Les plaidoiries et réquisitions dans l’affaire dite du détournement de fonds publics, impliquant l’ancien ministre Ibrahima Kourouma, se sont achevées ce mardi 20 janvier 2026, devant la chambre d’appel de la Cour de répression des infractions économiques et financières.
Après des débats nourris entre la partie civile, le ministère public et la défense, la cour a mis l’affaire en délibéré pour une décision attendue le mardi 10 février.
Prenant la parole pour l’Agence judiciaire de l’État (AJE), Me. Pépé Antoine Lama a rappelé les raisons ayant motivé l’appel du jugement n°11 du 14 mai 2025. Selon lui, il est juridiquement incompréhensible que le prévenu ait été relaxé du chef de détournement de deniers publics, tout en étant retenu coupable d’enrichissement illicite.
L’avocat soutient que les faits constituent clairement un détournement, au sens dit-il, de l’article 765 du Code pénal, s’appuyant sur le rapport de l’Inspection générale de l’État (IGE). Il affirme que ce rapport, établi par des inspecteurs assermentés après vérification des documents, stocks et chiffres, n’a jamais été sérieusement contesté par la défense car il accable le prévenu.
Selon la partie civile, Ibrahima Kourouma n’a pas pu justifier l’origine de ses biens, se contentant de simples affirmations. Le rapport évoque notamment des écoles primaires promises, mais jamais réalisées, ou encore des écoles facturées sans forage ni toilettes. Les villas situées à Lambanyi, Sangoya, Tombolia, ainsi que la maison de Beyla, sont présentées comme la trace du détournement.
Sur la réparation, la partie civile réclame 5 milliards de francs guinéens pour un préjudice estimé à 612 milliards GNF détournés, invoquant un préjudice moral immense et « l’humiliation de l’État éducateur ». Elle demande à la cour d’infirmer la relaxe pour détournement, de retenir le prévenu dans les liens de culpabilité, d’ordonner la restitution des fonds, la confiscation des biens et la réparation du préjudice subi par la République.
Les avocats de la partie civile ont précisé que leur appel concerne uniquement Ibrahima Kourouma, estimant être totalement édifiés sur le cas de Mohamed V. Sankhon.
Pour le ministère public, représenté par Aly Touré, il n’y a pas lieu de remettre en cause la décision de première instance. Il a indiqué que, même si toutes les réquisitions n’ont pas été suivies, l’objectif poursuivi par l’accusation a été atteint, ce qui explique l’absence d’appel de sa part.
Concernant le second prévenu, Mohamed V. Sankhon, le parquet a souligné qu’il n’appartenait pas à la même période de gestion que Ibrahima Kourouma et n’a donc relevé aucun appel après sa relaxe. Le ministère public demande ainsi à la cour de confirmer le jugement rendu en première instance.
Pour la défense, Me Samory Traoré a axé son argumentation sur le caractère non contradictoire du rapport de l’IGE, qu’il estime irrecevable. Il a rappelé que, bien que professionnels, les inspecteurs restent des agents de l’État enquêtant sur une personne poursuivie par ce même État.
Il a également dénoncé la présence de Mohamed V. Sankon dans le même rapport, alors que les deux hommes n’ont pas exercé aux mêmes périodes, y voyant une incohérence majeure. Selon la défense, la procédure viserait essentiellement son client en raison de quatre parcelles.
Elle a appelé la cour à la vigilance et sollicité la relaxe pure et simple, ou à défaut, une justification rigoureuse des charges par l’accusation.
Dans ses derniers mots, Ibrahima Kourouma s’en est remis à la sagesse de la cour. L’affaire a été mise en délibéré, avec une décision attendue le mardi 10 février.
Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.
