Le bras de fer entre l’État guinéen et la mafia de l’orpaillage clandestin vient de franchir un cap sans précédent. Dans la foulée de l’installation du nouveau préfet, le Colonel Fayimba Mara, une mission judiciaire de haut niveau a débarqué en urgence dans la préfecture de Siguiri.

Le bilan provisoire annoncé ce vendredi 19 juin 2026 fait état de près d’une centaine d’arrestations massives, incluant de nombreux ressortissants ouest-africains (Ghanéens, Burkinabè, Sénégalais) et la mise sous scellés d’un réseau international de pelles mécaniques (poclains).
Le sursaut de l’appareil judiciaire face au désastre écologique
Menée conjointement par le Procureur Général près la Cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé, et le Procureur Spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, cette descente sur le terrain fait suite au cri de détresse lancé par les notables de Siguiri face à l’asphyxie des cours d’eau locaux.

Après avoir inspecté les ravages écologiques sur les sites miniers de Soumbrakoba, Djatela et Bokoko, le procureur spécial de la CRIEF a dressé un réquisitoire implacable.
« Le seul patrimoine que nous avons et que nous devons préserver pour Siguiri, c’est l’environnement. Personne n’a dit qu’on ne peut pas exploiter l’or, mais le mal de Siguiri aujourd’hui […] c’est parce que la gestion de ces ressources pose énormément de problèmes », a-t-il déclaré.
La traque des « Poclains » et la poursuite des anciens commis de l’État
Au cœur de l’enquête, figure le mystère entourant le détournement et la réutilisation illégale d’engins lourds saisis par le passé. Alphonse Charles Wright a exigé des comptes immédiats sur la localisation exacte de chaque machine saisie.

« Ces machines-là sont où ? Je veux qu’on commence d’abord par ce cas. Je veux connaître l’existence des machines qui étaient là », a-t-il insisté.
La justice ne compte pas épargner la chaîne de commandement administrative. Le procureur de la CRIEF a formellement annoncé l’ouverture de poursuites criminelles contre l’ancien préfet de Siguiri et l’ensemble des cadres récemment suspendus par le ministère de l’Administration du Territoire.
« Tous les cadres qui ont été suspendus vont être poursuivis, y compris l’ancien préfet. Il faut qu’ils répondent de leurs actes. On ne peut pas représenter l’autorité de l’État à Siguiri et laisser l’environnement dans un tel état », a-t-il annoncé.
Le directeur préfectoral de la police a reçu une réquisition judiciaire pour entamer les interpellations d’urgence des anciens officiels dès le lendemain.
Un réseau d’exploitation transfrontalier démantelé
De son côté, le procureur général près la Cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé, a révélé l’ampleur internationale du réseau de pillage. Près d’une centaine de personnes ont d’ores et déjà été écrouées. Parmi les suspects figurent des techniciens, des financiers et des exploitants originaires du Ghana, du Burkina Faso et du Sénégal.
L’implication de ressortissants ghanéens et burkinabè s’explique par leur expertise technique historique dans l’utilisation des substances chimiques (cyanure, mercure) et des dragues lourdes, des méthodes importées qui accélèrent la destruction des nappes phréatiques.

Cette opération coup de poing démontre la détermination des autorités à restaurer l’ordre public et la primauté de la loi. Après les condamnations pour trafic de carburant à N’Zérékoré et le nettoyage des structures médicales illégales à Doko, Siguiri subit un grand nettoyage de sa gouvernance locale, pour le plus grand soulagement des populations civiles.
Depuis Siguiri, Ibrahima Faraba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
