Déclaration No 0001 du MOUVEMENT « SAUVONS LA GUINEE »
Chers compatriotes,
Mesdames et Messieurs les représentants de la communauté internationale, Partenaires de la Transition,
Depuis le 5 septembre 2021, notre pays est engagé dans une transition politique placée, selon les engagements initiaux du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), sous le sceau de la refondation, de l’unité nationale, de la justice comme boussole et du retour à l’ordre constitutionnel.
Cependant, aujourd’hui, près de quatre ans plus tard, le constat est implacable : les engagements solennels ont été trahis, les principes de l’État de droit ont été méthodiquement écartés, les libertés fondamentales ont été sévèrement restreintes et la transition a été instrumentalisée à des fins de confiscation du pouvoir.
Dans un esprit de responsabilité républicaine, nous tenons à porter à la connaissance de l’opinion nationale et internationale les faits suivants, qui traduisent une dérive autoritaire grave et préoccupante en Guinée :
1) Des engagements trahis, une parole publique discréditée
À plusieurs reprises, notamment :
- à l’occasion de sa prise de pouvoir le 5 septembre 2021 ; – dans son discours de fin d’année, le 31 décembre 2021 ;
- dans son discours de fin d’année, le 31 décembre 2022 ;
- lors de son appel à la réconciliation nationale, le 1er octobre 2022 ;
- à l’occasion de la signature de l’accord avec la CEDEAO, le 21 octobre 2022 ;
- lors du colloque sur la future Constitution, le 21 février 2023 ;
le Président de la Transition, le Colonel puis Général Mamadi DOUMBOUYA, a affirmé, avec assurance, que ni lui, ni les membres du CNRD, du gouvernement ou du Conseil National de la Transition (CNT), ne seraient candidats aux futures échéances électorales.
Il a assuré que le pouvoir serait, au terme de la durée convenue de la Transition, restitué au peuple de Guinée, conformément à la Charte de la Transition et aux exigences de la CEDEAO qui prévoient des élections démocratiques, équitables et transparentes à cet effet :
« La Constitution ne sera pas écrite sur mesure. Ni moi, ni le CNRD, ni le gouvernement, ni le CNT n’auront de rôle à jouer après la transition. »
Cependant, à ce jour, même si un jalon déterminant du retour à l’ordre constitutionnel a été franchi avec le recensement électoral, le calendrier électoral demeure flou et décidé de manière unilatérale. Aucune date précise n’a été fixée pour les élections législatives ou l’élection présidentielle.
2) Un climat de répression et de peur
La Transition guinéenne s’accompagne d’une restriction systématique des libertés fondamentales et publiques en violation manifeste des Articles 23, 24, 34 et 35 de la Charte de la Transition. Des cas avérés de disparitions forcées, d’enlèvements, de tortures ; d’arrestations arbitraires et de détentions sans jugement sont enregistrés. Des partis politiques ont été dissouts sans avoir eu la possibilité d’exercer un quelconque recours. Les médias indépendants sont réduits au silence, tandis que plusieurs grandes chaînes et organes de presse ont été suspendus ou fermés.
Les manifestations pacifiques sont interdites depuis mai 2022, sauf celles de soutien au CNRD.
L’opposition politique, la société civile et les citoyens qui critiquent le régime sont traqués et réduits au silence.
3) Absence de dialogue, gouvernance solitaire
Depuis sa prise de pouvoir, le CNRD a systématiquement écarté les principaux acteurs de la vie politique du processus de transition. Le dialogue inter-guinéen, organisé en novembre 2022, s’est tenu en l’absence des principales formations politiques du pays. Depuis, aucun cadre de concertation crédible n’a été instauré.
Le régime se distingue par une gouvernance solitaire, autoréférentielle et méprisante à l’égard des forces vives de la nation. Ce verrouillage systématique du champ politique nourrit la défiance et polarise encore davantage la société guinéenne.
4) Une préparation électorale entachée d’irrégularités graves
Le recensement électoral, mené dans le cadre de l’état civil biométrique, soulève de nombreuses inquiétudes : absence d’audit indépendant, enrôlement massif de mineurs, exclusion de nombreux citoyens, notamment ceux qui sont en exil ou à l’étranger et inégalités d’accès selon les régions. Dans certains pays, comme la Suisse par exemple, il n’y a pas eu de recensement jusqu’à ce jour.
Pire encore, la création, par décret présidentiel, le samedi 14 juin 2025, d’un organe de gestion électoral, la Direction Générale des Elections (DGE), placé sous la tutelle du ministère de l’Administration territoriale, en substitution illégitime à la CENI (Commission électorale nationale indépendante), constitue un déni institutionnel qui remet en cause l’architecture même de notre système électoral, dans un contexte de méfiance extrême.
Ce décret est une violation manifeste de la Charte de la Transition, du code électoral en vigueur, et des conclusions de l’atelier de Kindia d’août 2024 portant code électoral.
5) Une exclusion politique ciblée et délibérée
Le retour au jeu démocratique est faussé par l’exclusion arbitraire de figures politiques majeures telles que MM. Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, qui se voient empêchés de s’enrôler ou d’exercer pleinement leurs droits civiques. Ces pratiques témoignent d’une volonté manifeste d’élimination politique, en totale contradiction avec les principes républicains de pluralisme et d’égalité devant la loi.
Nos mises en garde et recommandations :
Au nom des principes républicains et de l’intérêt supérieur de la Nation, nous, forces d’opposition et acteurs engagés pour une transition apaisée et crédible, formulons les mises en garde et recommandations suivantes :
- a) Aux autorités de la Transition :
- Respecter la Charte de la Transition et l’intégralité des engagements pris devant le peuple de Guinée et la communauté internationale ;
- Restaurer immédiatement les libertés publiques et les droits fondamentaux;
- Rétablir un cadre de dialogue inclusif, sous la médiation d’un facilitateur
international crédible ;
- Abandonner la DGE au profit de la CENI légalement constituée et garantir un
fichier électoral fiable et transparent ;
- Permettre le retour et la pleine participation de tous les leaders politiques injustement écartés du processus démocratique ;
- Eviter d’aller au Référendum avec la seule option d’adopter ou de rejeter le projet de Constitution 2025, déjà désapprouvé par la majorité des partis politiques significatifs du pays. De plus, selon le sondage publié par Guineenews le 30 juin 2025, il y a des risques que la majorité des Guinéens le rejette. Dans ce cas, la Guinée se retrouvera dans une nouvelle crise de recommencement de tout le processus. Ainsi, nous, forces d’opposition et acteurs engagés, demandons que le Référendum consiste à proposer le choix entre la Constitution CNT 2025 et la Constitution consensuelle de 2010.
Le peuple tranchera en adoptant l’une des deux. Cela nous garantirait que le Référendum conduira à l’adoption d’une Constitution acceptée par la majorité des Guinéens le 21 septembre 2025.
- b) À la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à l’Union Africaine, à l’Organisation des Nations Unies (ONU) et au reste de la communauté internationale :
- Exiger le respect du cadre légal de la Transition tel que défini dans la Charte à ses Articles 46, 55 et 65 et les engagements solennels du CNRD ;
- Mettre en place un mécanisme de suivi rigoureux du processus électoral ;
- Garantir l’inclusion, la transparence et la crédibilité des prochaines élections (mise en place d’une cellule de certification des élections pour éviter des troubles postélectoraux aux conséquences incalculables dans une sous-région instable).
- c) Aux partenaires économiques qui soutiennent un régime illégitime et violent :
Les entreprises qui sèment la corruption, soutiennent la dictature pour profiter du bradage de nos ressources feront à l’avenir l’objet de poursuites judiciaires avec effet rétroactif, comme dans l’affaire BSGR/Beny Steinmetz. La Guinée défendra sa dignité – tant sur le plan politique qu’économique.
d) A l’attention des dirigeants, en particulier de la Première dame Lauriane
DARBOUX-DOUMBOUYA :
Madame, le peuple de Guinée avait espéré que votre présence aurait eu un impact positif sur cette Transition. Hélas ! Nous connaissons aujourd’hui, en Guinée, des pratiques dignes des régimes totalitaires des années 70. En tant qu’officier et épouse du Général, vous portez une part de responsabilité dans ce que nous endurons aujourd’hui et si la Guinée sombre dans la violence et le chaos.
Conclusion
La Transition guinéenne ne saurait être une parenthèse autoritaire déguisée. Elle doit demeurer une étape de reconstruction institutionnelle, de réconciliation nationale et d’ancrage démocratique. C’est pourquoi nous tenons à préciser que la poursuite de l’inertie ou du mépris face à nos demandes légitimes entraînera des réponses concrètes, coordonnées et irréversibles, tant au niveau national qu’international.
Au peuple de Guinée, nous disons : la souveraineté t’appartient. Ne la laisse pas confisquer !
À la communauté internationale, nous lançons un appel à la vigilance, à l’action et à la solidarité avant qu’il ne soit trop tard.
La Guinée mérite une transition fondée sur la vérité et non une illusion de réforme.
Le peuple de Guinée mérite la justice et la sécurité et non la peur et le silence imposé.
La dictature, nous ne l’accepterons plus jamais !
Fait, à Conakry, le 1er août 2025.
LE MOUVEMENT « SAUVONS LA GUINEE »
STRUCTURES SIGNATAIRES
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- MAD
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