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Une Constitution, ce n’est pas un mandat — c’est un contrat (Par Soninké Diané)

29 août 2025
Cellou Dalein Diallo, notre sorcier national (Par Ousmane Boh Kaba)

À chaque fois que l’on évoque une nouvelle Constitution en Guinée, la même mécanique s’enclenche : soupçons, sarcasmes, certitudes toutes faites. On ne lit plus le texte, on devine l’intention. On ne débat pas du fond, on dénonce la personne. On oublie qu’une Constitution est d’abord un cadre, un contrat social, une charpente pour l’avenir — et non une rampe pour un homme.

Et si nous changions d’approche ?

Depuis trois décennies, chaque projet constitutionnel en Guinée a été perçu à travers le prisme du pouvoir en place :

En 1990, la Constitution issue du régime du Général Lansana Conté fut reçue comme un compromis minimal. Peu débattue publiquement, elle a posé les bases d’un pluralisme fragile, souvent contourné par les pratiques autoritaires.

En 2010, à l’issue de la transition du CNDD, la Constitution promulguée sous le Président par intérim Sékouba Konaté fut largement acceptée, mais sans une véritable appropriation citoyenne. Elle est restée un texte de techniciens.

En 2020, le projet du Professeur Alpha Condé, porté à travers un référendum controversé, a été interprété principalement comme un prétexte pour briguer un troisième mandat, éclipsant tout débat de fond sur l’architecture institutionnelle.

Aujourd’hui encore, en 2025, la proposition constitutionnelle portée par le CNRD est directement lue comme un levier de légitimation pour un homme, sans lecture sérieuse des principes, des équilibres, des mécanismes de régulation du pouvoir qu’elle propose. Pourtant, avant d’être soumise au peuple, cette Constitution a fait l’objet d’une large ouverture, d’audiences élargies et de démarches inclusives, afin que toutes les sensibilités puissent s’exprimer.

Pensons en citoyens, pas en partisans : une Constitution ne doit pas être lue avec la peur du lendemain ni la nostalgie d’hier. Elle doit être débattue avec la rigueur du présent. Oui, tout pouvoir a tendance à vouloir s’installer. Mais toute société adulte ne peut se contenter d’une posture de suspicion permanente.

Car si chaque texte est diabolisé dès l’annonce, si chaque projet est vu comme une manœuvre et non comme une opportunité de refonte, alors nous renonçons nous-mêmes à notre pouvoir d’influence. Et dans ce cas, les constitutions continueront à se faire sans nous, et parfois contre nous. Nous devons changer de logiciel.

Une opinion n’est pas une vérité absolue : ce n’est pas parce qu’on craint un abus qu’il faut refuser un débat. Ce n’est pas parce qu’on voit un uniforme qu’on doit oublier le raisonnement. Ce n’est pas parce qu’on n’aime pas un régime qu’il faut rejeter toutes ses propositions sans lecture critique.

La Guinée n’a pas besoin d’un nième cri de colère. Elle a besoin d’une culture de débats constitutionnels structurés, argumentés, ouverts à tous, loin des slogans, des caricatures et des raccourcis émotionnels.

Ce qu’il nous faut aujourd’hui :

Lire la proposition constitutionnelle, article par article.

Se demander ce qu’elle garantit, ce qu’elle verrouille, ce qu’elle permet.

Comparer, proposer, critiquer avec intelligence.

Faire du référendum un acte citoyen, pas une bataille de clans.

Car le 21 septembre 2025, chaque Guinéen et chaque Guinéenne aura l’occasion de se prononcer. Aller voter — oui ou non — est un droit, mais surtout un devoir citoyen. L’histoire retiendra moins le résultat que la maturité avec laquelle nous aurons abordé ce rendez-vous.

Le progrès d’une nation ne se mesure pas à sa capacité à dénoncer, mais à sa maturité à construire. Construire une Constitution, c’est faire un pari sur l’avenir.

À nous de voir si nous voulons le faire avec des pierres… ou avec des cris.

—

Soninké Diané

Citoyen

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