Au terme d’une année agricole laborieuse, marquée par des conditions climatiques et météorologiques plutôt favorables, les producteurs de riz à Kissidougou s’attendent certainement à une moisson prometteuse contrairement à la saison passée jugée catastrophique. Cependant, cette lueur d’espoir très tôt ressentie dans le monde paysan, est en train de céder progressivement la place à une réelle angoisse à cause d’une insuffisance notoire de moissonneuses-batteuses et d’une crise de gasoil qui frappe de plein fouet la préfecture de Kissidougou depuis quelques semaines.
Ces défis majeurs qui assaillent les riziculteurs de Kissidougou, mettent en péril les récoltes. Impuissants face à ces difficultés, les producteurs sont obligés de recourir aux moyens rudimentaires de récolte qui consistent d’abord à couper les tiges à l’aide des faucilles avant de battre les épis pour en extraire les grains.

Cette méthode traditionnelle de moisson nécessite plusieurs étapes, plus d’énergies et une importante main d’œuvre. Et pis, le centre de prestation agricole (CPA) de Kissidougou qui est censé soulager les producteurs en pareille circonstance, est moins équipé et se trouve confronté à d’énormes difficultés, réduisant ainsi sa capacité à répondre aux demandes du monde paysan de façon efficiente.

Tourmenté par la menace qui guette sa production, Jean Paul Millimouno tire la sonnette d’alarme. ‘’Cette année, j’ai cultivé 150 hectares de riz dont 60 hectares à Bambaya dans la sous-préfecture de Sangardô et le reste est réparti entre les zones de Brouadou et Boué. Alors, comme l’année passée, la moisson de cette saison a coïncidé malheureusement à une crise de gasoil. J’ai passé 5 jours en train de chercher du carburant, c’est seulement ce matin que j’ai gagné une quantité qui est loin d’être suffisante aussi. C’est pourquoi, je me suis rendu ce matin au CPA de Kissidougou pour négocier les machines. Vous savez, quand le champ de riz est à maturité, les grains vont commencer à tomber au fur et à mesure que le temps passe et cela engendre une baisse de rendement. En plus de cette crise de carburant, nous faisons également face à l’insuffisance des moissonneuses-batteuses, étant donné que Kissidougou est une zone de production de riz par excellence. Mais chaque année, c’est la même galère au moment des récoltes. Je demande aux autorités préfectorale et communale de s’impliquer dans cette situation, afin qu’on accorde la priorité aux producteurs dans la fourniture de carburant dans les stations-service, sinon, nous risquons de subir une lourde perte. Je demande également à l’État de doter les zones de fortes productions agricoles comme Kissidougou en moyens mécaniques pour faciliter les récoltes. Si les mêmes difficultés continuent, ça risque de nous décourager’’, a-t-il lancé.
Dans le district de Boué, relevant de la sous-préfecture de Fermessadou Pombô, c’est un vent de panique qui s’empare du village pourtant réputé être une zone de forte productivité agricole. Les paysans de ce village situé à la porte de la commune urbaine, redoutent une baisse considérable de leur productivité après tant d’efforts consentis au cours de l’année. C’est le cas de dame Rose Camara, qui estime que les petits producteurs sont oubliés par l’État.

‘’Dans les conditions normales, la période des moissons doit être une période de réjouissance pour les paysans après plusieurs mois de dures labeurs. Mais franchement, chez nous, c’est l’inquiétude qui domine. On a fait plusieurs va-et-vient en ville pour trouver du carburant dans les stations-service, mais impossible. Tantôt les pompistes nous disent qu’ils ne servent pas dans les bidons, tantôt ils disent que le gasoil est fini. Et si on gagne un peu de carburant, c’est plus difficile d’avoir aussi les moissonneuses-batteuses. C’est un autre calvaire.
Vraiment, nous souffrons beaucoup ici et nous sommes inquiets. Les autorités doivent faire quelque chose pour sauver nos récoltes. Cette année, les champs ont bien donné, mais si rien n’est fait, cette belle saison sera assombrie par l’échec de la moisson.
Actuellement, il y a peu de bras valides ici, la plupart des jeunes se trouvent soit à Conakry soit dans les zones minières. C’est pourquoi, c’est nous les femmes qui nous organisons pour faire la récolte à la main’’, s’est-elle lamentée.
Il faut rappeler que, la moisson qui représente le point culminant du cycle agricole et qui incarne la récompense des mois de travail, s’étend à Kissidougou de mi-novembre à janvier. En plus d’être une opportunité de transmission du savoir agricole d’une génération à une autre, la période des moissons est aussi célébrée comme la fête des travailleurs, symbolisant la victoire du travail sur l’oisiveté.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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