En réalité, je pense qu’il est aujourd’hui indispensable de mettre en place un véritable et vaste programme de formation continue à l’intention des nouveaux maires des communes urbaines et rurales.
Être élu maire ne signifie pas seulement bénéficier d’un mandat politique ; c’est aussi accepter une responsabilité administrative, juridique, financière et sociale considérable.
Un maire est appelé à prendre quotidiennement des décisions qui engagent sa commune et, parfois, l’avenir de milliers de citoyens. Il doit donc connaître les règles qui encadrent son action, comprendre ses responsabilités et surtout savoir jusqu’où vont ses pouvoirs.
C’est pourquoi je propose que les nouveaux maires bénéficient de formations séquençage portant notamment sur le droit administratif, le droit pénal, le droit des collectivités territoriales, ainsi que sur la gestion administrative et financière des communes.
Mais la formation juridique ne doit pas être la seule priorité. Nous devons également renforcer la résilience financière de nos collectivités territoriales, afin qu’elles puissent mieux faire face aux crises économiques et aux chocs externes.
Cela passe notamment par la modernisation de la fiscalité foncière, l’amélioration du recouvrement des recettes locales et la mise en place d’une fiscalité plus juste et plus équitable.
C’est précisément pour cette raison que, lors de la conférence virtuelle internationale de lancement, en 2022, de la troisième édition de l’Observatoire mondial des finances et de l’investissement des collectivités territoriales (SNG-WOFI), conjointement organisée par CGLU et l’OCDE, je n’avais pas hésité à rappeler ceci : « Un maire incapable de créer de la richesse au sein de sa commune finit par rendre sa gestion obsolète, favorise le détournement d’une part importante des recettes issues des marchés, boutiques et autres activités relevant de sa collectivité, et risque ainsi de compromettre la longévité de son mandat. »
Nos communes doivent également apprendre à diversifier leurs sources de financement, en développant les partenariats, en recherchant des financements extérieurs et en explorant des mécanismes innovants capables de soutenir durablement les investissements dans les infrastructures et les services de proximité.
Tout cela doit naturellement s’inscrire dans une gouvernance fondée sur la transparence, la reddition des comptes, la responsabilité et une lutte ferme contre la corruption.
La participation citoyenne doit également occuper une place centrale : une commune ne peut être efficacement administrée sans écouter ses populations et sans associer les citoyens aux décisions qui concernent leur quotidien.
Malheureusement, ces derniers temps, on observe parfois chez certains nouveaux maires une volonté excessive de communication et de visibilité qui peut les conduire à franchir les limites de leurs prérogatives ou à défendre publiquement des positions juridiquement contestables.
Lorsqu’un maire affirme devant les médias : « Je suis le premier magistrat de cette juridiction », on est naturellement en droit de s’interroger sur ce qu’il entend réellement par cette expression.
À l’écouter, on finirait presque par croire qu’il se croit déjà au Palais présidentiel ! Plus sérieusement, ce genre de déclaration montre surtout la nécessité de mieux former nos élus locaux sur les textes qui régissent leurs fonctions.
Un autre maire aussi qui dit en criant « à partir de maintenant, quiconque fait ça dans ma commune, on va te mettre en prison ». Tu te demandes s’il est devenu aussi le procureur ou quoi.
Je propose donc que de jeunes juristes, reconnus pour leur compétence, leur rigueur et surtout leur capacité à vulgariser le droit, soient mobilisés pour organiser des masterclasses dans région administrative regroupant les maires des différentes localités de la région.
Car la décentralisation ne peut être réduite au simple transfert de responsabilités de l’État vers les collectivités. Elle exige aussi des élus compétents, responsables et suffisamment outillés pour exercer leurs fonctions dans le respect de la loi.
Un maire n’a pas besoin d’être juriste de profession. Mais il doit connaître les fondamentaux du droit, comprendre ses droits et ses devoirs, et surtout connaître les limites de son pouvoir.
Une bonne décentralisation commence par des élus bien formés. Et une gouvernance locale efficace repose d’abord sur la compétence, la responsabilité et le respect de la loi.
Dr. Karamo Kaba
Pharmacien- Spécialiste en Gestion des Services de Santé. MBA in Pharma Biotech Business Management. DIU en Retrovirologie – Certifié en IE-Elevify.

