Chauffeur de profession, Oumar Keïta a comparu ce lundi 24 novembre 2025, par devant le tribunal correctionnel de Dixinn, pour s’expliquer sur les circonstances de son interpellation survenue dans la nuit du 17 novembre, à Kaloum. À la barre, le prévenu est revenu longuement sur les faits.
Selon son récit, il devait conduire son patron à Kaloum aux environs de 22 heures, lorsqu’il a été soumis à un contrôle de routine au niveau du pont du 8 Novembre. Après avoir présenté ses documents, affirme-t-il, il s’apprêtait à poursuivre sa route lorsqu’un agent surgit brusquement devant son véhicule, lui braquant une arme et ordonnant de descendre.
‘’Pris de peur, avec le pied sur l’accélérateur, je n’ai pas pu maîtriser la voiture. Il a tiré sur mon véhicule. C’est le fait qu’il m’ait pointé son arme qui m’a terrifié’’, a expliqué Oumar Keïta.
Le représentant du ministère public, Sidiki Camara, a interrogé le prévenu sur ses motivations. Visiblement surpris par son comportement, il lui a demandé s’il avait un vice. Ce à quoi Oumar a répondu. ‘’Mon vice, c’est le café noir’’, ajoutant avoir réagi sous l’effet de la peur, après avoir vu l’arme braquée sur lui. Il a par ailleurs assuré disposer de tous ses documents, y compris de son permis de conduire.
N’ayant pas les moyens de s’offrir un avocat, Me Aimé Christophe Labine Koné et Me Daniel Haba se sont constitués pour assurer sa défense.
Lorsque Me Haba a tenté de revenir sur les chefs d’accusation, il a été interrompu par le tribunal, qui lui a demandé de se concentrer sur les faits. À travers une série de questions, il a tenté de clarifier le comportement de son client.
‘’Est-ce la première fois que vous êtes contrôlé ?’’, interroge Me. Haba. ‘’Non !’’, a répondu le prévenu.
Ensuite, l’avocat poursuit en lui demandant ce que les hommes en uniforme trouvé dans votre voiture. ‘’Rien, seulement ma crique et ma clé’’, a-t-il rétorqué.
Sur les tirs de sommation, le prévenu soutient que le gendarme Magir Oumar Kanté a ouvert le feu alors qu’il était déjà immobilisé.
‘’C’est quand j’étais immobilisé qu’il a tiré sur les pneus. C’est après le premier tir que j’ai roulé en vitesse’’, a-t-il affirmé.
Interrogé par son second conseil, Me Koné, il a ajouté n’avoir « jamais eu l’intention » de percuter l’agent.
‘’Je ne suis pas un criminel. Ils m’ont extirpé du véhicule, frappé, puis fait asseoir sur une moto pendant qu’un agent ramenait la voiture. Après le constat, ils m’ont relâché, mais je devais rester jusqu’au matin pour réparer les pneus. C’est ensuite qu’un autre agent m’a interpellé pour m’emmener à la brigade de recherche de Matam’’, assure-t-il.
Version du gendarme Magir Oumar Kanté
À la barre, le gendarme Magir Oumar Kanté a livré une version totalement opposée. Selon lui, le chauffeur aurait refusé d’obtempérer dès le départ, prenant la fuite au carrefour Feguifoot, avant d’être rattrapé par l’embouteillage. Il affirme également que le véhicule avait des vitres teintées.
Il soutient que le prévenu a même percuté deux motards dans sa fuite. ‘’Je lui ai dit de s’arrêter, il ne l’a pas fait. Il a tenté de me percuter, j’ai esquivé, c’est pourquoi, j’ai tiré. Je ne lui ai jamais braqué l’arme. C’est au carrefour Feguifoot que j’ai tiré une fois sur le pneu arrière et une autre sur le pneu avant’’, a-t-il démenti le prévenu.
Interrogé par le président, qui lui a demandé pourquoi il avait tiré alors qu’il existait d’autres moyens d’immobilisation, le gendarme a répondu. ‘’Il refusait de se faire contrôler et je ne connaissais pas ses intentions. Les vitres teintées ne permettaient pas de voir à l’intérieur. Pour des raisons de sécurité, j’ai tiré sur les pneus.’’
Réquisitions du ministère public
Le procureur Sidiki Camara a rappelé les charges retenues contre Oumar Keïta, indiquant que le prévenu avait reconnu les faits lors de son interpellation avant de les nier aujourd’hui. Ce qu’il qualifie de mauvaise foi. Il a cité plusieurs dispositions légales, notamment :
Article 293 du code pénal (mise en danger de la vie d’autrui) : 6 mois à 2 ans de prison + amende de 500 000 à 5 000 000 GNF ;
Article 659 : 6 mois à 2 ans de prison ;
Article 23 du code de la route : refus d’obtempérer, puni de 10 jours à 3 mois de prison.
Le procureur a parlé d’un cumul d’infractions, invitant le tribunal à appliquer la peine la plus élevée, et a requis 2 ans de prison ferme et 1 000 000 GNF d’amende contre le prévenu.
Plaidoiries de la défense
Me Haba a fondé sa plaidoirie sur l’article 15, alinéa 1, du code pénal. ‘’Il n’y a ni crime ni délit sans intention de le commettre’’, a-t-il affirmé.
Selon lui, aucune intention criminelle n’est démontrée dans cette affaire, et aucune partie civile ne s’est constituée. Il a mis en doute la procédure, affirmant que le dossier transmis par la brigade de recherche était vide.
‘’Qui poursuit réellement ? Le gendarme Magir Oumar Kanté, ou le ministère public ?’’, s’interroge l’avocat, qui a également dénoncé de graves pratiques sur le barrage susmentionné.
‘’Une arnaque s’organise. On cible les étrangers pour les intimider et leur soutirer de l’argent’’, déplore l’avocat.
Selon Me Haba, son client n’a exposé personne à un danger immédiat au sens de l’article 293. Il a demandé au tribunal de rejeter les réquisitions du procureur et de libérer purement et simplement son client.
Décision attendue le 1er décembre
Au terme des débats, le président du tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le verdict sera rendu le 1er décembre, date à laquelle, Oumar Keïta saura s’il est condamné ou non.
Mohamed FOFANA, pour Lerevelateur224.com.
