Le Sénégal s’enfonce dans une crise institutionnelle sans précédent. Moins de 24 heures après le limogeage brutal du Premier ministre Ousmane Sonko et la dissolution de son gouvernement par le président Bassirou Diomaye Faye, c’est au tour du président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, de rendre sa démission ce samedi 23 mai 2026.
Une démission « mûrie dans le silence »
C’est à travers une déclaration officielle d’une grande solennité que le chef du pouvoir législatif a annoncé son départ. Élu au perchoir le 2 décembre 2024 sous la bannière du parti au pouvoir PASTEF, El Malick Ndiaye évoque un choix personnel et hautement politique, dicté par son « sens de l’État ».
« Cette décision procède d’un choix personnel, guidé avant tout par ma conception des institutions, de la responsabilité publique et de l’intérêt supérieur de la Nation. […] Dans les épreuves de la vie nationale, il est des moments où l’intérêt du pays commande de privilégier la hauteur, le discernement et le sens du devoir », écrit l’ancien ministre des Infrastructures.
L’onde de choc de la rupture Faye-Sonko
Bien qu’El Malick Ndiaye n’évoque pas explicitement le décret présidentiel n°2026-1128 qui a destitué Ousmane Sonko la veille, personne à Dakar n’est dupe : cette démission est la suite logique de la fracture ouverte au sommet de l’exécutif. En quittant la tête du Parlement, ce cadre de la première heure du PASTEF (qu’il a rejoint en 2015) choisit de rester fidèle à sa ligne politique et à son mentor, Sonko, qui affirmait hier soir « dormir le cœur léger ».
Dans sa lettre d’adieu, El Malick Ndiaye a d’ailleurs tenu à adresser ses remerciements les plus sincères « aux militants, responsables et sympathisants du parti PASTEF », saluant leur fidélité aux idéaux de transformation.
Vers un blocage institutionnel total ?
Cette double décapitation de l’appareil d’État — la Primature d’un côté, le Perchoir de l’autre — plonge le Sénégal dans l’inconnu. Alors que les ministres sortants expédient les affaires courantes, l’Assemblée nationale se retrouve temporairement sans président pour orchestrer le travail législatif.
Ce séisme politique majeur, captive toute l’Afrique de l’Ouest. À Dakar, la priorité absolue est désormais de savoir qui le président Bassirou Diomaye Faye choisira pour rebâtir une architecture gouvernementale et parlementaire stable.
Ci-dessous, la déclaration y afférente
Mes chers compatriotes,
Après une profonde réflexion, mûrie dans le silence, la responsabilité et le sens de l’État, j’ai décidé de démissionner de mes fonctions de Président de l’Assemblée nationale du Sénégal.
Cette décision procède d’un choix personnel, guidé avant tout par ma conception des institutions, de la responsabilité publique et de l’intérêt supérieur de la Nation.
Depuis mon élection à la tête de l’Assemblée nationale, j’ai consacré toute mon énergie, avec l’ensemble des députés et l’administration parlementaire, au renforcement de notre institution, à la consolidation des principes de transparence, de contrôle et de modernisation, ainsi qu’au rayonnement du Parlement sénégalais sur les scènes nationale et internationale.
Je rends grâce à Dieu pour l’immense honneur qui m’a été accordé de servir le Sénégal à l’une des plus hautes charges de notre République.
J’exprime ma profonde gratitude aux députés de la majorité comme de l’opposition, au Bureau de l’Assemblée nationale, à l’administration parlementaire, aux membres de mon cabinet ainsi qu’au peuple sénégalais pour la confiance, le respect et l’esprit de collaboration dont j’ai bénéficié tout au long de cette mission.
Je tiens également à adresser mes remerciements les plus sincères aux militants, responsables et sympathisants du parti PASTEF, sur la liste duquel j’ai été investi. Leur engagement constant, leur fidélité aux idéaux de transformation et leur confiance ont constitué pour moi une source permanente de force, d’exigence et de responsabilité.
Au moment où je quitte cette haute fonction, je demeure profondément convaincu que la stabilité de nos institutions, le respect du dialogue républicain, la préservation de la paix civile, de la cohésion nationale et de l’intérêt supérieur du Sénégal doivent demeurer, en toutes circonstances, notre boussole commune.
Je poursuivrai, avec le même engagement et la même fidélité au peuple sénégalais, mon action au service de notre démocratie, de notre République et de notre ambition collective pour le Sénégal.
Dans les responsabilités publiques comme dans les épreuves de la vie nationale, il est des moments où l’intérêt du pays commande de privilégier la hauteur, le discernement et le sens du devoir. C’est dans cet esprit, et dans cet esprit seulement, que j’ai pris cette décision.
Que Dieu protège le Sénégal, bénisse notre peuple et nous guide vers davantage de paix, de justice, d’unité et de prospérité.
El Malick NDIAYE
Ancien Président de l’Assemblée National du Sénégal.
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