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La mamaya, plus qu’une danse, un véritable symbole de cohésion sociale

29 mai 2026
KANKAN : la 86ᵉ édition de la Grande Mamaya lancée en présence du chef de l’Etat

La mamaya est plus qu’une simple danse ; c’est une identité et un symbole de cohésion sociale. Festival culturel et traditionnel, la mamaya est célébrée chaque année pendant trois jours consécutifs, le lendemain de la fête de la Tabaski (Aïd el-Kébir). Mais quelle est l’origine du nom de cette célèbre danse culturelle mandingue devenue l’une des attractions majeures notamment pour la jeunesse ? Quelle est l’anecdote qui se cache derrière ce nom ?

Deux resplendissants récits entourent l’origine du nom « mamaya ». Le plus répandu raconte qu’il proviendrait de l’hommage rendu en 1945 à une femme mystérieuse : Mama. En raison de son admiration et de sa présence régulière aux différentes séances de répétition, les participants auraient donné son nom à cette danse en son honneur. Selon cette version très populaire, cette femme aurait un jour exposé son regret de ne jamais entendre son nom dans les chants consacrés à cette danse. C’est alors qu’un membre de l’assistance s’est levé et a hurlé en maninka : « Mama fanan yéyan », ce qui signifie littéralement « Mama aussi est là ». Avec le temps et par déformation linguistique, l’expression est devenue « Mamaya ».

Pour rappel, introduite à Kankan par des jeunes voyageurs, la mamaya est apparue dans les années 1930, ou 1936 selon les sources, à Bamako, sous le nom de Bondon. Mais, sa vulgarisation à grande échelle, c’est à partir de 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale. Actuellement, l’ampleur et l’ambiance qui entourent cette grande et célèbre danse traditionnelle à Kankan sont indescriptibles. Il faut y assister pour comprendre.

Organisée par des sèrè ou sèdè (groupes sociaux) selon les sous-groupes maninka, cette emblématique danse traditionnelle a de grands impacts sur les communautés. Lorsqu’on évoque souvent cette danse traditionnelle, beaucoup ne voient que le côté festif ou ambiance. Pourtant, la mamaya apporte une certaine vitalité économique à Kankan. En effet, ce que la mamaya apporte à Kankan est énorme. Elle permet notamment aux filles et fils de Kankan, qu’ils soient en Guinée ou à l’étranger, de se retrouver, de se réunir et de discuter des enjeux sociaux et des projets de développement en faveur de leur localité. Elle encourage, en d’autres termes, les habitants de Kankan à s’investir dans des projets pour leur ville et incite ceux parmi eux, qui n’y pensaient pas, à construire pour leur séjour afin de ne pas avoir honte devant les autres.
La mamaya est une grande chance pour Kankan. Moment de retrouvailles, de convivialité, de réconciliation et de démonstration de la richesse culturelle de la région, elle mobilise aujourd’hui de nombreux Guinéens, mais aussi des étrangers. C’est un véritable pôle d’attraction. Elle attire notamment les jeunes vers leurs territoires d’origine, mobilise des milliers de visiteurs et de la diaspora. Évidemment, le temps que les personnes venues pour cette danse passent à Kankan est une belle opportunité pour de nombreux citoyens de la ville, notamment les propriétaires d’hôtels, les commerçants, les agents immobiliers, etc., de fructifier leurs activités. Tout le monde y trouve son compte : les couturiers, les tailleurs et les artisans locaux voient leurs carnets de commandes exploser grâce notamment à la confection des tenues traditionnelles destinées à la cérémonie. C’est l’occasion d’exhiber et de promouvoir les habits traditionnels : les magnifiques boubous de haute qualité, assortis d’accessoires raffinés tels que des éventails et des cannes, apportent une touche de couleur particulière à l’événement. Dans la tradition maninka, la canne est le symbole de la dignité ; elle incarne l’élégance, le pouvoir coutumier et la sagesse.

Tout comme le barbotage de mare à Baro, à Norassoba, à Sélémoussaya, à Balato, à Morigbèdou et dans d’autres localités de la Haute-Guinée, la mamaya attire des foules. Elle offre à de nombreuses personnes l’occasion de retourner travailler dans leur village. En bref, tout comme les groupes musicaux folkloriques Alardah (ou Al-Ardah), Samri et Fjiri en Arabie saoudite, la mamaya, le Soli, le Yankadi, le Toupoussèssè, ainsi que les danses traditionnelles Kpèlè, Kissi et autres, sont des éléments fondamentaux et vibrants de l’identité guinéenne.

Du reste, en plus de rassembler des communautés, renforcer le sentiment d’appartenance et célébrer le vivre-ensemble à Kankan, la mamaya est un véritable pilier culturel et économique.

 

Sayon MARA, Juriste

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