C’est une page entière de l’histoire guinéenne qui vient de se tourner. Hadja Andrée Touré, veuve du père de l’indépendance Ahmed Sékou Touré, s’est éteinte ce mercredi 8 juillet 2026 au Maroc, où elle séjournait pour des soins médicaux. Âgée de 93 ans, celle qui fut la première Première Dame de la République laisse derrière elle, le souvenir d’une femme discrète mais résiliente, témoin privilégié de la naissance, des heures de gloire et des tourments de l’État guinéen.
Des origines métissées à la présidence
Née Andrée Kourouma en 1934 à Macenta, elle est la fille du médecin militaire français Paul Mary du Plantier et d’une mère guinéenne, Kaïssa Kourouma. Élevée à Kankan par son oncle Sinkoun Kaba après le départ de son père lors de la Seconde Guerre mondiale, elle poursuit de brillantes études chez les sœurs de Saint-Joseph de Cluny à Conakry.
Devenue secrétaire de l’association des femmes de l’Union française, elle épouse Ahmed Sékou Touré en 1953. À l’indépendance du pays en 1958, elle devient la première Première Dame de Guinée, rôle qu’elle occupera pendant plus d’un quart de siècle. Convertie à l’islam et cultivant une certaine discrétion politique, elle s’investit principalement dans un rôle social, accompagnant et représentant son mari à l’international, notamment lors d’échanges diplomatiques cruciaux.
La chute, la prison et l’exil
Le destin de Hadja Andrée Touré bascule brutalement à la mort de son époux, le 26 mars 1984. Le coup d’État militaire qui suit entraîne son arrestation et la confiscation de ses biens.
1984 – 1987 : Elle est emprisonnée avec son fils unique, Mohamed Touré.
1987 : Condamnée à huit ans de travaux forcés.
1988 : Libérée en début d’année, elle est contrainte de quitter le pays.
1988 – 2000 : Elle entame un long exil qui la mènera au Maroc, en Côte d’Ivoire, puis au Sénégal.
Le retour au pays et la réhabilitation historique
De retour en Guinée en l’an 2000, Andrée Touré consacre la fin de sa vie à défendre farouchement le bilan et la mémoire de son mari, malgré les controverses historiques entourant le régime de Sékou Touré (notamment les purges politiques et l’exécution de figures comme Loffo Camara).
L’avènement du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) marque sa réhabilitation définitive. Le 28 septembre 2021, le Colonel Mamadi Doumbouya lui rend visite et signe un décret lui restituant les emblématiques villas Syli de la Belle Vue. Très active malgré son âge avancé, elle a récemment participé à une rencontre internationale des Premières dames en Iran (janvier 2023) et a officiellement transféré les archives privées de son mari aux Archives nationales de Guinée en 2024.
Son décès suscite une vive émotion au sein de la nation, marquant la disparition du dernier grand témoin de la fondation de la République de Guinée.
Alpha Madiou BAH.
