Le principe est simple : Aut dedere aut judicare (livrer ou juger). C’est une norme fondamentale du droit international pénal qui impose à tout État soit d’extrader un suspect, soit le juger lui-même — il ne peut pas simplement « fermer les yeux ».
En Guinée, l’extradition des nationaux est strictement interdite (sous réserve de réciprocité). Mais pour garantir qu’aucun crime commis par un citoyen guinéen ne demeure impuni et au nom du principe susmentionné, la Guinée se réserve le droit de juger elle-même l’individu en appliquant sa propre législation pénale. C’est le principe de la personnalité active.
Il convient également de rappeler que M. Sow, quelle que soit l’impatience populaire, bénéficie de la présomption d’innocence. Rien de ce qu’il a dit ou fait devant les caméras ne permet, à ce jour, d’établir clairement sa culpabilité. L’affaire remonte à 2006, et les autorités canadiennes n’avaient pas jugé opportun d’émettre un mandat d’arrêt international à l’époque des faits. Après vingt ans de procédure, il serait plus sage de s’abstenir de tout verdict anticipé.
C’est pourquoi, je suis fermement en faveur de poursuivre l’affaire Rafiou Sow en Guinée. Cette solution me semble la plus équitable et la plus sage. J’ai la nette conviction que le Canada consentirait moins à extrader l’un de ses ressortissants vers notre pays, quelles que soient les charges qui pèseraient sur lui.
Or, si le combat contre l’impunité s’impose avec force, il convient aussi de mesurer la portée symbolique de l’extradition — surtout lorsqu’il s’agit d’un État avec lequel nous n’avons conclu aucun accord en la matière, et qui serait d’autant moins disposé à nous rendre pareille service en retour. La réciprocité, loin d’être un vœu pieux, appelle des engagements préalables et une véritable éthique des relations diplomatiques.
L’autre péril de cette extradition — et qu’on veuille bien entendre s’adresse à tous ces Guinéens établis à l’étranger et qui, d’une façon ou d’une autre, s’adonnent à quelque dissidence politique — serait de montrer que nul n’est à l’abri, ni au Canada ni aux États-Unis. Ce serait alors une vulgaire combine, un troc de saltimbanque : vous me livrez des mangues, je vous restitue des citrons.
Ali CAMARA
