La République de Guinée commémore ce lundi 22 décembre 2025 le 17ème anniversaire du décès du Général Lansana Conté. Arrivé au pouvoir par les armes en 1984 et resté à la tête de l’État jusqu’à son dernier souffle en 2008, « l’homme de Wawa » laisse derrière lui un héritage complexe, entre nostalgie d’une stabilité perdue et regrets d’occasions manquées.
Un président « paysan » proche du peuple
Dans les rues de Conakry, du quartier administratif de Kaloum aux quartiers de la haute banlieue, l’image du Général-Président reste vive. Pour beaucoup, Lansana Conté était le « Président-Paysan ». Contrairement à son prédécesseur, le charismatique mais redouté Ahmed Sékou Touré, Conté cultivait une image de simplicité, préférant souvent ses champs de Dubréka aux salons feutrés du palais présidentiel.

« Avec lui, on sentait une certaine tranquillité. Il n’était pas adepte des grands discours ; il nous parlait comme un père de famille, parfois avec rudesse, mais avec une sincérité que l’on ne retrouve plus aujourd’hui », confie Facinet Camara, un citoyen rencontré à Kaloum.
Le père du multipartisme et de la libéralisation
Le souvenir que les Guinéens gardent de lui est indissociable des réformes majeures des années 90. C’est sous son magistère que la Guinée a amorcé le multipartisme et la libéralisation des ondes et de la presse.
Cependant, ces avancées sont souvent assombries par les dérives autoritaires de la fin de son règne. Les populations gardent également en mémoire les répressions sanglantes des manifestations de 2006 et 2007, marquées par une crise économique profonde et une corruption galopante qui avait fini par gangrener l’appareil d’État.
Une nostalgie née de l’instabilité actuelle
Dix-sept ans après, la figure de Lansana Conté bénéficie d’une forme de réhabilitation informelle. Dans un contexte de transitions militaires successives et de tensions politiques chroniques, certains Guinéens voient en lui le garant d’une paix sociale qu’ils estiment aujourd’hui fragilisée.
« Il disait toujours qu’il préférait la paix à tout. Même quand tout allait mal, on sentait que l’unité nationale était son socle », analyse Fatoumata Camara, enseignante à la retraite.
Le bilan d’une époque
Aujourd’hui, l’heure n’est plus au jugement péremptoire, mais à l’analyse historique. Si son long règne de 24 ans est critiqué pour n’avoir pas su bâtir des institutions démocratiques solides, ni des infrastructures à la hauteur des immenses richesses minières du pays, Lansana Conté reste, pour une grande partie de la population, l’homme qui a su maintenir la Guinée à l’abri des guerres civiles qui ont ravagé ses voisins (Liberia, Sierra Leone) durant les années 90.
Ce 22 décembre, entre prières dans les mosquées et recueillements privés, la Guinée se souvient d’un homme qui, malgré ses failles, aura marqué de son empreinte indélébile, l’histoire contemporaine du pays.
CAMARA Mamadouba, pour Lerevelateur224.com.
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