La consommation croissante de stupéfiants et de substances nocives chez les jeunes guinéens inquiète le corps médical. Lors d’un entretien exclusif, le Dr Ben Youssouf Keïta, médecin généraliste et ancien président de la Commission Santé de l’Assemblée nationale, a lancé un avertissement sévère contre l’usage banalisé de la chicha et le détournement du tramadol, prédisant un désastre sanitaire d’ici deux décennies si l’État n’agit pas.
La chicha : une fausse innocuité et un danger supérieur à la cigarette
S’attaquant d’emblée à une idée reçue très tenace, le Dr Keïta a tenu à déconstruire le mythe selon lequel l’eau de la chicha filtrerait les toxines. Selon lui, la fumée inhalée contient les mêmes poisons que celle d’une cigarette classique, à savoir la nicotine, le monoxyde de carbone et divers agents cancérigènes.
Le médecin souligne que le mode de consommation rend la chicha particulièrement dévastatrice pour les poumons.
« Une cigarette se consomme généralement en quelques minutes, tandis qu’une séance de chicha dure souvent entre 30 minutes et une heure. Le fumeur inhale donc une quantité de fumée beaucoup plus importante. […] En réalité, une personne qui fume la chicha est davantage exposée au risque de développer un cancer du poumon qu’un fumeur de cigarette », a-t-il souligné.
À ce risque de cancer s’ajoute un danger infectieux direct. Le partage régulier de l’embout entre plusieurs consommateurs favorise la transmission de maladies graves, telles que l’hépatite B.
Le tramadol : de l’antidouleur à la drogue destructrice
L’ancien député s’est également penché sur le fléau du tramadol. Ce produit, initialement conçu pour soulager des douleurs intenses, fait l’objet d’un détournement massif à des fins récréatives.
Lorsqu’il est consommé à fortes doses ou mélangé à d’autres substances, ses effets deviennent redoutables. Le Dr Keïta prévient des risques d’addiction foudroyante qui piègent les jeunes consommateurs, entraînant des hallucinations et des troubles neurologiques irréversibles.
Un appel à la fermeté de l’État aux frontières
Face à cette menace pesant sur le capital humain du pays, le praticien appelle à une réponse coercitive et multisectorielle, axée sur la coupure de l’approvisionnement. La chicha n’étant pas produite en Guinée, la solution réside, selon lui, dans le contrôle strict des frontières terrestres, maritimes et aériennes.
Il a clairement défini les rôles des différentes institutions. Dr. Ben Youssouf Keita invite aux Ministères du Commerce, de la Sécurité et à la Police, le contrôle rigoureux et la réduction drastique des importations. Au Ministère de la Santé, le spécialiste recommande de la sensibilisation et alerte sur les conséquences sanitaires.
En guise de conclusion, le Dr Ben Youssouf Keïta a dressé un tableau sombre de l’avenir si l’inaction perdure.
« L’État doit assumer pleinement ses responsabilités. Si rien n’est fait, dans vingt à vingt-cinq ans, nous risquons d’avoir une génération de jeunes en mauvaise santé, incapables de fournir les efforts physiques les plus élémentaires. Un pays ne peut pas se développer durablement avec une jeunesse affaiblie », a-t-il interpellé.
Gnama KABA, pour Lerevelateur224.com.

