Le décès tragique du jeune Mamadou Djouma Bah, candidat au baccalauréat incarcéré pour suspicion de fraude, continue de susciter une vague d’indignation en Guinée. Pour Michel Pépé Balamou, Secrétaire général du Syndicat national de l’éducation (SNE), ce drame met en lumière les profondes incohérences et la sévérité excessive de la gestion des examens nationaux. Il appelle à une refonte d’urgence et à la libération de toutes les personnes détenues dans le cadre de cette session.
De la salle d’examen au cimetière : un choc pour l’école guinéenne
Joint par téléphone au lendemain de cette tragédie, le leader syndical n’a pas mâché ses mots. Qualifiant l’événement de « véritable scandale qui secoue le système éducatif guinéen », il a dénoncé le choix de la détention carcérale pour un acte de tricherie scolaire.
Outre la sanction elle-même, Michel Pépé Balamou s’est indigné de la négligence médicale entourant ce dossier, révélant que le défunt souffrait d’une pathologie lourde.
« Tout le monde sait qu’il est drépanocytaire, de type SS. Donc je pense qu’à ce cas, il fallait privilégier les soins intensifs que l’emprisonnement dans un univers carcéral habité par des bandits de grand chemin. Aujourd’hui, de la salle d’examen en prison, de la prison au cimetière, ma foi, c’est vraiment une honte pour l’école de la République », a-t-il dénoncé.
Un conflit juridique au cœur du drame
Le Secrétaire général du SNE a profité de sa sortie pour pointer du doigt une contradiction flagrante dans les textes guinéens. Selon lui, cette tragédie est la conséquence directe d’un « conflit de normes au détriment de l’éthique ».
Il met en opposition deux dispositions légales qui traitent différemment la fraude aux examens, créant un vide juridique dangereux pour les candidats :
Le volet pénal : L’article 687 du Code pénal prévoit des peines d’emprisonnement (de 2 mois à 3 ans) et des amendes (de 500 000 à 2 500 000 GNF).
Le volet éducatif : L’article 84 des règlements généraux régissant les examens nationaux prévoit uniquement un ajournement pur et simple du candidat pour la session en cours.
« Je pense que ce conflit doit être réglé pour éviter la survenue de la même crise », a-t-il averti.
Un appel à l’apaisement et à la libération des détenus
Considérant que la place d’un élève n’est pas en prison et que la perte d’une année scolaire constitue déjà une sanction éducative suffisante, Michel Pépé Balamou a formulé des exigences claires envers les autorités de la Transition et le département de l’Éducation.
Il demande la libération immédiate de tous les autres candidats détenus, afin qu’ils soient simplement soumis au régime d’ajournement. Son plaidoyer s’étend également aux professionnels de l’éducation : il exige la libération des 187 enseignants interpellés lors de ces examens, suggérant que l’État applique plutôt les règlements généraux prévoyant leur exclusion du processus d’organisation des examens pour une période de 2 à 5 ans.
Gnama KABA, pour Lerevelateur224.com.
