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Doit-on supprimer l’examen du Certificat d’Études Élémentaires ( CEE) dans l’ordonnancement des examens nationaux en République de Guinée ?

22 juillet 2024
Manifestation à Beyla: 1 mort et des blessés graves…

« Dans toute affaire, avant que de l’entreprendre, regarde ce qui la précède et ce qui la suit, et entreprends-la après cet examen » conseillait EPICTETE.

De 1958 à nos jours cet examen autrefois appelé certificat d’études primaires( CEP) , aujourd’hui certificat d’études élémentaires ( CEE) , a focalisé l’attention de tous les acteurs , partenaires sociaux , techniques et financiers du secteur de l’éducation et de la formation.

Ces acteurs et partenaires ont toujours rappelé à notre conscience collective les crises qui minent notre école tout en cristallisant leurs opinions sur les nombreux dysfonctionnements et dépenses que certains examens nationaux font subir à la caisse de l’État , au point de raviver l’idée de la suppression du premier de tous : l’examen du Certificat d’Etudes Élémentaires ( CEE)
Faut-il vraiment supprimer cet examen ?
Un véritable dilemme cornélien pour les autorités éducatives de notre pays.

En tant que syndicaliste , formateurs des formateurs en didactique de l’enseignement de la philosophie , analyste des questions de l’éducation et acteur encore en activité dans le système éducatif guinéen précisément en situation de classe tant à l’enseignement pré- universitaire qu’à l’enseignement supérieur , notre point de vue sur le sujet pourrait paraitre partisan. Cependant, l’écrasante majorité de l’opinion publique serait favorable à sa suppression pour la raison bien simple que cet examen coûterait cher et qu’il permettrait aux élèves en fin de cycle primaire d’obtenir un diplôme sans portée pratique de nos jours. Des arguments avec une dose de pertinence et de certitude certes , mais prendre des décisions inopportunes, populistes et hâtives sans analyser profondément les dessous de ce coût élevé et de cette inutilité de ce diplôme et surtout sans réfléchir à des alternatives crédibles , transparentes rigoureuses et porteuses de résultats en termes d’assimilation des quatre compétences instrumentales de base ( lire, écrire , compter et calculer ) par les apprenants , c’est prendre le risque d’une destruction des maigres acquis accumulés pendant plus de six ( 06) décennies de gouvernance scolaire , de régulation et de perfectionnement des enseignements et des apprentissages et par ricochet des méthodes classiques d’évaluation des apprentissages.

Pour aboutir à cette suppression de cet examen budgétivore ( 45% du budget total des trois examens nationaux) , à en croire les chiffres de la session 2021, il nous faut résoudre un certain nombre de préalables :

1- LA QUESTION ENSEIGNANTE :  qui est autorisé à enseigner au primaire et quels sont les profils et les compétences des maîtres ou instituteurs du primaire?

2- LA FORMATION CONTINUE : ne doit enseigner au primaire à chaque nouvelle année scolaire que celui ou celle qui a suivi au moins un mois de formation continue pendant les vacances et ayant beneficié d’un certificat d’autorisation d’enseigner dans telle ou telle classe et selon son niveau de maitrise des programmes à enseigner.

3- LES MÉTHODES D’ENSEIGNEMENT : former et outiller les intituteurs en pédagogie différenciée leur permettant de diagnostiquer en amont les troubles des apprentissages notamment la disgraphie , la dyslexie, la dysorthographie , la dyscalculie , la dyspraxie sans oublier l’impérieuse nécessité de passer de la pédagogie par objectifs ( PPO) à l’approche par compétence ( APC) avec beaucoup de pédagogies actives et tenir compte des dimensions cognitive, affective et psychomotrice ;

4 – LES MÉTHODES D’ÉVALUATION : instaurer un système d’évaluation continue des apprentissages par la digitalisation et la dématérialisation des documents scolaires, des effectifs scolaires et des notes des apprenants qui ne doivent plus être gérées manuellement car sources de fraudes et de manipulation des résultats ;

5 – L’ ÉQUATION PROBLÉMATIQUE DU PRÉSCOLAIRE PUBLIC: construire des écoles maternelles publiques contenant la petite , la moyenne et grande sections) gratuites et de qualité dans tous les régions, communes, préfectures, sous-préfectures , districts ,quartiers et villages,

6- LA QUESTION DE LA LANGUE D’ENSEIGNEMENT : associer les langues maternelles à la langue d’enseignement ( le français) en début de scolarité histoire de facilité une meilleure transition linguistique dans la transmission des premiers savoirs extra familiaux ;

7- LES REFORMES CURRICULAIRES: adapter les programmes d’enseignement aux aspirations et à l’environnement social des apprenants qui doivent être au centre des activités pédagogiques tout en développant à la fois leur zone de confort et leur zone proximale de développement et cela passe incontestablement par la diversification des activités ludiques et l’instauration de nouvelles disciplines ( sport , musique, arts graphiques , danse, etc).

8 – LA QUESTION DE L’ÉTHIQUE PROFESSIONNELLE ET DE LA DÉONTOLOGIE DU MÉTIER D’ENSEIGNANT: beaucoup d’enseignants ont certes un minimum de conscience professionnelle mais c’est assez osé et regrettable de le dire , la morale et la conscience professionnelle sont les choses les moins partagées aujourd’hui dans le milieu éducatif guinéen , même s’il en reste fort heureusement d’enseignants conscients de leur mission et de leur rôle dans la société ; cela fâcherait probablement certains collègues, mais il faut admettre et réaffirmer qu’actuellement, c’est la perspective du CEE qui, entres autres, pousse certains enseignants à faire le peu d’efforts qui permettent d’obtenir les résultats que nous avons et que nous sous-estimons dans toutes les classes.

9- LA QUESTION DE L’ACCOMPLISSEMENT DES OBLIGATIONS CONTRACTUELLES : le refus d’aller enseigner , les retards, les absences, la volonté de se soustraire des obligations liées au métier sont devenus une règle de conduite largement partagée, pire l’autorité administrative et celle pédagogique n’existent que de nom. L’encadrement rapproché , au-delà du fait qu’il est dépouillé de toute autorité, est devenu un décor de ses services, faute de moyens nécessaires dans l’exercice de sa fonction. C’est là une des raisons fondamentales plaçant l’encadrement rapproché dans l’impossibilité et dans l’incapacité d’assumer pleinement sa principale fonction qui est celle du suivi des activités d’enseignement/apprentissage dans les écoles.

10- LA DÉRESPONSABILISATION DES DIRECTEURS D’ÉCOLES : les directeurs d’écoles et les chargés d’écoles ne sont revêtus d’aucun manteau de prise de décision et sont des sujets d’une gouvernance verticale, lourde, contraignante et envahissante en tout temps et en toutes circonstances . Ils ne sont que des croix de transmission et d’éxécution des décisions prises par les services centraux , les Inspections Régionales de l’éducation , les directions communales / préfectorales de l’éducation et les nombreuses délégations scolaires de l’enseignement élémentaire qui viennent tous s’abreuver dans les concessions scolaires primaires .

11- DE LA RESTAURATION DE L’AUTORITÉ DE L’ENCADREMENT RAPPROCHÉ : Quelles sont les mesures qui seront prises pour restaurer l’autorité de l’encadrement rapproché et des directeurs d’écoles ? Quelles sont les dispositions qui seront prises pour leur donner l’essentiel des moyens dont ils auront besoin pour l’atteinte des objectifs qui leur sont assignés ? Qu’est-ce qui sera fait pour qu’à défaut de favoriser la restauration de la conscience professionnelle, les enseignants se sentent dans l’obligation de faire le travail pour lequel ils sont recrutés et rémunérés ? Qu’est-ce qui sera fait pour l’amélioration des conditions de vie et de travail du personnel enseignant et qui pourrait les motiver davantage dans l’exercice de leur métier ? Quels rôles nouveaux pourront jouer les collectivités et les communautés dans l’administration et le fonctionnement des écoles ?

12 – DE LA CONSCIENTISATION DES ÉLÈVES : les élèves eux-mêmes, dès lors qu’ils seront assurés de passer toutes les classes sans un minimum d’effort, pourraient percevoir les études primaires comme sans enjeu. S’il n’y a pas un dispositif et un mécanisme d’évaluation pertinent et rigoureux, un retour dans les rangs des personnels de l’éducation , de la discipline et de la responsabilité, un patriotisme réel, la suppression du CEP pourrait tuer tout effort et intérêt pour les études chez les élèves.

13- DE L’INSTAURATION D’UNE AUTRE FORME D’ÉVALUATION POST- PRIMAIRE:

Quel type/forme d’évaluation sera instauré pour l’accès au collège des élèves ? Il est utile de réfléchir très sérieusement à cela. Il est important de clarifier cette absence supposée d’importance du diplôme du CEP. Un test de niveau ou d’accueil ? Je ne saurais le dire .

14- DE LA GESTION DES EFFECTIFS PLÉTHORIQUES AU COLLÈGE:

La gestion des milliers d’enfants au collège venant du primaire pourrait être une véritable équation à plusieurs inconnues si la suppression du CEE venait à intervenir avant que des dispositions idoines ne soient prises, en particulier pour ce qui concerne les infrastructures et le personnel enseignant.

15- DE LA GESTION DU BUDGET DU CEE APRÈS SON ÉVENTUELLE SUPPRESSION

Ce budget pourrait être réinvesti dans la formation des enseignants , leur avancement au mérite , leur plan de carrière et des mesures incitatives visant à les motiver et à rendre le secteur de l’éducation et de la formation plus attractif et performant.

Allons par étape. Soyons très prudents avec une certaine perception de la suppression du CEE du fait de son coût élevé et de l’inutilité de son diplôme . La question de la suppression du CEE doit être bien murie. Un pays qui peine à consacrer 20% de son budget à l’éducation se doit certes d’utiliser ses ressources à bon escient, mais aussi de tendre à accorder à ce secteur toute la place qu’il mérite . Si cette suppression du CEP est actée, elle doit être soutenue par une réforme profonde de notre école, particulièrement, de l’administration scolaire. De toutes les façons, tout le monde sait que cet examen sera tôt ou tard supprimé dans notre pays. Certains pays voisins l’ont déjà fait. La France qui est notre référence, l’a fait depuis 1989, bien que son système éducatif soit à des années lumières du nôtre, mais loin d’être parmi les meilleurs dans le monde. Certains pays voisins l’ont fait . Le Mali regrette de l’avoir fait et veut revenir au CEP.

 

À très bientôt !

 

Michel Pépé Balamou

Secrétaire général du Syndicat national de l’Éducation (SNE)

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