Faut-il se réjouir ou pleurer l’accord à l’amiable conclu le 6 mai 2026 entre notre pays et le géant Emirates global aluminium (EGA) ? La question brûle les lèvres des observateurs avisés. Pourtant, force est de constater qu’après 18 mois d’un bras de fer épuisant, le bon sens semble enfin l’avoir emporté sur la fureur des tribunaux. C’est qu’il aura fallu laisser la poussière retomber, car en droit comme en matière de devoir, la passion est souvent mauvaise conseillère.
À l’origine, l’expropriation de GAC en août dernier sonnait comme un acte de souveraineté ferme. L’État exigeait la transformation locale de la bauxite en alumine tandis qu’EGA, de son côté, privilégiait ses installations aux Émirats, retardant sans cesse la construction d’une raffinerie à Sangarédi. Mais voilà que ce choc a ouvert un imbroglio complexe.
En effet, face aux menaces sérieuses de procédures devant le CIRDI, notre pays risquait une condamnation pesant des milliards de dollars.
Pour une jeune compagnie publique comme la Nimba Mining Company (NMC), qui débute à peine l’exploitation du site, un procès à perte aurait été un suicide financier et industriel. Une réalité froide qui nous conseillait de garder nos nerfs à la température de l’Alaska, loin de Washington. Alors, faute de mieux, on fait avec.
L’accord signé sous l’égide du bâtonnier de Paris prévoit le versement d’une indemnité forfaitaire substantielle. « Près de 300 millions de dollars », murmurent les experts. C’est le prix de la paix. Nous récupérons officiellement les actifs physiques, mais au prix fort d’une rupture contractuelle initiale. En contrepartie, EGA sécurise son approvisionnement via la CBG.
C’est là une solution pragmatique ! Elle nous évite des décennies de frais de procédure et protège une réputation fragilisée par d’autres contentieux.
Pourtant, l’inachevé persiste. On paie fort pour racheter notre bien, livrant encore notre bauxite brute à Abu Dhabi. Est-ce un succès ?
Dans le désert des litiges, la sagesse nous rappelle que mieux vaut une brebis galeuse dans l’enclos qu’un troupeau perdu dans le ravin du lion.
L’accord est précisément cette brebis. Imparfaite, certes. Elle pèse lourd en soins et en compromis. Mais elle pare la chute dans l’arbitrage international, ce précipice dont les États sortent rarement indemnes.
Nul besoin, dès lors, de fréquenter l’école de Monsieur-tout-connaît pour comprendre que ce compromis est une bouffée d’oxygène qui nous permet de refermer ce chapitre. Car au bout du compte, comme pour toute décision, pleurer serait excessif, se réjouir serait naïf. Restons lucides ! L’amiable est ici le moindre des maux.
J’ai dit.

Par Alpha Abdoulaye Diallo in Le Populaire du 11 mai 2026
