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La Guerre au Moyen- Orient et ses impacts sur l’économie Guinéenne

10 avril 2026
Mon amour pour la fiscalité de mon pays (Par Dr. Mamadou Aliou Bah)

La guerre au Moyen-Orient a des répercussions sur les voyages à destination et à l’intérieur de la Guinée avec la crise des liquidités. Et au même moment où nous écrivons ces quelles ligne une délégation de la Direction Générale des Impôts (DGI) séjourne actuellement à Paris pour une réunion annuelle soi-disant du CREDAF (Cercle de Réflexion des Dirigeants des Administrations Fiscales). La crise du Moyen- orient modifie les données ; cela se voit et ressent sur les quotidiens des Guinéens pour voyage. Des voyageurs Guinéens, entre autres, modifient ou annulent leurs réservations.

Depuis le 28 février 2026, la situation a toutefois changé : après les attaques des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, une grande incertitude règne chez les voyagistes. Malgré le plafonnement du prix des carburants dans ses stations, la Guinée devrait dégager des pertes importantes, avec la flambée des cours du pétrole et du gaz. Le sujet de la taxation de ses superprofits pourrait revenir sur le devant de la scène si le conflit dans le Golfe se prolonge.

Le FMI anticipe jusqu’à 50 milliards de dollars de demande d’aide financière d’urgence. Compte tenu des répercussions de la Guerre au Moyen-Orient, le FMI anticipe une demande supplémentaire de soutien de la part des pays membres comprise quelque part entre 20 milliards et 50 milliards de dollars, dans la limité basse si le cessez-le feu tient. La DG du FMI a fait observer que les ruptures d’approvisionnement de pétrole ont eu et continueront pendant un certain temps à voir des répercussions conséquentes, expliquant que les pénuries de produits raffinés, notamment de gazole et de kérosène, perturbent dans les transports, le commerce et le tourisme dans un monde plus interconnecté que jamais. Mais avant cette crise, la Guinée a connu une croissance de son PIB de 6% en 2021 et 6,2% en 2024. Ce rebond a été soutenu grâce à la hausse des investissements directs étrangers (IDE) dans le secteur minier et à une certaine amélioration de la production d’électricité.

Cependant, la crise actuelle du Moyen-Orient menace de plonger l’économie mondiale dans une sévère récession. Dans un scénario optimiste qui ignorerait les effets néfastes de cette crise, la croissance du PIB devrait évoluer autour d’une moyenne de 6% sur la période 2021-2026. La croissance aurait été portée par les politiques visant, d’une part, à améliorer la qualité de la gestion des finances publiques, l’environnement des affaires, l’efficacité du système bancaire, la gouvernance du secteur de l’électricité, et, d’autre part, à fournir une meilleure captation de valeur dans les secteurs minier et agricole.

Avec la crise, la croissance du PIB est désormais attendue à des niveaux nettement inférieurs, soit 1,4% en 2021 et 5,8% en 2024 dans le scénario de base, et -1,8% en 2021 et 3,8% en 2025 dans le scénario pessimiste. Le plus grand problème de la Guinée, ce sont ces finances publiques et tout le monde en parle mais aucune solution concrète actuellement. Les finances publiques, quoi s’agissent-elles ?

En 2022, on estime que les services ont contribué pour 44% au PIB de la Guinée et fourni 34% des emplois. Les activités industrielles ont généré 33% du PIB, dont environ 17% pour les activités extractives et 7% en 2022 pour les manufactures. Le secteur primaire a représenté 17% du PIB, dont 7% pour l’agriculture. L’accroissement des investissements dans les industries extractives de ces cinq dernières années devrait augmenter la part du secteur industriel dans le PIB. L’évolution des revenus extractifs entre 2021 et 2025 n’est pas linéaire. Elle est marquée par l’anticipation du projet Simandou. Les recettes sont principalement tirées de la bauxite, avec des efforts de la Transition pour revoir certains titres miniers et augmenter la redevance minière. La pression politique a permis de renégocier les conditions et d’obtenir de meilleurs retours pour l’État. C’est la preuve que « l’État doit être un partenaire fort, pas un mendiant dans son propre pays ».

Le volet Simandou influence déjà les recettes, non seulement par les droits et taxes sur les équipements importés pour la construction des infrastructures (le CAPEX minier), mais aussi par les paiements ponctuels ou les avances faites par les consortiums. L’État inclut désormais dans ses projections des revenus futurs basés sur l’hypothèse de l’entrée en production du fer de Simandou dans les années suivant 2025. Ces revenus potentiels (redevances, impôts sur les bénéfices, impôts sur les salaires, dividendes de participation) sont si massifs qu’ils représentent le point de bascule de la structure des recettes. Ils devraient reléguer les recettes non-minières à un rôle secondaire, rendant la diversification encore plus urgente.

En l’absence d’autres politiques, cela impactera négativement la capacité de l’économie à transformer ses matières premières pour capter plus de valeur ajoutée. L’enjeu pour la Guinée est donc de poursuivre des politiques qui favorisent la transformation structurelle de son économie. Le taux d’inflation annuel était de 9,7% en 2020 et était attendu à 9,4% en 2021 et 6,4% en 2025 sans la Guere Moyen-Orient, dans un contexte de politique monétaire prudente.

Les nouvelles projections prenant en compte la crise prévoient une désinflation située dans la fourchette 8,6 à 8,7% en 2025 et 7,6 à 8% en 2026. Cependant, ces projections pourraient être remises en cause par des interventions éventuelles du gouvernement et de la Banque centrale de Guinée (BCRG) pour soutenir l’économie en réponse aux menaces que fait peser la crise du Moyen-Orient. Les produits alimentaires, qui représentent 37,6% du panier de la ménagère, pourraient également exercer une pression haussière sur le niveau des prix en cas de pénurie.

En effet, l’état de dégradation des routes rurales allonge le temps d’acheminement et les pertes de produits agricoles entre les zones de production et les zones de consommation. Ces coûts sont reflétés dans les prix de vente des denrées alimentaires au consommateur final.

En effet, la période des finances publiques modernes correspond au développement des interventions de l’Etat ; dans tous les domaines. En Guinée, l’Etat utilise les dépenses et les recettes publiques comme moyen d’action dans le domaine économique et social : les dépenses et recettes publiques ne sont donc plus neutres. Et l’équilibre du budget n’est plus recherché.

En 2025, la totalité des prélèvements obligatoire en Guinée représente environ 25 644 milliards de francs guinéens, dont 14 751 milliards de recettes fiscales avec le produit intérieur brut de 13%. Les dépenses publiques doivent être égales aux recettes fiscales. C’est le principe de l’orthodoxie budgétaire d’après les économistes libéraux. L’Etat doit financer ses activités à la hauteur des recettes fiscales qu’il prélève sur la société civile. Mais dans la mesure où le budget doit être équilibre, l’Etat épouse les fluctuations de l’économie nationale. Il doit donc réduire ses dépenses en période de baisse de l’activité économique. L’explication est simple : en période de difficultés, les recettes fiscales diminuent car elles sont assises sur les revenus d’activités (impôts sur le revenu) ou sur la consommation (impôt sur la dépense).

En Guinée, c’est le contraire, l’Etat ne freine pas ses dépenses et ne tient pas compte des rentrées fiscales. C’est pourquoi les résultats de bilan fiscal sont alarmants et les réformes de la mobilisation et la sécurisation des recettes fiscales sont déjà mitiges malgré la nomination.

-L’interventionnisme de l’Etat au travers des dépenses publiques

L’Etat utilise les dépenses publiques comme levier sur l’économie, comme avec les commandes publiques c’est-à-dire rappelons l’effet multiplicateur mis en avant par Keynes. L’augmentation des dépenses publiques en matière sociale peut également réduire les inégalités sociales. Les dépenses publiques vont ainsi croitre de manière substantielle. L’Etat ne se limite plus à ses activités régaliennes et au paiement de la dette publique. A partir de la première Guerre mondiale, l’Etat devient de plus en plus présent dans de nombreux autres domaines.

L’action sociale, par exemple, se développe durant l’entre-deux guerres. Après la seconde Guerre mondiale se développent les interventions dans les domaines du logement, de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire, de l’administration économique en faveur de l’agriculture du commerce, de l’industrie. Ainsi, si les dépenses publiques représentent au maximum 15% du PIB avant 1914, cette proportion passe de 20 à 25% entre les deux guerres, et à plus de 50% depuis 1970.

L’interventionnisme de l’Etat au travers des ressources publiques

La fiscalité n’a plus cet objectif de neutralité qui était visé par les libéraux. L’impôt peut être un outil de réduction des inégalités sociales c’est-à-dire grâce à la progressivité. La fiscalité peut inciter c’est-à-dire par des allégements fiscaux, par exemple ou dissuader. L’emprunt n’est plus exceptionnel et condamnable comme auparavant pour couvrir les charges publiques. Jusqu’à récemment, les différents gouvernements ne recherchaient pas obligatoirement l’équilibre du budget. D’ailleurs, même à l’époque libérale, des budgets votés en équilibre avaient dégagé un déficit lors de leur exécution. Ainsi, c’est plutôt l’équilibre général de l’économie qui est vise, et non seulement celui de l’Etat. Le budget de ce dernier peut ainsi être en déficit, si l’objectif est l’équilibre global de l’économie.

En conclusion, les actions à recommander à l’Etat Guinéen : la Guerre au Moyen-Orient est une menace certaine pour l’économie mondiale. Aucun pays ne semble épargné. Elle impactera l’économie de la Guinée, qui possède toutefois des atouts considérables. Au-delà de ses richesses minières, le pays pourrait tirer parti de ses énormes ressources en eau. Le potentiel en terres arables est évalué à 6,2 millions d’hectares, dont 75% sont inexploités et 64 000 hectares de terres irrigables, dont moins de 10% sont aménagés. Le potentiel hydroélectrique, exploité à moins de 6%, est estimé à 6 000 MW, pour une énergie garantie de 19 300 GWh/an. Les importations de produits alimentaires transformés, dont la plupart peuvent être produits localement, se chiffraient à près de 558 millions de dollars américains en 2021. L’État guinéen a pour objectif de réduire de 50% son déficit commercial alimentaire avant 2025. À cet effet, il va créer des zones de transformation agroalimentaire avec un programme pilote de développement des zones de transformation agricoles dans les régions administratives de Boké, Mamou et Kankan. Ce programme permettra, entre autres, de disposer d’un ensemble de connaissances, qui pourront être dupliquées sur l’ensemble des dix agropoles du pays.

 

 

Dr MAMADOU ALIOU BAH, Inspecteur Principal des Impôts.

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