Invité ce mardi 7 juillet 2026 sur le plateau de l’émission Guinéeday de la chaîne Télé24, Dr. Abdoulaye Soumah, spécialiste en économie, enseignant-chercheur et expert en politiques budgétaires des industries extractives, a livré une analyse approfondie sur le rôle crucial d’un fonds souverain pour la Guinée. Alors que le pays s’apprête à exploiter le mégaprojet Simandou, l’économiste a mis en perspective les défis de gouvernance, de transparence et d’équité intergénérationnelle liés à ce nouvel outil financier.
Le fonds souverain : « Le système immunitaire de notre économie »
Pour expliciter une notion souvent perçue comme abstraite, l’expert a proposé une métaphore biologique inédite, comparant le tissu économique national à l’anatomie humaine.
‘’Les systèmes économiques pour toutes les nations du monde ou pour tous les continents du monde ressemblent à ce que nous avons dans le corps humain’’, a-t-il expliqué. ‘’Au niveau du corps humain, il y a ce qu’on appelle le système immunitaire […] Son équivalent au niveau de la structure économique, le fonds souverain fait partie de ces éléments […] permettant à la Guinée vraiment de résister face aux chocs et de rééquilibrer l’équité intergénérationnelle entre les générations présentes et futures’’, a-t-il indiqué.
Saluant l’initiative des autorités de la transition de doter la Guinée de cet instrument qui manquait à sa structure financière historique, Dr. Soumah a rappelé que la mise en place tardive d’un tel fonds s’explique par l’évolution même des stratégies économiques sur le continent africain, historiquement divisées en deux vagues : la gestion de la rente brute (comme au Botswana dès 1994) puis le besoin criant de financement des infrastructures (Sénégal, Maroc).
Comment alimenter et structurer le fonds guinéen ?
Interrogé sur le mécanisme concret de dotation de cet outil, l’expert a détaillé les deux grands canaux d’approvisionnement (nationaux et internationaux) dont dispose la Guinée. Au cœur de cette stratégie se trouve le projet Simandou, mais pas seulement.
‘’En Guinée, par exemple, les revenus générés de l’exploitation de la mine, de l’or, du diamant, peuvent […] exactement du fer notamment, comme c’est exactement l’actualité, peuvent donner une première source. La deuxième, si la Guinée a exactement les possibilités au niveau de son gisement pétrolier ou bien gazier, aussi les revenus peuvent être générés pour pouvoir alimenter le fonds’’, a souligné Dr. Soumah.
L’économiste a également évoqué les excédents budgétaires potentiels ainsi que les revenus exceptionnels issus de la cession d’actifs étatiques comme leviers de financement complémentaires.
Le défi de la gouvernance : Le besoin impératif d’indépendance
L’un des points d’achoppement historiques des fonds souverains en Afrique réside dans leur gestion et leur transparence. Face aux inquiétudes des citoyens et de la diaspora concernant les erreurs du passé, l’invité de Guinéeday a insisté sur un cloisonnement étanche entre le pouvoir politique et la gestion technique du fonds.
‘’Dans ce cadre de gouvernance, il y a ce qu’on appelle le conseil d’administration qui doit être indépendant, et cette indépendance fait partie exactement des normes principales de gestion de tous les fonds dans le monde entier. Parce que si ce conseil d’administration n’est pas indépendant, il y a l’influence politique des autorités par-ci par-là, le fonds ne peut pas atteindre les objectifs assignés’’, a-t-il averti.
Selon lui, ce conseil d’administration doit impérativement s’appuyer sur une direction exécutive composée « d’experts, de spécialistes qui s’y connaissent » et être soumis à un double contrôle : des comités d’audit (internes et externes) et des instances de contrôle étatiques chargées de veiller au respect des mandats d’investissement.
Réduire les inégalités et diversifier l’économie réelle
Dr. Abdoulaye Soumah a mis en lumière un paradoxe guinéen : bien que le secteur minier représente 80 % des exportations, cette richesse sectorielle crée de profondes inégalités avec le reste de la population. À ses yeux, le fonds souverain — articulé avec le programme Simandou 2040 — doit servir d’outil de redistribution et de diversification vers « l’économie réelle ».
‘’La Guinée est un pays minier. Donc, si on dit que la Guinée est un pays minier, ça veut dire que la première source de création de richesse la plus importante provient des mines. Ça veut dire quoi ? Que ce sont les acteurs qui sont dans le secteur minier qui sont plus riches que les autres acteurs. Donc, pour réduire cette inégalité, il faut prendre une partie du fonds pour investir dans les autres secteurs […] l’agriculture, l’énergie, l’éducation, pour permettre aussi à ces acteurs de réussir […] En même temps, de répandre la justice entre toutes les générations’’, a-t-il martelé.
En guise de conclusion, l’économiste a invité la Guinée à cultiver une véritable « culture d’investissement sur les actifs stratégiques et sectoriels » pour s’émanciper à long terme de la dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux.
Alors que l’ensemble des fonds souverains africains ne pèse aujourd’hui que 150 milliards de dollars contre plusieurs milliers de milliards pour le seul fonds norvégien, le défi pour Conakry est immense, mais le cap semble tracé.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
