Nous avons lutté, puis, nous avons été abandonnés : les militants exigent des comptes
Nous avons cru à une cause juste. Nous nous sommes levés. Nous avons fait ce que beaucoup n’ont pas osé faire : nous engager, prendre position, assumer un combat que nous pensions nécessaire.
Quand le congrès de notre parti a été refusé, nous n’avons pas choisi le silence. Nous n’avons pas baissé les bras. Partout, des mouvements sont nés. Des fédérations se sont organisées, spontanément, dignement, avec courage et détermination. Au début, nous avons appelé ce mouvement par son nom.
Puis, après une longue réflexion, nous avons compris que, si nous continuions à l’appeler ainsi, il serait consacré au soutien d’une seule personne. Nous avons alors décidé de l’élargir, de le rebaptiser : Le Mouvement des Réformateurs, puis simplement Les Réformateurs (LR). Ce choix n’était pas anodin : il traduisait une volonté de dépassement, une ambition collective, une ouverture vers un projet plus large que les intérêts individuels.
Et qu’avons-nous réformé ? Rien ! Absolument rien ! Nous n’avons apporté aucune rupture, aucune avancée, aucune perspective réelle. Pire encore, nous avons contribué, malgré nous, à maintenir un système que nous dénoncions. Nous avons participé à rendre les choses aussi pourries qu’elles l’étaient déjà. Nous n’avons rien réformé. Nous sommes même tombés plus bas, encore plus bas que terre.
Nous n’avons jamais demandé un franc. Pas un seul. Notre seule motivation était de changer positivement la manière de gérer les choses, dans la transparence et dans l’intérêt collectif. Nous étions animés par une conviction sincère, presque naïve, mais profondément honnête. Pourtant, nous avons découvert pire : nous avons fui la sorcière pour suivre le diable. Nous sommes allés de mal en pis, tombés de Charybde en Scylla, sans même nous en rendre compte au début.
Nous avons tenu notre part du contrat. Sans faillir. Chaque engagement pris a été honoré. Chaque étape réclamée a été franchie. Nous avons mobilisé, convaincu, entraîné avec nous des jeunes qui avaient soif de vérité et de justice. Ces jeunes nous ont fait confiance, sans réserve. Ils ont cru que leurs aînés leur montraient le chemin d’un combat collectif, sincère, structuré et utile pour l’avenir.
Aujourd’hui, nous devons regarder ces jeunes dans les yeux. Et c’est là que la gêne nous étreint. Car la lutte s’est arrêtée. Brutalement. Sans explication. Sans débat. Sans respect pour ceux qui ont porté ce combat sur leurs épaules. Et celui à qui nous avions accordé notre temps, notre confiance et notre loyauté occupe désormais une position confortable au sein du gouvernement. Il s’est servi de nous comme de simples hommes de troupe, exposés devant le Général pour donner l’illusion de sa puissance, alors que cette force, en réalité, venait de nous, de notre engagement et de notre mobilisation.
Nous en prenons acte. Mais qu’il soit clair : nous ne sommes pas des hommes légers. Nous ne sommes pas des instruments. On ne joue pas avec la sincérité d’un peuple. On ne détourne pas l’énergie d’une génération pour servir une ambition personnelle. On ne construit pas une trajectoire politique sur la confiance trahie. La trahison la plus amère n’est pas celle qui vient de l’adversaire ; c’est celle qui vient de l’intérieur, de ceux en qui l’on croyait.
Nous n’avons ni arme à feu, ni arme blanche. Nous ne portons aucun fusil sur l’épaule, aucun couteau à la ceinture. Nous ne sommes pas dans la violence. Mais nous avons une plume. Et cette plume est plus puissante que toutes les armes de l’intimidation. Cette plume nous servira. Elle servira à dire, à révéler, à éclairer. Soit on nous rend compte de notre lutte, soit le peuple lui-même demandera des explications autour de vous.
Nous ne cherchons ni vengeance ni scandale. Nous ne sommes pas dans la logique de destruction. Nous demandons des comptes, avec calme, avec sérieux, avec fermeté. Pourquoi la lutte s’est-elle arrêtée ? Au nom de quel accord ? Au nom de quel intérêt ? Au prix de quels sacrifices ? Qui a décidé ? Et pourquoi ? Tant que ces questions resteront sans réponse, notre détermination restera intacte.
Nous sommes des responsables. Des lutteurs. Des Réformateurs qui n’ont peur de rien. Rien ne nous fera taire. Rien ne nous fera reculer. Nous continuerons à nous dresser, non pas contre des individus, mais contre le mensonge, contre la manipulation et contre l’instrumentalisation. Notre combat n’était pas un marchepied. Ce n’était pas une stratégie personnelle. C’était une exigence de vérité, une exigence de dignité.
À la jeunesse qui nous a suivis, nous devons des excuses pour cette désillusion. Ces excuses sont sincères. Mais qu’elle le sache : l’idéal, lui, reste debout. Il ne s’est pas effondré. Il ne s’effondrera pas. Nous serons là, encore et toujours, pour le défendre. Plus aguerris, plus lucides, plus vigilants, mais jamais résignés.
Diallo Abdoulaye Chérif
Ancien fédéral du CERAG, puis des Réformateurs (LR), Portugal.
