Invité de l’émission « Grand Angle » sur la RTG, l’économiste Dr. Alhassana Makanéra Kaké a dressé un réquisitoire sévère contre la prolifération et la gestion des Établissements Publics Administratifs (EPA) en Guinée.
Selon l’expert, ces entités, souvent créées par complaisance, coûtent annuellement la somme astronomique de 6 000 milliards de francs guinéens à l’État, plombant dangereusement les finances publiques.
Le diagnostic est sans appel. Pour Dr. Makanéra Kaké, la Guinée souffre d’une incompréhension profonde de la notion même de service public, entraînant une gestion budgétaire désastreuse. Au cœur du problème se trouve la confusion volontaire entre le secteur public administratif et le secteur public économique.
Une confusion institutionnelle ruineuse
L’économiste pointe du doigt le mélange des genres entre les Établissements Publics Administratifs (EPA), qui n’ont pas vocation à générer des revenus, et les Établissements Publics Industriels et Commerciaux (EPIC), conçus pour fonctionner comme des entreprises et rapporter de l’argent à l’État.
Pour illustrer cette anomalie, l’invité a utilisé une métaphore frappante. ‘’C’est comme avoir deux véhicules : un personnel et un taxi. Chaque jour, vous donnez 20 litres de carburant aux deux, mais le taxi ne vous ramène rien. C’est ce que nous faisons avec les EPA. L’État donne de l’argent à des établissements industriels et commerciaux censés lui en rapporter’’, analyse-t-il.
En Guinée, le statut unique est devenu la norme, mettant « l’éléphant, le lièvre et le coq dans le même panier ». Un exemple cité est celui de l’OGP, qui exerce à la fois des fonctions administratives (régulation, agréments) et économiques (publicité), illustrant la nécessité de clarifier les statuts des entités étatiques.
Le clientélisme au détriment de la nécessité publique
L’impact financier de ce désordre est colossal. Dr. Kaké révèle que ces entités coûtent environ 6 000 milliards de francs guinéens par an, soit l’équivalent du déficit budgétaire moyen de l’État sur le long terme.
‘’Avant, les entreprises publiques représentaient 15% du déficit sous la Première République. Aujourd’hui, avec les EPA, on est à 100%’’, alerte-il.
Au-delà de l’aspect financier, c’est la genèse même de ces établissements qui est remise en cause. L’enseignant dénonce une création dictée non pas par les besoins du service public, mais par des intérêts personnels.
‘’On crée des EPA pour satisfaire des amitiés politiques, familiales ou autres. (…) La plupart des établissements publics, c’est le plat du ministre’’, a-t-il fustigé.
Cette prolifération crée également des disparités salariales injustifiées, où un directeur d’EPA peut percevoir plus de 50 millions de francs guinéens, contre à peine 3 millions pour un directeur national effectuant le même travail au sein du même ministère.
Rationalisation et réformes : les pistes de solution
Face à ce qu’il qualifie de dépenses inutiles, Dr. Makanéra Kaké propose des solutions claires pour assainir les finances publiques :
Classification stricte : Définir trois statuts types distincts (administratif, industriel/commercial, et société d’État) selon la nature de l’activité ;
Fermeture des entités non rentables : Tout EPIC sous perfusion financière de l’État et incapable de générer des profits doit être fermé ;
Suppression des doublons : Éliminer les EPA dont les prérogatives font doublon avec celles des directions nationales existantes.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
