Le Venezuela, pays riche de la plus grande réserve pétrolière du monde, se voit une nouvelle fois accablé par la furie d’un empire qui, sous le prétexte du narcoterrorisme, fait sa loi et impose ses diktats. Le président américain, Donald Trump, a clairement signifié son mépris pour le droit international et la souveraineté des nations en annonçant l’enlèvement, à la faveur d’un coup de force, de Nicolas Maduro et de son épouse. Ce n’est pas la justice qu’il cherche, mais un pouvoir absolu sur un pays qu’il rêve d’asservir. Le pétrole du Venezuela ne lui appartient pas, mais aux yeux de l’Amérique, il est une ressource qu’il leur faut coûte que coûte, quitte à piétiner les principes de la diplomatie et de la souveraineté des peuples. Si Maduro se dresse contre l’hégémonie américaine et refuse de céder son pétrole à Washington, alors l’option militaire devient la norme. Le narcoterrorisme ? Un prétexte habilement concocté pour justifier une aventure militaire en dehors de toute légalité, visant uniquement à déstabiliser le pays afin de plier son gouvernement.
Comment, dans ce cadre, ne pas voir une énième manifestation du droit de vie et de mort qu’exerce l’Amérique sur les nations indépendantes qui, par leur refus d’obéir, se retrouvent prises dans un étau de sanctions, de menaces et de pirateries internationales ? Qu’est-ce que la saisie de pétroliers, ce braquage en haute mer, sinon un vol organisé sous la façade de l’intervention militaire ? Voilà où en est la « diplomatie » américaine. Des menaces, des assassinats politiques déguisés en justice et un pillage systématique des ressources naturelles des nations récalcitrantes.
Mais, et il faut le dire, l’Amérique ne s’arrête pas au Venezuela. Au même moment, au Nigeria, une autre mascarade est en cours. La prétendue lutte contre Boko Haram est devenue le nouveau cheval de bataille de l’Empire dans son désir de revenir sur le sol africain, en particulier dans le Sahel. Le prétexte terroriste est désormais la clé d’entrée pour des interventions militaires à géométrie variable. Sous la couverture d’une aide au Nigéria, il s’agit en réalité d’une volonté de contrôler les routes stratégiques, d’étendre l’influence sur une région déjà fragilisée, tout en sécurisant des intérêts bien plus vastes.
L’exploitation des ressources naturelles de l’Afrique et la gestion de ses zones d’influence géopolitique, voilà les vraies motivations des interventions américaines. Le terrorisme est un spectre, un terme qu’ils brandissent sans jamais proposer de véritables solutions aux causes profondes des conflits.
Le Nigeria avec ses dirigeants assujettis, tout comme le Venezuela, est victime d’un impérialisme qui se nourrit des failles géopolitiques pour justifier son emprise. Mais de quel droit Washington dicte-t-il la marche à suivre aux peuples souverains ? Les États-Unis, avec leur posture de gendarme mondial, s’arrogent un droit de vie sur les nations qu’ils jugent nécessaires à leurs ambitions. Les bombes tombent là où l’Amérique estime que les ressources sont suffisamment stratégiques pour justifier une ingérence, et les peuples, quant à eux, sont contraints de vivre sous l’ombre de la menace militaire, accablés par des sanctions, des pressions diplomatiques et économiques.
Il est grand temps de dénoncer cette logique de prédation, de l’Argentine au Venezuela, du Nigeria au Sahel, où l’Amérique mène des opérations sous couvert de sécurité mondiale, mais dont les seuls bénéficiaires restent les multinationales et les lobbies pétroliers. Dans cet ordre mondial déséquilibré, où l’injustice s’habille en « mission humanitaire », les nations doivent se lever, car la guerre contre les souverainetés nationales n’est rien d’autre qu’une guerre contre la liberté et l’autodétermination des peuples.
Que ce soit en Amérique latine ou en Afrique, l’heure est venue de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de défendre un chef d’État, mais bien de préserver l’avenir de tout un peuple, de toute une nation qui se voit dépossédée de son destin. Et ce n’est pas en cédant à la pression impérialiste que le monde sera plus juste. Au contraire, c’est en luttant pour la liberté, la justice et la souveraineté que nous pourrons espérer bâtir un avenir véritablement équitable pour tous. Que les peuples, du Venezuela au Nigeria, sachent que leur lutte est une lutte universelle contre l’hégémonie et l’oppression.
Abdoulaye Sankara.
