Le garde des sceaux, ministre de la justice et des droits de l’homme a présidé ce jeudi 17 juillet 2025, au lancement d’ouverture à l’assemblée plénière des magistrats du parquet, du siège et des greffes de Conakry. C’était dans un complexe hôtelier de Kindia.
Cette cérémonie qui a connu la présence de l’ensemble des magistrats, des greffiers, des cadres du département et des autorités administratives et militaires, s’inscrit dans le cadre institutionnel régulier des réflexions sur le fonctionnement, la cohérence et l’efficacité du système judiciaire guinéen. Elle vise particulièrement à renforcer la convergence des pratiques professionnelles, à harmoniser les méthodes de travail, à consolider la coordination entre les juridictions, et à mieux asseoir l’unité du service public de la justice.

Pour le procureur général près de la cour d’appel de Conakry, cette rencontre n’est pas seulement un rendez-vous de la tradition judiciaire. Elle est aussi à ses yeux, une résonance institutionnelle, un moment de vérité collective sur l’état de l’appareil judiciaire.
‘’L’article 82 précité consacre l’Assemblée plénière comme un cadre formel et institutionnalise de dialogue d’évaluation et d’orientation des juridictions relevant de chaque Cour d’appel. Elle associe les magistrats du siège et du parquet, ainsi que les personnels de greffe, dans un esprit de collégialité, de responsabilité et de transparence. Cette disposition légale, bien que parfois ignorée dans sa portée stratégique, constitue une opportunité exceptionnelle pour interroger nos pratiques, confronter nos lectures du droit, apprécier nos contraintes institutionnelles et projeter, ensemble, les réformes indispensables à une justice équitable, accessible, et crédible.
L’article 82 n’est pas une simple disposition. Il oblige, organise une reddition des comptes entre magistrats d’un même ressort et institue une dynamique de redevabilité horizontale. Cette disposition vise à créer un espace critique pour évaluer l’uniformité, la régularité et l’efficacité du service public de la justice dans le ressort de chaque Cour d’appel. Or, trop souvent, cette disposition, quoique légale, est tombée en désuétude, est réduite à une formalité.
Nous devons, à l’inverse, lui redonner toute sa force normative et stratégique. Car c’est dans cette enceinte que se pose la question essentielle : à quoi servons-nous? Que faisons-nous concrètement du pouvoir judiciaire que le peuple souverain a confié à nos mains’’, a indiqué Fallou Doumbouya.
Pour le procureur général près de la cour d’appel de Conakry, le constat est implacable : il existe dans le ressort des magistrats, une fragmentation préoccupante des pratiques judiciaires.
‘’La gestion de l’action publique varie d’un parquet à un autre, parfois en contradiction avec les directives de politique pénale:
-Les délais de traitement des procédures sont imprévisibles et excessivement très lents. Les décisions judiciaires, sur des faits similaires, connaissent des divergences déconcertantes;
-La direction et le contrôle des enquêtes par les parquetiers d’instance sont à la fois moins suivis et peu rigoureux.
-Des écarts jurisprudentiels dans l’interprétation des textes ;
-Les services de greffe présentent des déficits récurrents en matière de célérité, de tenue d’archives, d’exécution des décisions et de digitalisation.
Ces disparités nourrissent un sentiment d’injustice et compromettent le principe fondamental de l’égalité des citoyens devant la loi. Elles fragilisent aussi la crédibilité de notre institution et affaiblissent l’autorité de la justice dans l’ensemble du territoire national’’, a-t-il martalé.
Poursuivant, Fallou Doumbouya précise que l’harmonisation n’est ni une uniformisation rigide, ni une atteinte à l’indépendance du juge, mais une exigence de méthode, de discipline professionnelle, et de fidélité aux normes juridiques en vigueur.
‘’Notre ambition commune, doit être celle d’un pacte professionnel fondé sur:
-Le respect de l’éthique et de la déontologie ;
-La célérité et la qualité du traitement des affaires;
-Le développement de la culture de la reddition des comptes par les parquets, le siège et le greffe, bref l’ensemble des services judiciaires:
-La systématisation des tableaux de bord, des statistiques judiciaires, et des audits de fonctionnement;
-Et surtout, la mise en réseau de nos juridictions pour un dialogue technique permanent entre pairs’’, a-t-il préconisé.
Pour loin, il exhorte qu’il est temps que la justice guinéenne donne à voir une image professionnelle, moderne, humaine, proche des citoyens, et alignée sur les standards internationaux en matière de transparence et d’efficacité.
‘’Être magistrat, greffier, procureur, c’est plus qu’une fonction: c’est une charge d’Etat. C’est une exigence morale, une posture éthique, un devoir de redevabilité devant le peuple guinéen. Nous n’avons pas le droit d’abandonner nos concitoyens à une justice inégale, opaque ou incertaine. Chaque irrégularité non corrigée, chaque silence sur un dysfonctionnement, chaque dossier oublié ou négligé, est une violence institutionnelle contre l’Etat de droit.
Cette assemblée plénière est une opportunité de refondation. Soyons-nous en faisant le point de départ d’une nouvelle ère judiciaire, structurée, professionnelle et responsable. Soit elle sera un de ces innombrables rendez-vous que nous laissons passer, avec des discours creux et des résolutions sans lendemain.
Elle doit faire émerger des engagements collectifs pour une meilleure gestion des juridictions, une gouvernance éthique de l’appareil judiciaire, et une culture partagée de l’excellence. La justice ne se proclame pas, elle se démontre. Elle ne s’écrit pas seulement, elle se pratique. Elle n’est pas un privilège de robe, mais une obligation de probité’’, a rappelé le procureur général près de la cour d’appel de Conakry.
Présent à cette assemblée, le garde des sceaux, ministre de la justice et des droits de l’homme a, dans son discours d’ouverture, rappelé la mission constitutionnelle de la justice guinéenne.
‘’Elle est avant tout une manifestation tangible de notre volonté commune de faire progresser la justice guinéenne vers plus de cohérence, de rigueur, d’efficacité et de respect des droits fondamentaux des citoyens. La République de Guinée ne peut s’accommoder d’une justice à géométrie variable. Le prince d’égalité devant la loi commande que les justiciables soient traités avec la même rigueur, la même équité et selon le même standard juridique, quel que soit le ressort territorial de cette juridiction.
L’harmonisation des pratiques judiciaire n’est ni une option ni un luxe, mais une exigence institutionnelle. Elle suppose une application d’une forme de la loi, une interprétation convergente des textes, un traitement procédurale identique aux affaires et une communication fluide entre les acteurs du secteur public de la justice. Elle est la garantie que la justice guinéenne reste fidèle à sa mission constitutionnelle: celle d’assurer la sécurité juridique et judiciaire, de défendre la liberté individuelle et de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions républicaines.
Notre système judiciaire est aujourd’hui confronté à des défis majeurs :
La surpopulation carcéral, les lenteurs procédurales, la pression médiatique sur la justice, la corruption, le déficit de confiance des citoyens et parfois, la perte de repère déontologique. Donc, l’harmonisation des pratiques judiciaires ne peut prospérer que si elle s’accompagne d’une réforme éthique et comportementale. Cela implique que chacun de nous incarne la loyauté, la probité, la neutralité, la transparence et l’exemplarité. Je vous invite donc à réfléchir collectivement sur les réponses à apporter à ces maux. Il ne s’agit pas seulement de poser des diagnostics, mais de nous proposer des solutions pragmatiques et applicables, respectueuses des textes en vigueur. La réforme de la justice guinéenne se fera avec vous ou ne se fera pas’’, a argué Yaya Karaba Kaba.
Depuis Kindia, Amara dji SYLLA, pour Lerévélateur224.com.
