À l’instar de la communauté internationale, la Guinée a commémoré, ce vendredi 6 février 2026, la Journée internationale de tolérance zéro aux Mutilations Génitales Féminines (MGF). Sous le thème national « Vers 2030, pas de fin aux MGF sans engagement et investissement soutenus », la nouvelle Ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Patricia Adeline Lamah, a marqué les esprits par un discours empreint de gravité et de détermination.
C’est devant un parterre de cadres du ministère, d’activistes des droits des femmes, de partenaires techniques et financiers (PTF) et de représentants des 13 communes de Conakry, que la Ministre a pris la parole. Pour sa première grande sortie sur ce dossier brûlant, Mme Lamah n’a pas utilisé de langue de bois : la lutte contre les MGF est désormais une « priorité d’action, de résultat et de redevabilité ».
Une réalité humaine derrière les statistiques
D’entrée de jeu, la Ministre a rappelé que derrière les chiffres de prévalence, se cachent des vies brisées. « Nous parlons d’une réalité qui touche l’intime, qui marque le corps et les esprits », a-t-elle souligné, assurant que ces pratiques compromettent l’avenir des jeunes filles guinéennes.
Réfutant l’argument culturel souvent mis en avant pour justifier l’excision, elle a été catégorique. ‘’Une violence est une violence, même au motif qu’elle est considérée. La lutte contre les MGF n’est pas une lutte contre les cultures, elle est une démarche de protection et d’élévation’’, a-t-elle indiqué.
Si la Guinée dispose d’un socle juridique solide avec la loi L2016-059AN, la Ministre reconnaît que le texte seul ne suffit pas. L’enjeu pour 2026 est double : assurer l’application stricte de la loi par les autorités judiciaires et transformer les normes sociales en profondeur. Patricia Adeline Lamah a d’ailleurs lancé un avertissement ferme contre la médicalisation de la pratique.

‘’Elle ne fait que perpétuer la pratique sous une autre forme. La seule voie acceptable demeure l’abandon’’, a-t-elle martelé.
Pour la cheffe du département de la Femme, la solution réside dans une coalition de toutes les forces vives.
‘’Les collectivités locales, en raison de leur proximité avec la population, doivent être pleinement associées à la stratégie nationale. Les autorités religieuses et coutumières, je vais bien m’appuyer dessus, occupent une place déterminante dans l’orientation des consciences. Leur parole a un poids moral considérable.
Aucune religion n’impose la mutilation d’une enfant. La protection de la vie et de la dignité est un principe commun à toutes les traditions spirituelles’’, a-t-elle insisté.
Loin des simples slogans, la Ministre a annoncé la mise en place, dès cette année, d’un mécanisme renforcé de suivi et d’évaluation. L’objectif est clair : passer des intentions aux résultats concrets sur le terrain, notamment dans les zones à forte prévalence.
S’adressant directement aux survivantes, elle a promis que la République ne les oublierait plus. ‘’Votre expérience ne peut pas s’étouffer sous le silence. Elle doit devenir une force’’, a-t-elle rassuré.
En concluant cette cérémonie, organisée par la Direction de la Promotion Féminine, Patricia Adeline Lamah a insufflé un vent de « renouveau » au ministère. Pour le gouvernement guinéen, le message est désormais sans ambiguïté : la protection des filles est une directive politique non négociable.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
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