C’est un paradoxe douloureux : alors qu’elle affiche un taux de réussite exceptionnel aux examens nationaux, l’école des malvoyants de N’Zérékoré (quartier Horoya) est au bord de l’asphyxie financière. Ce mardi 25 août 2026, son directeur, René Lama, a tiré la sonnette d’alarme.
Privé de subvention étatique depuis plusieurs années, cet établissement, qui accueille des enfants souvent abandonnés, survit grâce au dévouement de ses encadreurs et lance un appel urgent au gouvernement et aux partenaires internationaux.
L’excellence scolaire au-delà du handicap
Créée en 1998 grâce à l’appui de l’Ambassade des États-Unis et de feu Monseigneur Raphaël Kpakilé Théa, l’école encadre aujourd’hui 125 élèves (du primaire à la terminale). Malgré le manque de moyens, l’établissement prouve que le handicap visuel n’est pas une fatalité. Les cours y sont dispensés grâce à l’écriture Braille, avec l’aide d’enseignants malvoyants et voyants.
René Lama, le directeur, se félicite des résultats remarquables obtenus par ses élèves, qui composent dans les mêmes salles et conditions que les autres candidats.

« Cette année, l’école des malvoyants a fait un succès exceptionnel de 100 %: 5 admis sur 5 candidats présentés pour la session 2026 (4 au CEE et 1 au BEPC). […] Une fois admis, ils vont au collège, au lycée et jusqu’à l’université. Nous avons d’ailleurs présenté notre 5ème promotion cette année », a-t-il confié.
La rupture de la subvention : une injustice décriée
Si le gouvernement (via l’ANAFIC) et la Banque Mondiale ont aidé à la construction d’un dortoir, le fonctionnement quotidien de l’école est paralysé par la suspension inexpliquée de la subvention de l’État depuis deux à trois ans.
Sur les 14 encadreurs de l’école, seuls 4 sont des fonctionnaires titulaires. Les autres sont réduits au bénévolat. Le directeur dénonce un traitement de faveur accordé à la capitale.
« La subvention a été coupée alors qu’à Conakry (à l’école SOGUE), elle est régulière et ils ont même un car de transport. On ne peut pas faire bénéficier une région comme Conakry sans faire la même chose à N’Zérékoré. C’est la subvention qui fait fonctionner l’école, notamment pour le paiement des primes des enseignants », a-t-il révélé.
Un appel pressant à la Ministre, au PAM et à l’UNICEF
Face aux risques d’accidents liés au ramassage scolaire dans les 22 quartiers de la ville et à la vulnérabilité des pensionnaires, René Lama interpelle directement la Ministre de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes Vulnérables.
« Nous demandons à notre ministre actuelle, Madame Patricia Lama, de penser à la Forêt, aux malvoyants de la Forêt, en réglant le problème de la subvention », a-t-il lancé.
Les défis logistiques et humanitaires sont colossaux. L’école formule des demandes claires aux partenaires au développement :
- Au Programme Alimentaire Mondial (PAM) : Une aide d’urgence en vivres. La majorité des pensionnaires (de 6 à 18 ans) sont des enfants rejetés ou abandonnés par leurs familles. L’école fait office de « père et mère » et peine à les nourrir.
- À l’UNICEF : Un appui en équipements scolaires (outils didactiques spécifiques) pour permettre aux élèves malvoyants d’étudier dans des conditions dignes.
Depuis N’Zérékoré, JOB BEAVOGUI, pour Lerevelateur224.com.
(+224) 610 620 980

