À l’approche du 2 octobre 2026, marquant le 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le devoir de mémoire s’impose. À Kindia, Elhadj Django Cissé, figure politique historique et secrétaire général du PDG-RDA depuis 1984, a livré un témoignage poignant sur la genèse de la nation guinéenne. L’ancien président de la délégation spéciale de Kindia exhorte la nouvelle génération à s’approprier cette histoire glorieuse et à bannir l’ethnocentrisme pour préserver l’unité nationale.
Le miracle guinéen : bâtir un État à partir de rien
Pour comprendre le 2 octobre 1958, il faut se replonger dans la chronologie de la rupture avec le système colonial, marquée par la visite historique du Général de Gaulle le 25 août et le référendum du 28 septembre. Elhadj Django Cissé rappelle les conditions extrêmement hostiles dans lesquelles la jeune nation a vu le jour, abandonnée par l’administration coloniale.
« Les premiers gouvernants ont pris le pays tout nu. Ils ont pris les biens, les fonctionnaires ont été enlevés pour les envoyer en Côte d’Ivoire, au Sénégal et ailleurs. Ces premiers gouvernants se sont battus parce que l’unité nationale était là », a-t-il indiqué.
Malgré ce dénuement initial, les pionniers de l’indépendance ont accompli des prouesses monumentales. Le doyen énumère avec fierté les piliers de cette souveraineté naissante avec la création d’une monnaie propre et d’une armée nationale, le lancement de la compagnie Air Guinée, la mise en place de près de 300 unités industrielles, le développement spectaculaire des infrastructures éducatives (de la création des premiers collèges et lycées jusqu’à l’université Gamal Abdel Nasser).
Un appel à la jeunesse : Connaître son histoire pour bannir la division
S’adressant directement à la jeunesse guinéenne, Elhadj Django Cissé s’inquiète de la perte des repères historiques. Pour lui, la discipline et la cohésion sociale qui prévalaient en 1958 sont les clés du développement actuel. Il dénonce avec vigueur les replis identitaires qui minent la société.
« Ils n’ont qu’à enlever l’ethnocentrisme entre nous. Notre génération n’a pas connu l’ethnie comme aujourd’hui. Nous devons être ensemble. […] La nouvelle génération doit essayer de connaître réellement la vraie histoire de notre pays. L’œuvre a été gigantesque », a-t-il lancé.
Restaurer la chaîne de transmission et l’autorité de l’État
Au-delà de l’histoire, le responsable politique plaide pour le retour à une administration de proximité efficace, basée sur une communication pyramidale et inclusive. Selon lui, la stabilité du pays repose sur la fluidité de l’information entre le sommet de l’État et la base citoyenne.
« Ce que le sommet dit doit parvenir à la base. Le président envoie au gouverneur, le gouverneur au préfet, le préfet au maire et le maire au chef de quartier. Le chef de quartier, à son tour, avec les réunions, informe la population. Ce modèle-là est incontournable pour obtenir l’équilibre, l’harmonie et la paix dans notre pays », a-t-il estimé.
À 68 ans de son accession à la souveraineté, la Guinée se trouve ainsi à la croisée des chemins : entre la nécessité de célébrer l’héritage indélébile de 1958 et l’urgence de transmettre ces valeurs de bâtisseurs aux générations futures.
Depuis Kindia, Amara dji SYLLA, pour Lerevelateur224.com.

