Lors de sa comparution ce jeudi 18 décembre 2025, le Colonel Bienvenu Lamah a vigoureusement répliqué aux accusations portées contre lui. Dans une déposition offensive, il a mis en cause trois figures clés de la transition de 2009 : le Général Sékouba Konaté, le Commandant Aboubacar Diakité alias « Toumba » et le Capitaine Marcel Guilavogui.
Le prévenu a commencé par pointer ce qu’il considère comme des incohérences majeures dans les témoignages de Toumba et de Marcel concernant les recrues de Kaléah et du Centre d’Instructions des Armées de Mer (CIAM), situé au kilomètre 66.
‘’Je vais vous faire un rappel par rapport aux déclarations de Commandant Toumba Diakité, Marcel Guilavogui : vous allez comprendre qu’ils sont dans une dynamique. Devant cette barre, Toumba Diakité a dit ici, par rapport au recrutement de Kaléah, qu’il y avait eu un quota. Il a dit qu’il ne connaît pas Kaléah, qu’il n’est jamais allé à Kaléah et qu’il n’avait personne là-bas. Mais il a reconnu devant cette barre qu’il avait ses éléments à CIAM qui s’appelait aussi « 66 », parce que c’est à 66 kilomètres de la capitale. Il a dit que c’est là-bas qu’il connaît et c’est là-bas qu’il partait. Il a mentionné même le général Sékouba Konaté’’, a-t-il rappelé.
Selon le Colonel Lamah, les deux hommes tentent d’orienter la responsabilité vers Kaléah pour protéger leurs propres réseaux. Il s’appuie sur les précédentes déclarations de Marcel Guilavogui.
‘’Lors de son deuxième passage, quand le procureur a demandé à Marcel de faire la différence entre les recrues qui étaient à Kaléah et celles de 66, il a répondu que la différence c’était le camp de recrutement et le camp de formation. Ensuite, il lui a demandé où se trouvaient ses six éléments. Il a répondu que ses six éléments étaient à 66, c’est-à-dire au CIAM. Toumba a ses éléments à 66, le général Sékouba Konaté a ses éléments à 66, Marcel a ses éléments à 66’’, dira-t-il.
Ensuite, il pointe un doigt accusateur sur le Général Sékouba Konaté. ‘’Il n’est pas le démocrate qu’on prétend.’’
Bienvenu Lamah ne s’est pas arrêté là. Il a vivement critiqué l’ancien ministre de la Défense Sékouba Konaté, remettant en cause son image d’homme providentiel ayant rendu le pouvoir civil.
‘’Ils sont en train d’accuser les gens, ils sont dans une dynamique. Sékouba Konaté était le ministre de la défense. Les gens disent qu’il était démocrate parce qu’il a rendu le pouvoir : c’est faux. C’est parce qu’il ne pouvait pas garder ce pouvoir’’, a-t-il accusé.
L’accusé estime que la manifestation de la vérité passe impérativement par la présence physique de Sékouba Konaté à la barre pour une confrontation avec Toumba Diakité sur l’origine des hommes déployés lors des massacres.
‘’Il n’a jamais voulu comparaître devant le pool des juges d’instruction. Voilà comment il a fait : il tient son interview pour orienter Toumba, pour dire « les éléments étaient à Kaléah et c’était ses éléments ». Mais, Monsieur le Président, il était le ministre de la Défense. Dans ce dossier, il y a trois personnes… tout de suite, pour qu’il y ait vraiment la vérité, c’est ce qu’on est en train de chercher. Mais le général Sékouba Konaté doit être là pour qu’on fasse une confrontation’’, a-t-il sollicité.
Le Colonel Lama a conclu cette partie de son intervention en insistant sur les contradictions liées au nombre de recrues.
‘’Toumba a dit que 250 sont venus du centre d’instruction de l’armée de mer. Et on a vérifié effectivement qu’il y avait des éléments là-bas. Monsieur le Président, Alpha Amadou Baldé a dit que les éléments sont venus de Kaléah. Tout le monde a dit que les éléments sont venus de là. Monsieur le Président, ça ne mérite pas de créer une confrontation ? On va se situer : qui dit la vérité ? Et je peux dire qu’à ce moment-là, le doute profite à l’accusé’’, a-t-il poursuivi.
L’audience a été momentanément suspendue et reprendra dans les prochaines minutes, pour la suite des débats.
Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.
