Malgré les réformes engagées depuis l’adoption du Code foncier et domanial en 1992, la gouvernance foncière en Guinée reste confrontée à de nombreux défis. Pour y remédier, un atelier régional consacré à la présentation et à l’amendement de l’avant-projet de la Politique Foncière Nationale (PFN) s’est ouvert ce vendredi 12 décembre 2025, dans la région administrative de Boké.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par le chef de cabinet du Gouvernorat, M. Alsény Barry, en présence de plusieurs cadres, représentants de services techniques et acteurs locaux impliqués dans la gestion du foncier. L’initiative émane du Ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, chargé de la récupération des domaines spoliés de l’État.
Prévu sur deux jours, l’atelier vise à présenter aux acteurs clés l’avant-projet de la PFN, déjà validé par les services centraux du ministère. L’objectif est clair : recueillir les perceptions, recommandations et contributions des participants afin d’enrichir le document et d’assurer une meilleure prise en compte des réalités locales.

Dans son exposé, Sory Nassa Kéita, Coordinateur national du suivi et de la mise en œuvre des États Généraux du Foncier, est revenu sur l’agenda, les motivations et les étapes qui ont conduit à l’élaboration de ce document stratégique. Il a également expliqué la méthode adoptée pour concevoir une politique sectorielle solide et adaptée aux enjeux du pays.
De son côté, Hassane Barry, Conseiller principal du ministre Mory Condé, a rappelé qu’« il y a encore peu, plus de 65 % des affaires domaniales étaient liées au foncier ». Il a salué la volonté politique actuelle et insisté sur le caractère inclusif et participatif du processus. Selon lui, la PFN servira de boussole pour les quinze prochaines années, notamment grâce à la création de la CONAREHF, chargée de piloter les réformes foncières et de mobiliser les ressources nécessaires.
Consultant sur le projet, Kerfalla Touré a présenté en détail le contenu du document. Il a pointé plusieurs dysfonctionnements justifiant la réforme :le dualisme marqué entre gestion coutumière et administration moderne ;
la faiblesse des capacités institutionnelles ;
la méconnaissance ou l’inapplication de nombreux textes ;
la multiplicité des acteurs et l’absence de clarté dans la répartition des responsabilités ;
l’augmentation des conflits fonciers.
Autant d’obstacles qui, selon lui, nécessitaient une refonte profonde du cadre foncier national.
Interrogé par les médias, le Procureur de la République près le TPI de Boké, Amadou Diallo, a exprimé sa satisfaction quant à l’élaboration d’une politique foncière nationale, estimant qu’elle contribuera à réduire les litiges domaniaux dans les centres urbains. Il a exhorté les services techniques à renforcer la gestion des archives, sécuriser les titres de propriété et accélérer la numérisation des données pour éviter les doublons.
Le Procureur a également invité les communautés à plus de civisme et de responsabilité dans l’occupation et l’usage des terres.
Enjeux environnementaux et développement durable au cœur des débats
Au cours de cette première journée, plusieurs thématiques majeures ont été discutées : la protection de la biodiversité ;
la mise en place de forêts urbaines ;
la création de villes durables ;
l’accès équitable et sécurisé à la terre ;
la gouvernance foncière responsable.
Des échanges jugés constructifs, qui devraient permettre de consolider un document appelé à jouer un rôle décisif dans la gestion foncière du pays.
Depuis Boké, Mamoudou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.

