenaient pas. Ils refusaient de le prendre. Ils vivaient de leur salaire’’, a-t-il assené.
Cette indépendance financière était, selon lui, le socle de leur autorité. Amadou Diallo rappelle qu’à l’époque, l’annonce de l’arrivée d’un reporter de la RTG dans un ministère suscitait une forme de déférence, sinon de crainte. Aujourd’hui, cela aura a disparu.
‘’Les gens s’en foutent’’, lâche-t-il avec franchise.
Un miroir tendu à la profession
L’intervention d’Amadou Diallo sonne comme un rappel à l’ordre pour une corporation en pleine mutation, alors que les défis technologiques comme l’intelligence artificielle s’ajoutent aux crises de valeurs. Pour lui, la responsabilité de cette dépréciation est interne.
‘’Je crois que nous avons nous-mêmes contribué à faire disparaître le mythe’’, jure-t-il.
En cette journée de célébration, le message est clair : si la technologie change, la déontologie, elle, ne devrait pas être une option. Le retour à la rigueur et au respect de l’éthique reste, aux yeux de ce doyen, la seule voie pour que le journaliste retrouve sa place de choix dans la société guinéenne.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
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