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Lettre ouverte au Premier ministre – Propositions pour briser la chaîne de thésaurisation et rétablir la confiance entre État, banques primaires et épargnants en Guinée

16 mars 2026
Lettre ouverte au Premier ministre – Propositions pour briser la chaîne de thésaurisation et rétablir la confiance entre État, banques primaires et épargnants en Guinée

Excellence Monsieur, le Premier ministre,

La relation de confiance entre les épargnants et les banques, ainsi qu’entre les acteurs économiques et l’État, constituent les bases de la stabilité économique d’un pays qui se veut croissance. Malheureusement, des événements récents, allant de la crainte de l’État et de la CRIEF au manque de confiance entre institutions bancaires et épargnants, accentué par le manque d’autonomie de la BCRG et ses décisions atypiques et rigides, ont inévitablement affecté le bon déroulement de notre dynamique d’espoir, paralysant l’investissement et la sécurité financière des citoyens guinéens.

Fort de la conviction que vous êtes un atout pour la Guinée ainsi que le Président de la République que vous servez, convaincu de votre capacité d’écoute et de réaction rapide, et conscient de la nécessité d’agir, je me permets de vous présenter, dans une optique constructive, diverses suggestions. Ces propositions visent à accroître la transparence et la sécurité des épargnants, à stopper net la thésaurisation et à restaurer la confiance entre les agents économiques mentionnés. Et à mon humble avis, pour rétablir durablement cette confiance brisée en Guinée, il faut combiner transparence, sécurité, éducation financière et simplification des services.

Face à un État dont l’inquiétude persiste et un secteur bancaire qui n’offre plus la même sécurité aux épargnants, il est impératif de rétablir la confiance des autres agents économiques. Il me semble ainsi que le rôle moteur reviendra à l’État. C’est pourquoi, il doit accepter d’abord de dresser et de diffuser son bilan de la période de transition, détaillant ainsi les flux financiers que la bonne frange de la population croit avoir à être mal utilisés et gaspillés dans des actions improductives et non-prioritaires. Cela signifie alors de préciser l’affectation des prêts et dons reçus, ainsi que des revenus miniers, fiscaux et douaniers. Je crois que l’État guinéen a eu à réaliser beaucoup d’actions qui sont en mesure de justifier ces fonds collectés. Il sera donc nécessaire de rendre compte des fonds et des biens récupérés par les instances de lutte contre les délits économiques et financiers. Je pense que la liste des personnes suspectées est conséquente, et nombre d’entre elles ont réintégré la sphère publique sans explication valable. Cela, combiné à la reconduction fréquente des mêmes visages aux postes juteux du pays contribue à alimenter les tensions et les frustrations.

Il faudra également qu’il soit initié une communication apaisante et rassurante pour répondre aux craintes en lien avec la CRIEF et combattre les dérives et les disparités sociales et politiques au sein de ces juridictions s’il y a n’a. Il conviendra en ce moment, d’expliquer également, l’intérêt que l’État porte beaucoup plus à ses hommes de culture, qui bénéficient souvent de son soutien au détriment des autres forces vives de la nation. Je crois que l’une des sources de mécontentement de la population réside également dans l’attribution fréquente de véhicules coûteux et de demeures à ces personnalités culturelles, parfois indiscrets et populistes, ainsi que l’injustice qui caractérise souvent le choix des hommes pour les postes de responsabilité du pays.

Présenter les orientations gouvernementales à venir, conformes aux aspirations populaires (notamment en matière de routes, d’infrastructures sportives, sanitaires, éducatives, de barrages, de marchés, de raffineries et de logements sociaux), est une stratégie efficace pour désamorcer les tensions et renforcer la confiance. Il est impératif de communiquer sur les besoins de financement pour concrétiser ces ambitions, en identifiant des sources de revenus et de financement distinctes des réserves bancaires et de l’émission monétaire. De plus, une nouvelle méthode de lutte contre la corruption, les détournements et la mauvaise gestion financière sera indispensable.

Enjoindre la BCRG de supprimer la commission de 1% sur les retraits bancaires afin de permettre aux banques de lever les restrictions sur les épargnants. Il faudrait aussi privilégier les incitations fiscales et monétaires pour décourager la thésaurisation et favoriser l’adoption des services bancaires, ainsi que simplifier l’interopérabilité des réseaux mobiles pour promouvoir l’usage de la monnaie électronique. De plus, un comité multisectoriel de sortie de crise devrait être créé, accompagné d’une concertation nationale incluant l’ensemble des forces vives guinéennes, y compris les partis politiques dissous, dans le but d’apaiser le climat politique. Les participants devraient avoir la liberté de choisir les sujets à aborder, faire preuve d’une grande ouverture aux critiques et s’engager à appliquer promptement les conclusions de ces assises. Enfin, il est essentiel que les prochaines élections se déroulent dans des conditions de liberté, de transparence et d’inclusion, etc.

Son Excellence monsieur le Premier ministre,

Cet assainissement de la conjoncture favorisera une relance monétaire ciblée, bénéficiant à des épargnants désormais rassurés et moins enclins à thésauriser. Les Banques peuvent ainsi intervenir pour assurer la clarté et la visibilité du Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution en expliquant que les dépôts sont protégés jusqu’à un certain montant, et communiquer régulièrement sur sa solidité ; améliorer la transparence des règles prudentielles (capitaux, réserves, liquidités) et publier des rapports simples sur la santé des banques, sans jargon technique.

Mettre en place une campagne nationale d’éducation financière (radio, TV, réseaux sociaux, mairies) pour expliquer l’épargne, le crédit, les paiements digitaux et les mécanismes de protection des déposants ; Créer des points d’information dans les agences et dans les quartiers populaires, où des agents bancaires et de la BCRG répondent aux questions et dissipent les idées reçues.

Rendre les retraits et paiements plus fluides (moins de files d’attente, meilleures caisses, disponibilité du cash lorsque les règles prudentielles le permettent) pour montrer que le système tient ; Accélérer la bancarisation et la digitalisation (comptes mobile‑money interconnectés, paiements par QR code, factures en ligne) afin de réduire l’angoisse liée au cash tout en sécurisant les transactions.

Adapter les produits bancaires (comptes sans frais minimum, micro‑crédits, micro‑assurances) pour attirer petits commerçants, transporteurs et artisans vers le circuit formel ; Limiter les contraintes administratives excessives (papiers, justificatifs) qui poussent les ménages à rester en dehors du système bancaire.

Inscrire dans un pacte public les engagements de la BCRG, du gouvernement et des banques : stabilité monétaire, respect du secret bancaire, protection des déposants, lutte contre les abus ; Renforcer la surveillance indépendante et aligner la réglementation sur les standards internationaux (recommandations FMI) pour rassurer à la fois la population et les partenaires techniques.

En toute modestie, je crois que ces mesures, alliées à un contrôle accru des autorités concernées, contribueraient à rétablir une sérénité durable. Néanmoins, cette proposition n’est qu’un point de départ, d’autres membres du think-tank guinéen pourraient y ajouter des éléments.

Dans l’espoir que ces idées retiendront votre intérêt et seront étudiées par vos équipes, je vous prie d’accepter, Monsieur le Premier ministre, mes salutations distinguées.

– Vive la République de Guinée.

Mohamed Lamine Camara (Molac).

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