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Madina-Oula (Kindia): les localités de Sèkhousorya, Bombia et Donya lourdement impactées par le projet Simandou

8 octobre 2025
Madina-Oula (Kindia): les localités de Sèkhousorya, Bombia et Donya lourdement impactées par le projet Simandou

La réalisation du méga projet Simandou dont le tracé traverse tout le pays d’Est en Ouest pour drainer les minerais vers le port, n’est pas sans conséquence sur la vie des communautés qui l’entourent. Pratiquement, depuis plus de deux ans, les effets négatifs de ce projet sont palpables au sein des communautés vivant dans les localités de Sèkhousorya centre (la plus impactée), Bombia et Donya, relevant de la sous-préfecture de Madina Oula, située à 64 kilomètres de la commune urbaine de Kindia.

En tout cas, selon un rapport récemment produit par le comité de suivi des impacts du projet Simandou avec un accent particulier sur la sous-préfecture de Madina Oula, les entreprises en charge de la réalisation du trajet minier de ce projet ne respectent pas certains de leurs engagements notamment ceux liés au respect des droits des communautés. Ce rapport qui a couvert six (6) mois, allant de mars en août 2025, révèle trois principaux points d’impacts qui sèment sans doute le déséquilibre dans la vie des communautés notamment, les pertes considérables des terres agricoles et de pâturages, la restriction de l’espace maritime et la pollution des cours d’eaux.

Aussi, ledit rapport met également en exergue un cas collectif de pollution qui concerne 22 domaines agricoles affectés à la suite des activités de l’entreprise CRCC 16,sous-traitants de Winning Consortium Simandou (WCS). De nos jours, les paysans de ces localités à vocation essentiellement agro-pastorale et halieutique sont dépossédés de leurs terres et se retrouvent du coup exposés à toutes formes d’insécurité, parce que tout simplement leurs moyens de subsistance sont affaiblis.

Cependant, malgré la démarche respectueuse et pacifique des membres de ce comité, ils sont confrontés à la réticence des interlocuteurs directs sur le terrain qui ne semblent pas être souvent ouverts au dialogue. C’est face à cet obstacle que les membres dudit comité ont décidé finalement de publier le contenu de leur rapport pour non seulement alerter les décideurs au plus haut niveau, mais aussi, attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur les faits graves de violations des droits les plus élémentaires des communautés. Amara Camara, le coordinateur de ce comité de suivi des impacts revient sur les objectifs visés par ladite structure.

‘’Notre comité est né d’une initiative locale avec l’appui de l’ONG Actions Mines Guinée. Le comité a pour objectif de promouvoir les droits des communautés de Madina Oula, en veillant au respect des engagements sociaux et environnementaux pris par les entreprises et l’État guinéen dans le cadre du projet Simandou. Sur le terrain, notre rôle consiste à informer et sensibiliser les communautés impactées sur les risques et enjeux du projet Simandou, également les sensibiliser sur l’utilisation du mécanisme interne de gestion des griefs des entreprises et enfin, documenter les impacts, afin de mener des plaidoyers auprès des entreprises et des autorités en vue de la réparation des préjudices causées.

De ce fait, nous avons, durant les 6 derniers mois, organisé des séances de sensibilisation dans le district de Sèkhousorya et ses environs. Ces activités ont permis de toucher 243 personnes dont 113 femmes et surtout, nous avons pu documenter les 22 domaines agricoles pollués avec tous les détails possibles. A ce niveau, je vous rappelle que l’entreprise CRCC 16, responsable de cette pollution, a été saisie par une plainte écrite le 22 juillet 2025’’, a-t-il précisé.

Face à cette regrettable situation imposée aux communautés, le coordinateur tire des sonnettes d’alarme. ‘’Aujourd’hui, l’heure est grave dans ces communautés dont les membres sont contraints d’abandonner leurs terres cultivables à cause des dégâts causés par ces entreprises. En effet, ces entreprises, dans la réalisation des remblais de la voie ferrée, ont déversé de la boue rouge et d’importantes quantités de graviers. Alors, sous l’effet des grandes pluies, cette boue se transporte dans les domaines agricoles ravageant les cultures déjà faites et empêchant toute autre activité agricoles sur les lieux. Cet état de fait n’est plus une menace, mais une triste réalité qui prive ces paysans de pratiquer la seule activité qui leur permet de survivre. Imaginez les risques incalculables, si l’agriculture se meurt dans ces localités. C’est pourquoi, il faut agir vite, car si rien n’est fait, c’est la catastrophe pour des centaines de ménages accrochés uniquement à la terre. Cela m’amène à lancer un appel aux autorités à tous les niveaux de réparer cette injustice en rétablissant ces communautés dans leurs droits’’, a-t-il lancé.

Dans les communautés impactées, les conséquences de ces agissements des entreprises continuent de bouleverser le train de vie des concernés. C’est le cas de Fanta Sylla, citoyenne du district Sèkhousorya.

‘’Moi, je suis une veuve et j’ai plus de 20 personnes sous mon toit. Nous ne comptons que sur nos travaux champêtres pour survivre. Mais aujourd’hui, nos terres agricoles, autrefois très riches et fertiles, sont remplacées par de la boue rouge sous l’effet des activités des entreprises qui travaillent le chemin de fer. Nous n’avons rien produit l’année passée et cette année aussi, rien non plus.

Actuellement, quand tu perds ton domaine agricole chez nous, tu ne trouveras nulle part où travailler car tout est occupé. Nos concitoyens qui ne sont pas impactés n’ont aucun problème, ils travaillent chaque année dans leurs domaines agricoles. Mais nous autres, sommes à la marge de la société, parce que ici, si tu ne travailles pas, tu n’es rien dans la société. Nous lançons un appel au gouvernement et au président de voir nos cas, sinon, c’est très grave et on ne sait plus à quelle fin se vouer’’, s’est-elle lamentée.

Même refrain chez Bah Mamadou samba, un autre habitant de la même localité. ‘’Si le projet Simandou sème la joie dans les cœurs des guinéens, chez nous à Sèkhousorya, c’est le contraire, car ce projet est venu détruire nos domaines cultivables. Pour nous, ça, c’est presque de la mort. Moi, je suis orphelin de père et de mère et je vis uniquement de l’agriculture. Je suis marié à deux femmes et j’ai 6 enfants. Mais j’ai 16 bouches à nourrir dans mon ménage. Je peux dire que ces entreprises nous ont trahis, car nous leur avons cédées un domaine pour le passage du chemin de fer, mais leurs activités impactent tous les champs agricoles le long du corridor.

Aujourd’hui, quand je viens dans mon champs, la boue peut monter jusqu’au niveau de mon genou, la terre noire est invisible. Je me demande comment faire vivre ma famille. J’interpelle les décideurs de s’intéresser à notre situation en vue de nous rétablir dans nos droits’’, a-t-il plaidé.

Il faut rappeler que, ce rapport fourni par le comité de suivi des impacts du projet Simandou à Madina Oula (Kindia), a fait d’importantes recommandations à l’intention des entreprises, des autorités locale et centrale et des ONGs.

Par exemple, à l’attention de Winning Consortium Simandou (WCS), le rapport recommande entre autres, la résolution plus conséquente des plaintes déposées conformément aux lois nationales et aux normes internationales, auxquelles WCS a librement souscrit, le renforcement de la communication avec les communautés concernant les activités du projet et la procédure de gestion des plaintes et la sensibilisation des agents de l’entreprise sur la nécessité de collaborer étroitement avec le comité de suivi.

Au niveau des autorités locales, ledit rapport leur recommande de soutenir le comité de suivi dans ses actions, d’appuyer la résolution des plaintes et de créer un cadre de concertation au niveau local, afin de pouvoir relever les défis réels du projet Simandou.

Quant aux ONGs, il leur a été recommandé entre autres, de continuer à soutenir les communautés en matière d’information, de sensibilisation et de formation sur leurs droits et devoirs, ainsi que leurs voies de recours légales; à plaider auprès de l’État et des entreprises au niveau national pour vue que les préoccupations des communautés soient effectivement prises en compte dans le cadre du projet Simandou.

 

Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.

(+224) 610 454 552

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