Dans une interview accordée à nos confrères de RFI ce mardi 26 août 2025, le coordinateur du Forum des Forces Sociales de Guinée, Abdoul Sacko, six mois après son enlèvement et sa libération, brise enfin le silence pour raconter les conditions de son enlèvement et les sévices qu’il dit avoir subis.
Dans la nuit du mardi au mercredi, aux environs de 4 heures du matin, des hommes encagoulés et lourdement armés ont fait irruption à son domicile, narre-t-il.
‘’J’ai été enlevé la nuit du mardi, j’ai été surpris par la méthode, surpris que ce soit des hommes en treillis, qui ont l’accoutrement des forces spéciales, surpris par l’heure à laquelle s’est intervenue, aussi surpris par rapport à tout le temps qu’ils ont fait pour molester, menacer, violenter les voisins, mais aussi défoncer la porte de la maison près d’une heure de temps, sans qu’il n’y ait aucune intervention des services de sécurité, qui ne sont pas aussi loin de chez moi. Donc, une fois encore, ça a été un moment de cauchemar, un moment de terrorisme, de traumatisme, aussi bien pour moi, mais aussi pour ma famille’’, explique-t-il.
Poursuivant, il déclare que sa mère, sa sœur et sa fille de 11 ans ont été brutalisées sous ses yeux avant qu’il ne soit emmené de force.
‘’Ils sont passés par le toit, il faut noter par là, lorsqu’ils n’ont pas pu passer par la porte, ils sont passés par le toit, menacer ma pauvre maman qui a été jetée d’ailleurs de la cuisine, sommé ma fille qui n’avait pas 11 ans d’ailleurs, à se coucher sur le ventre, ma petite sœur également, me gifler avec 6 personnes qui sont tombées du plafond, lourdement armées, qui m’ont molesté devant ma famille, m’ont sorti de la maison. Il faut noter qu’ils étaient cagoulés, et de là, à destination inconnue, ils m’ont mis dans un véhicule couleur noire, et il y avait d’autres véhicules aussi qui bloquaient tout à la maison, et de là, on est partis. Après m’avoir molesté, giflé, ils m’ont cagoulé, et de là-bas, jusqu’à mon abandon en brousse, j’ai pas vu le soleil’’, a-t-il raconté.
Ligoté, cagoulé et transporté dans un véhicule noir, Abdoul Sacko dit avoir été déplacé dans trois lieux différents à Conakry, dont un souterrain.
‘’Je me souviens, quand on a quitté la maison, ils communiquaient avec quelqu’un à distance, ils ont dit, d’ailleurs, qu’ils ont le colis, ils communiquaient avec quelqu’un à distance, et j’ai entendu dire qu’on est à 5 minutes de l’autoroute, c’est-à-dire, l’autoroute Fidèle Castro. De là-bas, j’ai été conduit à trois lieux différents, je sais que c’est de Conakry, parce que de la maison à là où on me conduisait, n’était pas aussi loin que ça, et dans les trois lieux différents où je me souviens d’être à un souterrain quelque part, c’était les séances de torture, les séances d’interrogatoire, des séances d’évanouissement, des séances de réanimation’’, témoigne-t-il.
À la question de savoir s’il a été violemment torturé? Il répond : « C’est hors de l’imagination, c’est hors vraiment des descriptions de mon corps, tout, le dos, les mains, torturés avec la technique de l’eau, des injures, des menaces. Quand on m’a mis, attaché les mains au dos, totalement ligoté, on me faisait coucher sur le dos, je me rappelle de cela. A chaque fois, quand je m’étouffe, je m’évanouis, et en cours de route, quelqu’un m’a dit que maintenant, toi, tu ne vas plus menacer, maintenant, c’est fini pour toi, et quelqu’un a dit, lui, il ne s’agit pas de le présenter à un juge ou de le mettre à une prison, c’est fini pour lui’’, a-t-il ajouté.
Après plusieurs heures de sévices, l’activiste affirme avoir été abandonné, inconscient, près du camp d’entraînement 66.
‘’J’ai été abandonné en brousse, les paysans m’ont retrouvé dans la journée du 19 au 20, je ne maîtrise pas totalement, c’est ça, parce que j’avais des pertes de connaissance. Il faut préciser que ce n’est pas loin du camp qu’on appelle 66, c’est un camp d’entraînement, parce que lorsque les paysans m’ont retrouvé, il y a une femme et un monsieur d’abord qui sont passés, mais qui n’ont pas osé. Deux hommes sont venus, quand ils m’ont enlevé la main, ils sont venus, ils m’ont demandé ce qui n’allait pas. Ces jeunes m’ont pris, ils m’ont transporté au bord de la route principale, ils m’ont dit voilà, c’est non loin du camp 66, voilà le Carrefour camp 66 là-bas. J’ai demandé à ces jeunes s’ils pouvaient m’aider à joindre la famille, ils ont dit que c’était trop risqué de leur part de parler avec leur téléphone, donc, ils m’ont dit : ‘mais par contre, il y a des familles ici, elles vont prendre le risque. Ces pauvres familles m’ont pris, m’ont aidé à porter des soins primaires, à mettre des serviettes dans de l’eau chaude pour un peu me masser, me réanimer, elles ont appelé ma famille’’, a-t-il expliqué.
En ce qui concerne son état physique, il en parle. ‘’Je marchais à peine, mes mains, je ne pouvais pas les mouvoir, pas du tout. Des maux de tête avec la douleur sur le dos, les côtes et notamment beaucoup plus sur le côté droit. Donc, je ne pouvais pas aussi m’asseoir. Mes dix doigts, les ongles, tout était à la distance de mes ongles. Les dix doigts, tout était enflé, les mains, il y avait la circulation sanguine qui avait été bloquée d’un bon moment, mes mains étaient totalement enflées. Et après la radio et les scanners, il n’y a pas eu de fractures, seulement au niveau du bras droit qu’il y avait une forme de fissure. Mais à part ça, on ne m’a pas signalé des fractures. Mais il y a eu des problèmes énormes au niveau cervical où les diagnostics, tout récemment, ont révélé qu’il y a eu des scènes de torture au niveau cervical, c’est-à-dire au niveau de la nuque’’, a-t-il indiqué.
Face à cette situation, l’activisme a dû quitter le pays pour des raisons de sécurité. ‘’Les premiers soins d’abord ont été faits par les villageois avec leurs moyens qu’ils ont. Ensuite de cela, mon épouse aussi qui est du corps avec un autre ami qui est dans une institution que je suis obligé de garder sous l’anonymat, ils m’ont apporté les soins secondaires. Là, j’ai été à travers l’appui des partenaires, conduit à un lieu secret où le traitement ambulatoire a suivi au bout d’un mois avant que les mécanismes ne soient mis en place pour me permettre de sortir du pays. Pourquoi cela ? Parce que l’État n’a pas daigné , même annoncé une enquête. La justice ne s’est pas posée. Donc, je suis sorti clandestinement du pays, parce que ne chassant pas qu’est-ce qui peut m’arriver encore’’, a-t-il dit.
Pour lui, c’est l’intervention rapide de partenaires étrangers et le soutien local qui lui ont permis d’échapper de justesse à une issue fatale.
‘’Il faut saluer la promptitude des partenaires de façon générale, aussi la diligence, le courage aussi à ne pas parler avec des mots entre les lignes. Il faut le saluer, notamment celui de l’ambassade des États-Unis et tous les partenaires d’ailleurs’’, a-t-il conclu.
Gnama KABA, pour Lerevelateur224.com.