Sous le feu des critiques après le retour forcé de plusieurs compatriotes, le ministre des Affaires étrangères a reçu le chargé d’affaires de l’Ambassade de l’Allemagne en Guinée ce lundi 23 février 2026. Au cœur des échanges : l’exigence de dignité et la remise en question d’un accord migratoire hérité de l’ère Alpha Condé.
La tension était palpable dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères. Face à la vague d’indignation qui secoue les réseaux sociaux, suite aux conditions de rapatriement de Guinéens vivant en Allemagne, le Dr Morissanda Kouyaté a choisi l’offensive diplomatique.
Recevant le diplomate allemand en poste à Conakry, le chef de la diplomatie guinéenne n’a pas mâché ses mots.
Un accord de 2018 jugé « toxique »
Brandissant le protocole d’accord signé en 2018 devant les caméras de la télévision nationale, Morissanda Kouyaté a pointé du doigt la responsabilité de l’ancien régime. Si le principe de continuité de l’État l’oblige à reconnaître le document, le ministre a clairement marqué sa rupture avec son contenu.
‘’Si nous avions été là, nous n’aurions pas signé cet accord. Aujourd’hui, nous en endossons les conséquences, mais nous tenons à ce que la dignité de nos compatriotes soit respectée’’, a-t-il souligné.
Le ministre a officiellement demandé la suspension immédiate des opérations de rapatriement, le temps d’examiner en profondeur les clauses de ce texte régissant la migration entre les deux pays. Selon lui, le gouvernement de transition a résisté pendant quatre ans aux pressions de Berlin et de l’Union européenne pour éviter une application « intégrale » et brutale de cet accord.
La réponse de Berlin : Le droit avant tout
Face aux accusations de mauvais traitements rapportées par les expulsés, l’ambassadeur d’Allemagne a maintenu une ligne stricte basée sur la légalité. Tout en reconnaissant l’impact de la « désinformation » sur les réseaux sociaux, il a rappelé que l’Allemagne agit dans le cadre de son système judiciaire.
Le diplomate a toutefois consenti à l’ouverture d’un dialogue pour sécuriser les procédures, afin que les opérations se déroulent de « manière sûre ».
Vers une « enquête » conjointe
L’objectif affiché par Conakry est désormais d’épurer la relation bilatérale de sa « partie toxique ». Morissanda Kouyaté a invité la partie allemande à une collaboration technique pour tirer les leçons des récents événements.
‘’Nous tenons à la partie positive de notre coopération. Nous devons nous battre pour que la partie toxique de notre coopération soit totalement expurgée afin que cette coopération continue avec nous. C’est dans ce cadre-là que je vous ai invités à venir. Comme ça, nous allons travailler ensemble pour faire cette enquête et tirer des leçons’’, a indiqué le chef de la diplomatie guinéenne.
Alors que l’opinion publique guinéenne reste très sensible sur cette question, cette mise au point vise à apaiser les tensions tout en renégociant les termes d’un partenariat migratoire jugé déséquilibré par les autorités actuelles.
Mamadouba CAMARA, pour Lerevelateur224.com.
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