Officialisé depuis 1977 par les Nations Unies comme journée internationale des femmes, le 8 mars de chaque année est célébré à travers le monde, permettant ainsi de faire un bilan de la situation des femmes dans la société et de revendiquer plus d’égalité en droits. A Kissidougou, loin des instances de célébration de cette journée, les laborieuses femmes vaquent à leurs activités quotidiennes soit de petits commerces, d’activités de maraîchage ou de saponification.
À travers notre correspondant régional basé à Kissidougou, notre rédaction a bien voulu braquer le projecteur sur cette catégorie des femmes, considérées comme les oubliées de la société. Pour mieux illustrer cet état de fait, nous avons choisi ce 8 mars 2025, pour aller à la rencontre de Tenin Touré, une femme qui a pris son destin en main, malgré la maladie qui l’a rendue handicapée des deux jambes dès son jeune âge.
Rencontrée dans son salon de fortune qu’elle partage avec plusieurs autres femmes qui pratiquent la tresse comme elle au quartier Timbo, la trentenaire a raconté sans gêne comment elle s’est retrouvée avec ce handicap.

‘’Aujourd’hui, je suis orpheline de père et de mère. À ma naissance, j’étais comme les autres enfants, je n’avais aucun problème physique. Quand j’avais commencé à marcher, j’ai été attaquée par une maladie bizarre. C’est des boutons sous forme de la gale qui apparaissaient au niveau de mon dos et dès qu’on m’a fait des injections, je me suis retrouvée handicapée des deux jambes. C’est pourquoi, je n’ai pas pu continuer à l’école. Du coup, j’étais marginalisée dès à l’enfance et j’ai grandi dans ça’’, a-t-elle raconté.
Contrairement aux femmes de sa catégorie, la courageuse Tenin Touré n’a jamais accepté la mendicité. Comme moyen alternatif, elle a alors embrassé la tresse pour survivre.
‘’C’est moi-même qui me prend en charge avec ma double peine d’handicap et d’orpheline. En grandissant, j’avais compris qu’il ne fallait pas compter sur quelqu’un pour ses propres besoins. C’est pourquoi, j’ai choisi d’apprendre la tresse pour me permettre de survivre. Je n’ai jamais pratiqué la mendicité dans ma vie. Le handicap n’est pas une excuse pour s’asseoir aux carrefours pour mendier. Quand on travaille, on est admiré et respecté par toute la société. Ici, je travaille avec d’autres femmes courageuses qui ne me rejettent pas à cause de mon handicap. On partage tout’’, a-t-elle témoigné.
En dépit de sa détermination à vivre de la sueur de son front, Tenin Touré affronte beaucoup de difficultés dans son quotidien. ‘’Mon premier souci aujourd’hui, c’est comment avoir un bon vélo ou bien une moto. Chaque matin, je quitte le quartier Missira où j’habite pour rejoindre mon lieu de travail dans mon vélo qui est très vétuste maintenant. Chaque fois, ça tombe en panne. Les pneus, les chaînes, le cadre et même le fauteuil, tout est fatigué maintenant, comme vous le remarquez vous-mêmes.
Mon travail ne peut pas me permettre de m’acheter un vélo ou bien une moto. Je demande humblement aux autorités et aux personnes de bonne volonté de m’aider à trouver un moyen de déplacement confortable. Je suis une femme, je n’ai pas assez de force physique pour manipuler chaque fois les manivelles de ce vieux vélo.
En plus de ça, pour les cas de maladies, l’État doit penser à nous les femmes à mobilité réduite, en nous accordant les traitements gratuits, car ce que nous gagnons, c’est juste pour manger et satisfaire nos petits besoins. Ce n’est pas suffisant pour nous prendre en charge en cas de maladie. Regardez notre salon, rien n’est confortable. Nous sommes pauvres et les clientes qui viennent ici sont des pauvres aussi ; donc, quand on dit notre prix, on nous plaide de rabaisser. C’est pourquoi, nous ne gagnons pas beaucoup d’argent avec ce travail. Nous évoluons à l’informel. Mais malgré tout ça, l’État ou les Ongs ne doivent pas nous ignorer. Nous méritons d’être accompagnées comme les autres femmes’’, a-t-elle sollicité.

Avant de mettre un terme à cet entretien, notre interlocutrice a pourtant regretté le fait que beaucoup de femmes vivant avec un handicap ou évoluant dans l’informel, ne soient pas souvent associées à la célébration de la journée du 8 mars.
‘’Depuis que nous avons commencé à travailler ici, cela fait maintenant des années, personne n’est venue vers nous pour nous associer à une quelconque fête des femmes. Nous pensons que nous sommes oubliées et ignorées par tout le monde à cause de notre handicap ou bien à cause de notre pauvreté. Une date comme le 8 mars, devrait être une occasion pour nous d’exprimer nos difficultés aux autorités, aux institutions et aux personnes de bonne volonté. Ça ne doit pas être une fête réservée uniquement pour les femmes fonctionnaires’’, a-t-elle déploré.
À Kissidougou, plusieurs pratiques qui freinent l’épanouissement des femmes persistent bien dans les milieux ruraux tout comme dans la commune urbaine. Il s’agit entre autres de l’exclusion au nom de la tradition, les violences faites aux femmes, des cas de viols, la polygamie etc.
Depuis Kissidougou, Ousmane Nino SYLLA, pour Lerevelateur224.com.
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