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Auditions à l’ONU: Macky Sall et ses rivaux face à l’équation du multilatéralisme

24 avril 2026
Auditions à l’ONU: Macky Sall et ses rivaux face à l’équation du multilatéralisme

Dans les couloirs feutrés du siège des Nations unies, à New York, le rituel a des airs bien connus des initiés. Tour à tour, les prétendants au poste de secrétaire général viennent se soumettre à l’épreuve des auditions publiques, exercice instauré au nom de la transparence mais dont chacun mesure les limites. Face aux représentants des 193 États membres et à quelques voix de la société civile, Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Rebeca Grynspan et Macky Sall ont déroulé leur vision d’une organisation fragilisée, en quête de sens et de crédibilité dans un monde en recomposition accélérée. Trois heures chacun pour convaincre, séduire, rassurer , sans jamais franchir les lignes rouges.

Car derrière la mise en scène démocratique, le jeu reste profondément diplomatique. Les candidats avancent avec prudence, conscients que leur avenir ne dépend pas uniquement de cette tribune ouverte, mais surtout des arbitrages feutrés du Conseil de sécurité. Dans cet espace où le non-dit pèse souvent plus lourd que les déclarations publiques, chaque mot est calibré, chaque position pesée. Il ne s’agit pas tant de convaincre l’opinion que de ne froisser aucune des grandes puissances, détentrices du droit de veto.

Dans ce contexte, l’ancien président sénégalais Macky Sall a tenté d’imprimer une tonalité singulière. Sans rompre avec les codes de la diplomatie multilatérale, il a plaidé pour un « rôle réinventé » des Nations unies, appelant à une organisation plus présente, plus audible, et surtout plus influente dans la gestion des crises contemporaines. Une posture qui se veut à la fois ambitieuse et pragmatique, inscrite dans une lecture lucide des limites actuelles de l’institution.

Comme ses concurrents, il a insisté sur l’urgence de restaurer la confiance. Car l’ONU traverse une zone de turbulences profondes : difficultés financières, contestation croissante de sa légitimité, incapacité à prévenir ou à résoudre certains des conflits les plus meurtriers de la planète. De l’Ukraine au Moyen-Orient, en passant par d’autres foyers de tension souvent oubliés, l’organisation semble parfois reléguée au second plan, spectatrice plus qu’actrice.

Pour autant, aucun des candidats ne s’est risqué à des positions tranchées sur ces crises. Le choix de la prudence s’impose comme une constante. Interrogés sur les conflits en cours, tous ont réaffirmé leur attachement aux principes de la Charte des Nations unies, préférant des formules consensuelles à des prises de position susceptibles de heurter tel ou tel État influent. Une retenue qui alimente, chez certains observateurs, un certain scepticisme quant à la portée réelle de ces auditions.

Mais derrière cette apparente uniformité de discours, des nuances émergent. Michelle Bachelet met en avant la nécessité d’une présence accrue du secrétaire général sur le terrain, là où se nouent les crises. Rafael Grossi, lui, esquisse les contours d’un leadership plus offensif, n’hésitant pas à évoquer des réformes plus profondes de l’organisation. Rebeca Grynspan, de son côté, appelle à sortir d’une culture institutionnelle jugée trop prudente, invitant à « prendre des risques » pour redonner du sens à l’action onusienne.

Macky Sall, quant à lui, s’inscrit dans une ligne d’équilibre. Sans prôner une rupture brutale, il défend l’idée d’un renforcement du rôle de médiation et de bons offices du secrétaire général. L’objectif : permettre à l’ONU de « retrouver sa place autour de la table mondiale », dans un contexte où les grandes décisions semblent de plus en plus prises en dehors d’elle. Une ambition qui suppose à la fois une volonté politique forte et une capacité à naviguer dans un environnement géopolitique de plus en plus fragmenté.

Car c’est bien là que se joue l’essentiel. Au-delà des discours, la désignation du futur secrétaire général reste tributaire d’équilibres complexes entre puissances. Les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, membres permanents du Conseil de sécurité, disposent d’un pouvoir décisif. Leur capacité à bloquer une candidature impose aux prétendants une forme d’autocensure, limitant de facto la portée de leurs propositions.

Dans ces conditions, les auditions publiques apparaissent autant comme un exercice de communication que comme une véritable évaluation de fond. Elles permettent aux candidats de se positionner, de tester des messages, de donner des gages, mais rarement de dévoiler des visions radicalement différenciées. Le véritable débat se joue ailleurs, dans les échanges bilatéraux, les alliances discrètes et les compromis à huis clos.

Reste que l’enjeu est considérable. Le prochain secrétaire général prendra les rênes d’une organisation à un moment critique de son histoire. Jamais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale le nombre de conflits n’a été aussi élevé, jamais les défis globaux ( climatiques, sanitaires, économiques ) n’ont été aussi imbriqués. Dans ce contexte, la capacité de l’ONU à se réinventer ne relève plus du discours, mais de la nécessité.

Entre attentes élevées et marges de manœuvre limitées, le futur dirigeant devra incarner une forme de leadership à la fois diplomatique et opérationnel. Un équilibre délicat, qui suppose de savoir dialoguer avec les grandes puissances sans renoncer à porter une vision, de maintenir le cap des principes tout en s’adaptant aux réalités du terrain.

À ce stade, rien n’indique que l’un des quatre candidats actuellement en lice s’imposera. D’autres figures pourraient encore émerger, profitant des incertitudes pour entrer dans la course. Une chose est sûre : derrière les discours policés et les auditions publiques, la bataille pour le leadership de l’ONU ne fait que commencer.

 

Aboubacar SAKHO
Expert en communication

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