Quelques heures seulement après avoir pris les rênes de l’Assemblée nationale lors d’un scrutin boudé par l’opposition (132 voix sur 165), Ousmane Sonko a brisé le silence. Loin de la virulence des meetings populaires, le nouveau président du Parlement a livré ce mardi 26 mai 2026 un plaidoyer à forte portée philosophique, marquant l’an I de sa rupture idéologique avec le président Bassirou Diomaye Faye.
Un conflit de principes plutôt qu’une guerre d’égos
Refusant de rabaisser le divorce exécutif à une simple querelle de personnes, le leader du PASTEF a immédiatement hissé le débat au niveau des principes de gouvernance. Pour l’ancien locataire de la Primature, la fin du tandem historique est le résultat d’une profonde divergence de vues sur la gestion éthique de l’appareil d’État.
« Ce qui est en jeu dépasse des individus. Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique », a-t-il affirmé.
Convoquant la pensée d’Aristote, pour qui la politique est l’art d’organiser la cité en vue du « bien commun », Ousmane Sonko a rappelé qu’aucune république ne peut survivre si elle troque la vertu contre le confort ou les calculs personnels.
L’ombre de Mamadou Dia et la critique de l’« hyper-présidentialisme »
Au-delà de la philosophie antique, c’est dans l’histoire politique sénégalaise que la nouvelle deuxième personnalité de l’État a puisé ses arguments, en ressuscitant la figure de Mamadou Dia. Ce parallèle historique est loin d’être anodin : en 1962, une terrible crise au sommet de l’État avait opposé le président Léopold Sédar Senghor à son président du Conseil, Mamadou Dia, autour du partage du pouvoir.
Ousmane Sonko a ainsi mis en garde contre les dérives de l’État face aux intérêts privés, rappelant qu’un pays peut posséder tous les attributs de la souveraineté (hymne, drapeau, institutions) mais demeurer vide de sens si l’éthique publique s’effondre. Il a profité de cette tribune pour cibler directement l’« hyper-présidentialisme » du régime actuel, fustigeant le fait que le parti majoritaire PASTEF ait été écarté des consultations lors de la nomination du tout nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô.
Le spectre de la « fatigue morale » d’une nation
Théorisant les crises contemporaines qui secouent le continent, Ousmane Sonko a soutenu qu’un peuple ne s’effondre pas uniquement à cause de la précarité économique, mais par une « fatigue morale » lorsque ses dirigeants transforment les institutions en instruments de pouvoir personnel.
Bien qu’il ait salué les compétences techniques de son successeur à la Primature — tout en rappelant leurs divergences sur les dossiers de la monnaie et de la dette —, le président de l’Assemblée nationale a clairement acté l’ouverture d’une ère de cohabitation de combat. À Dakar, le pouvoir législatif se dresse désormais en censeur moral du pouvoir exécutif.
Pendant que la Guinée voisine boucle sa campagne électorale pour le double scrutin du 31 mai dans une quête de stabilité nationale, le Sénégal, lui, vient d’entrer de plain-pied dans une reconfiguration institutionnelle majeure où chaque texte de loi fera l’objet d’un arbitrage de fer.
Lerevelateur224.com.
