À Boffa, l’air du matin porte souvent l’odeur de la poussière rouge soulevée par les camions de bauxite. Sur la route principale, les véhicules miniers ne cessent de défiler, donnant l’impression d’une économie qui tourne sans pause. Pourtant, juste à quelques mètres de cette agitation, Mohamed Kaba est assis dans un petit kiosque à café, un lieu devenu refuge pour les jeunes qui, comme lui, attendent que quelque chose change.

Mohamed observe les va-et-vient, une tasse tiède entre les mains. « Vous avez vu où vous m’avez trouvé… dans un kiosque à café », dit-il dans un sourire amer. Il n’a jamais vraiment quitté Boffa, et pourtant, il a le sentiment d’être étranger dans les mines qui façonnent la vie de la région. « On n’a pas de travail. Le vrai problème ici, c’est qu’on n’est pas formés. Les sociétés veulent des ouvriers qualifiés, mais nous… on n’a pas été préparés pour ça », avoue t-il
À quelques pas de là, Ousmane Touré, un jeune au regard déterminé, partage la même frustration, mais son ton est plus tranchant. Il estime que les jeunes du coin n’ont pas seulement un déficit de compétences : ils sont aussi mis de côté.
« Même ceux qui ont une formation ne trouvent pas de place. Ce sont les gens venus d’autres villes qui sont prioritaires. On a l’impression que nos propres mines ne veulent pas de nous », lance-t-il, visiblement agacé.
Le soleil commence à s’élever, réchauffant les tôles des boutiques voisines. Mamadou Bah rejoint le groupe. Contrairement aux deux autres, il ne laisse pas la lassitude l’emporter. Il parle avec espoir, presque avec insistance.
« Ce qu’il nous faut, ce sont des formations adaptées. Des opportunités réelles. Si les autorités locales s’impliquent davantage, on pourra trouver notre place. On ne demande pas l’impossible. Juste une chance », a t-il plaidé.
Dans cette préfecture où les mines sont partout dans le paysage, dans les discussions, dans les rêves brisés ou reportés, le décalage entre l’offre de formation et les besoins des entreprises creuse un fossé que les jeunes peinent à franchir. Les camions continuent leur route, imperturbables, en transportant la richesse de la région. Les jeunes, eux, attendent encore de pouvoir en transporter un fragment dans leur propre avenir.
Depuis Boké, Mamoudou DIALLO, pour Lerevelateur224.com.
